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Recycla: Le reportage vidéo!

août 19, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Fondée en 2003 à Santiago de Chile, Recycla est une entreprise spécialisée dans le recyclage des E-wastes (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…). Ayant depuis toujours eu la volonté d’unir le monde du business et du social, son fondateur, Fernando Nilo fut le premier à traiter cette problématique en Amérique du Sud créant de ce fait une nouvelle industrie au Chili. En travaillant avec d’anciens prisonniers, Recycla favorise leur réinsertion social tout en adressant des solutions à la problématique des déchets électroniques dont les substances polluent considérablement la planète.

Pour plus d’info, lisez le profil de Recycla


Fair Street - Recycla from Angalio Productions on Vimeo.

Le dernier reportage de notre périple latino se déroule à Santiago de Chile. Après plus d’un mois passé en Bolivie et au Pérou, le changement de paysage nous surprend dès notre arrivée au Chili tant le niveau de développement de sa capitale est incomparable avec les 2 pays traversés précédemment. Nous sommes par ailleurs très vite séduits par cette capitale dont l’architecture alterne histoire et modernité.

Nous sommes à Santiago afin d’y rencontrer Fernando Nilo, fondateur de Recycla, une entreprise sociale spécialisée dans le recyclage des « E-wastes ». Recycla est la première entreprise que nous avons contactée dans le cadre du projet Fair Street tant son modèle nous a tout de suite intéressés.

Problématiques :

E-waste : La croissance rapide des technologies engendre chaque année environ 35 millions de tonnes de déchets électroniques (si tous ces déchets étaient mis sur un train, la longueur du train ferait le tour de la terre). Ce chiffre va continuer à croître alors que les pays en voie de développement devraient tripler leur production d’E-wastes dans les 5 prochaines années. Si les déchets électroniques (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…) représentent seulement 2% des déchets produits sur le continent américain, ils génèrent pourtant 70% des déchets toxiques en terme d’impact environnemental. Ces appareils contiennent en effet des substances telles que le plomb, le mercure, le béryllium,… qui menacent l’environnement si elles ne sont pas traitées adéquatement.

Réinsertion sociale : Les prisonniers qui arrivent au terme de leur condamnation éprouvent de grandes difficultés à retrouver un emploi et à se réinsérer dans la société. 60% des détenus sortants déclarent ne pas avoir d’emploi et possèdent en moyenne 130€ lorsqu’ils sortent de prison. Ces personnes libérées n’ont donc souvent donc pas d’autres choix que de faire appel aux organismes d’aide et d’emploi et continuent de ce fait à vivre en marge de la société, ce qui amenuise leurs possibilités de réinsertion et de réhabilitation.

Contexte :

Malgré les fortes disparités qui existent entre les riches et les pauvres, le Chili est le pays d’Amérique latine qui possède le PIB par habitant le plus élevé (9.600$ en 2007). Favorisée par la stabilité économique du pays et par l’amélioration du niveau de vie, la demande d’appareils électroniques a explosé au cours des dernières années. Aujourd’hui, alors que la population totale du Chili est de 16,5 millions d’habitants, 16 millions de téléphones portables sont en circulation. De ce fait, le Chili génère chaque année l’équivalent en déchets d’un grand stade de football rempli, pour lesquels aucune mesure concrète n’est prise par le gouvernement.

L’initiative :

Fondée en 2003 par Fernando Nilo, Recycla fut la première entreprise à recycler les déchets électroniques en Amérique du Sud, créant par la même occasion une toute nouvelle industrie au Chili. Recycla collabore avec un nombre croissant de grandes entreprises dont elle traite les déchets électroniques (HP, Epson,…).

Pratiquement, Recycla récolte les déchets électroniques de ces entreprises de manière régulière. Les déchets sont ensuite acheminés jusqu’à leur centre de recyclage situé dans les faubourgs de Santiago où des ouvriers de Recycla démontent les différents appareils et en séparent les composants. Ces composants sont par la suite recyclés ou traités ; le plastique est recyclé dans une centrale de recyclage avoisinante, les différentes substances nocives contenues dans les appareils sont isolées méticuleusement pour être envoyées dans une centrale de traitement et de récupération. Enfin, les métaux constituant les cartes, puces ou disques durs sont acheminés par containers chez Umicore en Belgique où ils sont fondus pour être réutilisés sous une autre forme.

Les deux sources de revenu principales de Recycla proviennent d’une part des entreprises qui les payent pour venir récolter et traiter leurs déchets et d’autre part, des entreprises qui rachètent les matières qu’ils revendent (plastiques et métaux principalement). Les métaux sont tous envoyés chez Umicore en Belgique qui est en fait quasiment le seul client de Fernando. Les métaux constituant la source de revenu principale de Recycla, cette collaboration avec Umicore est essentielle pour l’entreprise.

En plus de recycler les déchets électroniques, Fernando veut également « recycler des personnes ». Alors que les programmes de réinsertion des détenus au Chili sont hautement déficients, Recycla n’hésite pas à engager des détenus en semi liberté ou des anciens prisonniers récemment sortis de prison afin de leur offrir une seconde chance.

Les prisonniers qui se trouvent encore en prison mais qui ont une bonne conduite ont ainsi la possibilité de quitter le pénitencier durant la journée pour se rendre à l’usine Recycla. En plus de faciliter leur réinsertion sociale, ceux-ci reçoivent un salaire et peuvent donc continuer à subvenir aux besoins de leurs familles. Pour les anciens détenus, il s’agit d’une opportunité exceptionnelle de reconstruire leur vie dans un environnement où ils ne sont pas jugés pour leurs méfaits antérieurs.

Le modèle de Recycla est une référence en terme d’entrepreneuriat social. Fernando Nilo, après avoir identifié une problématique, a réussi à trouver une réponse efficace et à développer une nouvelle industrie. Cette jeune entreprise a déjà des perspectives de croissance très intéressantes sur le continent Sud Américain où le potentiel de développement est gigantesque.

L’entrepreneur :

Fernando Nilo a commencé sa carrière en tant qu’auditeur dans une entreprise multinationale. Possédant depuis sa jeune enfance la fibre sociale, il perçoit un clivage entre le monde du business et le monde social. Convaincu qu’il est possible de supprimer cette séparation, il décide alors de créer Recycla, une entreprise parfaitement rentable avec un impact social considérable.

Le personnage en lui-même incarne parfaitement cette alliance entre business et social ; jamais loin de son Blackberry et excellent homme d’affaire, Fernando n’en est pas moins doté de fortes considérations sociales et attache une importance considérable au bien-être de ses employés.

Son modèle lui a valu de nombreuses reconnaissances ; entrepreneur Schwab, il a été invité 3 fois au Forum Economique Mondial de Davos et a eu l’occasion, à plusieurs reprises, de témoigner son expérience dans les plus grandes universités américaines.

Impact social :

Recycla est une entreprise compétitive et rentable qui possède un triple impact sur la société : environnemental, social et éducatif.

En traitant les déchets électroniques, Recycla réduit considérablement la pression exercée par l’humain sur l’environnement. Recycla recycle à l’heure actuelle 10% des déchets électroniques au Chili et souhaite être en mesure de faire passer ce chiffre à 50% à moyen terme. En créant Recycla, Fernando Nilo a créé une nouvelle industrie en Amérique du Sud dont le potentiel de croissance est à présent très important tant les possibilités pour répliquer le modèle sont élevées.

D’un point de vue social, Recycla offre une seconde chance à des détenus et favorise donc leur réinsertion dans la société. Sur les 25 employés de Recycla, 10 sont d’anciens détenus ou effectuent actuellement leur peine de prison tout en travaillant chez Recycla durant la journée. Depuis la création de l’entreprise en 2003, 27 détenus y ont déjà travaillé.

Enfin, convaincu de l’importance de l’éducation pour résoudre les problèmes sociaux, Fernando travaille avec différentes écoles de commerce américaines afin de mettre sur pied des programmes d’études relatifs à la problématique du recyclage et de répandre le concept de l’entrepreneuriat social.

Impact financier :

Lorsqu’il décide de lancer Recycla en 2003, Fernando Nilo recherche un partenaire financier pouvant l’aider à concrétiser son business plan. Ni le secteur bancaire traditionnel, ni le gouvernement ne croient en son idée car ils ne voient pas comment une telle entreprise pourrait être rentable sur le long terme. Convaincu de son idée, Fernando décide de persévérer et se met en contact avec Octantis, un incubateur qui aide les « start-up » à se professionnaliser et à entrer en contact avec des investisseurs.

Le premier défi financier de Recycla fut sa première levée de fonds d’un montant de 50.000$ , capital de départ nécessaire pour lui permettre de lancer son activité. Après avoir établi une stratégie et des prévisions à long terme avec Octantis, Fernando reçoit un subside d’Innova Chile, un fonds gouvernemental qui a pour but de soutenir des initiatives prometteuses. Avec les 50.000$ reçus, Recycla prit forme. Comme nous avons pu le constater, le business model innovateur de l’entreprise tint ses promesses. Après seulement 3 ans, Recycla était rentable et elle génère aujourd’hui un chiffre d’affaire annuel de 3.000.000$. Les perspectives de croissance sont impressionnantes et les objectifs d’expansion (passer de 10% de parts de marché au Chili à 50% à moyen terme et d’exporter le modèle dans d’autres pays d’Amérique latine) apparaissent tout à fait réalisables.

Aujourd’hui, après avoir fait ses preuves, Fernando a réussi à créer une relation de confiance entre Recycla et le secteur bancaire; Recycla collabore avec des banques traditionnelles telles que Banco Chile ou Santander qui lui octroient des prêts lui permettant de financer ses besoins en fonds de roulement.

Fernando Nilo est à présent à la tête d’une entreprise influente, capable de changer les mentalités. Si vous lui demandez quelles ont été les clés du succès et quelle est sa philosophie, il vous répondra que Recycla était avant tout un rêve pour lui, qu’il a réussi à réaliser à force de conviction et de détermination.

Pour plus d’info, visitez www.recycla.cl

Ciudad Saludable: Le reportage vidéo!

juillet 25, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Créé par Albina Ruiz, Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Ceci permet de fournir du travail à plus de 150 personnes en accordant une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. En plus de former les micro-entrepreneurs, Ciudad Saludable leur fournit un soutien technique, légal et également financier grâce à un système innovant de microfinance. Face au succès de son modèle, Albina envisage actuellement de le répliquer dans d’autres pays tels que l’Inde.

Pour plus d’info, lisez le profil de Ciudad Saludable


Fair Street - Ciudad Saludable from Angalio Productions on Vimeo.

Notre reportage péruvien se déroule à Lima où nous rencontrons Albina Ruiz, la fondatrice et gérante de Ciudad Saludable. L’interview avec Albina se déroule dans un climat très décontracté et est déjà une expérience en soit, tant Albina nous impressionne par son dynamisme, sa bonne humeur et sa vision optimiste du futur. Suite à cette rencontre, nous nous rendons à « El Pino », un des quartiers les plus défavorisé de Lima. Nous y observons le travail des micro-entrepreneurs qui, munis de leur tricycle à moteur, sillonnent la colline afin de procéder à la collecte des déchets. L’impact du travail de Ciudad Saludable est frappant: malgré la pauverté évidente et les habitations de fortunes,  nous visitons un quartier propre et parsemé de zones vertes dans lequel il est agréable de circuler.

Problématique & Contexte:

Au Pérou, la gestion des déchets est un problème majeur. Les fonds débloqués par les différents gouvernements à cet effet sont insuffisants et sont principalement concentrés sur les quartiers les plus riches. L’explosion démographique des villes principales du pays a également contribué à l’aggravation du phénomène. Les ménages à eux seuls produisent chaque jour plus de 20.000 tonnes de déchets. Parmis ces déchets, seulement 60% sont récoltés et 35% traités de manière adéquate. Dans les quartiers pauvres où des associations privées n’interviennent pas, certaines rues ressemblent dès lors à des décharges à ciel ouvert. L’air y est alors difficilement respirable, sans parler de l’impact de ces déchets sur l’hygiène et la santé des communautés.

Ce manque d’efficacité des services publics dans les quartiers défavorisés est principalement dû au manque d’intégration des populations les plus pauvres au sein du système légal et à l’incapacité du gouvernement à s’adapter à la situation. Souvent sans adresse déclarée et sans documents d’identité valables, l’Etat n’a alors pas l’opportunité d’exercer un contrôle sur ces contribuables et pense de plus que les pauvres ne sont pas en mesure de payer un service de récollection. Ces communautés se retrouvant dans une situation de «passagers clandestins», les municipalités n’ont pas suffisamment de moyens pour couvrir tous les quartiers et les déchets excédentaires s’accumulent alors rapidement dans différents endroits du quartier.

Les matières regroupées dans ces décharges en plein air représentent néanmoins une source de revenus pour les personnes les plus pauvres. Celles-ci, en s’improvisant « recicladores » (terme péruvien désignant une personne qui « fait les poubelles ») parcourent ces quartiers à la recherche de plastique ou de carton qu’ils peuvent revendre ensuite pour un faible revenu (+- 2$ par jour) à un intermédiaire qui fournira ces matières à une centrale de recyclage ou à une entreprise les utilisant comme matière première. Ces « recicladores » travaillent dans de très mauvaises conditions, sans gants, masques ou pantalons de protection. De plus, les « recicladores » sont régulièrement persécutés par les polices locales qui n’acceptent pas leur activité. Enfin, alors qu’ils travaillent seuls la nuit, les « recicladores » sont régulièrement victimes de la violence des bandes locales.

L’initiative:

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Pratiquement, Ciudad Saludable leur fournit de l’aide pour les démarches légales qu’impliquent la création d’entreprise, un soutien logistique et les aide à financer le matériel nécessaire à leur activité en leur donnant accès au microcrédit à des conditions très avantageuses. Ce modèle relativement simple a révolutionné la gestion des déchets au Pérou et amélioré les conditions de vie millions de personnes défavorisées.

L’organisation des « recicladores » possède différents avantages : tout d’abord, en regroupant les fruits du travail de différents « recicladores », ils rassemblent une plus grande quantité de déchets qui peuvent alors directement être revendus à des entreprises de recyclage sans utiliser d’intermédiaires leur permettant d’obtenir un prix bien plus intéressant. Cet effet de quantité est encore accentué par l’aide que Ciudad Saludable apporte à ses « recicladores » afin qu’ils utilisent du matériel permettant d’accroître leur productivité. Ciudad Saludable encourage ses « recicladores » à s’équiper de camions, motos… permettant de récolter les déchets de manière plus efficace.

Ensuite, en fournissant un équipement adéquat (casque, gants, bleu de travail) à ses « recicladores », Ciudad Saludable leur permet de récolter les déchets dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité et leur permet d’exercer ce travail dans une plus grande dignité. Ciudad Saludable accorde une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. C’est pourquoi, ceux-ci doivent se procurer le matériel de travail adéquat qu’ils peuvent acheter grâce à un système de microcrédits développé collaboration avec la Scotia Bank. Ils ne sont donc pas assistés mais s’achètent eux-mêmes les outils leur permettant d’améliorer leur condition.

Sur le terrain, les micro-entreprises récoltent les déchets dans les maisons ayant accepté de cotiser pour les services de Ciudad Saludable. Le coût de la cotisation est de 4 soles (1€) par mois.. Afin que les personnes vivant dans les quartiers défavorisés acceptent de contribuer, Ciudad Saludable effectue un travail de sensibilisation important en insistant l’intérêt de la collection des déchets et l’impact positif qu’un quartier propre a sur la santé des enfants. Ciudad Saludable récompense les payeurs réguliers notamment  en plant des arbres aux abords de leurs maisons afin de rendre leurs quartiers plus agréables. Aujourd’hui, le taux de paiement dans les quartiers où Ciudad Saludable est actif dépasse les 60% et ce nombre est en constante augmentation.

La création et l’assistance des micro-entreprises est le programme principal de Ciudad Saludable. Cependant, Ciudad Saludable possède également d’autres secteurs d’activité : ils offrent des services de conseil à différentes villes péruviennes afin de les aider à améliorer leur gestion des déchets. Ciudad Saludable a également créé un programme innovant permettant de produire du gaz pour les familles n’ayant pas accès à l’électricité à partir d’excréments de porcs qui se nourrissent de déchets alimentaires.

Enfin, Ciudad Saludable a développé un master en gestion environnementale en collaboration avec « l’universidad Catolica » à Lima. Albina Ruiz et certains de ses collaborateurs y donnent différents cours afin de généraliser les solutions de gestion des déchets.

A moyen terme, l’objectif d’Albina Ruiz est de répliquer son modèle de micro-entreprises dans toutes les villes du Pérou et dans différents Etats d’Amérique du Sud. Profondément marquée par un récent voyage en Inde, Albina Ruiz a également comme priorité et ambition d’adapter son modèle à ce pays.

L’entrepreneur:

Albina Ruiz, fondatrice de Ciudad Saludable, a grandi dans la jungle péruvienne. A 18 ans, lorsqu’elle se rend à Lima afin d’y poursuivre ses études universitaires, elle est profondément choquée par la quantité de déchets ornant les rues et la pollution ambiante. Elle décide alors de combattre ce fléau et lance au sein de l’université des campagnes de nettoyage. A la fin de ses études d’ingénieur industriel, elle consacre son mémoire à la création de micro-entreprises et à la gestion environnementale dans les quartiers pauvres de Lima. Ce mémoire, suscitera beaucoup d’enthousiasme au sein du corps académique et elle décide alors de mettre la théorie en pratique en créant Ciudad Saludable. Son modèle et ses innovations ont été maintes fois reconnus et récompensés ; Albina a été élue « Schwab Social Entrepreneur of the World Economic Forum », elle a reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » et elle est également fellow d’Ashoka.

Impact social:

Les 13 micro-entreprises lancées par Ciudad Saludable emploient aujourd’hui 150 personnes. En collectant les déchets et en favorisant l’adoption de comportements respectueux de l’environnement, ces différentes microentreprises ont à ce jour amélioré les conditions de vie de 4 millions de personnes.

Ciudad Saludable opère dans 60 municipalités du Pérou, permettant de ramasser et de trier 100% des déchets dans les quartiers où les micro-entreprises sont présentes.

Le travail de Ciudad Saludable a une influence considérable sur le gouvernement péruvien. L’entreprise à collaboré à la formulation de la Loi Générale sur les Déchets Solides et à sa réglementation. Il s’agit d’une qualité essentielle chez les entrepreneurs sociaux qui cherchent à changer les mentalités et générer des progrès durables.

Grâce au Master de gestion environnementale, plus de 5000 étudiants ont déjà obtenu leur maîtrise dans le domaine et possèdent à leur tour les compétences pour être les acteurs du changement environnemental initié par Albina Ruiz.

Impact financier:

Les micro-entreprises sont gérées par des personnes défavorisées vivant dans les quartiers où elles opèrent. Ces personnes n’ont généralement pas accès aux crédits des banques classiques et sont alors dans l’impossibilité de financer l’achat de matériel supplémentaire.

Pour remédier à ce problème et leur donner accès au capital, Ciudad Saludable a développé un programme de microcrédit avec la banque canadienne Scotia Bank. Les taux d’intérêt pratiqués par les institutions de microcrédit oscillent habituellement entre 30 et 40% annuellement, ce qui paraissait trop élevé aux yeux d’Albina Ruiz. Elle a donc créé un fonds spécial pour lequel Ciudad Saludable se porte garant grâce à une garantie de 30.000 euro déposée à la Scotia Bank. Ayant la garantie d’être remboursée et n’ayant pas à assurer le suivi des prêts, Scotia Bank peut se permettre d’offrir des crédits à un taux de 12% annuel, nettement inférieur aux pratiques courantes.

Dans son processus de développement, Ciudad Saludable a obtenu, en 2006, 615 000 dollars de la part de la Skoll Foundation après avoir reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » récompensant la qualité des innovations d’Albina. Ce don a permis à Ciudad Saludable de donner de l’ampleur à ses actions. Entre autres, cela leur a donné la possibilité d’améliorer la qualité de leur soutien aux micro-entreprises et d’accélérer son processus d’expansion aux différents pays d’Amérique du Sud.

Ciudad Saludable, en développant un système innovant qui intègre des composantes complémentaires telles que la microfinance et la formation universitaire a relevé le défi de créer une “Ville Saine”. En s’entourant d’un management compétant et optimiste, Albina Ruiz souhaite continuer d’étendre son impact au Pérou et d’exporter son modèle à l’étranger.

Coronilla: Le reportage vidéo!

juin 28, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Coronilla est une entreprise basée à Cochabamba en Bolivie qui produit des pâtes et des snacks sans gluten. L’objectif de Coronilla est d’avoir un impact positif sur tous les acteurs de sa chaîne de production. Pour ce faire, elle achète ses matières premières à des prix équitables auprès de producteurs locaux, sa main d’œuvre est constituée à 75% de femmes et à 10% de personnes à capacité réduites et offre des conditions de travail optimales. Découvrez l’interview de Martha Wille, l’entrepreneur qui a insufflé sa fibre sociale à Coronilla.

Pour plus d’info, lisez le profil de Coronilla

Fair Street - Coronilla from Angalio Productions on Vimeo.

Après l’extraordinaire découverte des fours solaires, Fair Street a réalisé un deuxième reportage dans la ville de Cochabamba, Bolivie. Nous avons eu la chance de rencontrer Martha Wille, qui est à la tête d’une entreprise familiale créée il y a plus de 40 ans. Martha s’est lancée dans l’ambitieux projet de démontrer que l’activité d’une entreprise peut bénéficier à tous les acteurs de la chaîne de production.

Problématique & Contexte :

Les problématiques sociales auxquelles s’intéresse Coronilla sont directement liées à la situation politique et sociale de la Bolivie. Bien qu’une progressive ouverture à l’économie de marché durant les années 90 ait amélioré la situation économique du pays, la Bolivie reste aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud avec d’importantes inégalités entre milieux urbains, où 60% de la population est pauvre, et ruraux où ce chiffre s’élève à 80%.

L’un des problèmes sociaux majeur de la Bolivie réside dans les conditions de vie des populations amérindiennes qui constituent pourtant la majorité de la population. L’accession d’Evo Morales au pouvoir suscite beaucoup d’espoirs au sein de cette tranche de la population bolivienne. Néanmoins, beaucoup vivent encore dans des conditions très précaires. C’est le cas notamment des habitants de l’Atiplano bolivien, région de hauts plateaux située à plus de 3000m d’altitude. Les habitants de l’Altiplano vivent essentiellement de l’agriculture qui est le premier secteur d’activité du pays. Vivant dans des régions reculées et produisant à petites échelles, leur pouvoir de négociation sur les acheteurs est réduit. Leurs revenus sont donc en général irréguliers et faibles.

Si c’est le cas dans de nombreux pays pauvres, la situation des femmes est particulièrement préoccupante en Bolivie. Dans les années 90, ce problème était même décrit comme l’un des fléaux du pays. Une étude réalisée en 1994 montra que près de 70% des femmes y étaient victimes de violence conjugales. Aujourd’hui encore, les femmes souffrent d’importantes discriminations par rapport aux hommes. Leur principale occupation étant la gestion du ménage, elles ont un pouvoir économique limité et sont totalement dépendantes de leur mari. Cette isolation, conjuguée à la violence conjugale empêche les femmes de prendre part au développement car elles sont trop occupées à se défendre. À l’origine de la marginalisation des femmes se trouve le faible niveau d’instruction qui limite leurs possibilités d’émancipation.

Depuis une dizaine d’années, la situation des femmes est néanmoins devenue une préoccupation grandissante en Bolivie et de nombreuses initiatives et lois visant à améliorer leurs droits ont vu le jour.

L’entreprise :

Fondée en 1972 par Guillermo Wille, Coronilla est à l’origine une entreprise productrice de pâtes. Au milieu des années 90, alors que le marché à l’exportation se contracte considérablement, l’entreprise est au bord de la faillite. Martha Wille, fille de Guillermo Wille, relance l’entreprise en diversifiant la ligne de produits. Bien que Guillermo Wille ait toujours cherché à instaurer différentes normes sociales au sein de son entreprise, c’est avec Martha que commence la deuxième vie de Coronilla en tant qu’entreprise sociale. Aujourd’hui l’entreprise produit des pâtes et des snacks faits à partir de quinoa et d’une traditionnelle céréale andine qui les rend libres de tout gluten.

Coronilla cherche à lutter contre la pauvreté en ayant un impact social positif sur les différents acteurs de sa chaine de valeur. Alors que la Responsabilité Sociétal d’Entreprise (RSE) est un concept très peu développé en Amérique du sud et encore moins en Bolivie, Coronilla se veut précurseur. L’entreprise achète ses ingrédients (quinoa, riz,…) directement auprès de producteurs de l’Altiplano bolivien vivant dans des conditions très précaires, négocie directement dans la langue de ces populations (le Quechua ou l’Aymara) et leur offre de la stabilité dans les prix.

Les employés sont également une composante extrêmement importante de l’entreprise. 75% des employés sont des femmes et 10% du personnel est constitué de personnes à capacités réduites. Les conditions de travail sont optimales en termes d’hygiène et de sécurité. L’entreprise donne également l’opportunité à certains de ses employés de suivre des études ou des formations complémentaires. Enfin, Coronilla offre un appui aux familles pour la scolarisation de leurs enfants.

Étant donné le peu de demande pour des produits bios en Bolivie, Coronilla s’est tournée vers l’exportation. Aujourd’hui, l’entreprise exporte dans près de 11 pays en Amérique du Nord en Europe et en Océanie.

L’entrepreneur:

Fille de Guillermo le fondateur de Coronilla, Martha Wille a conservé les convictions sociales de son père et les a intégrées aux principes de l’entreprise familiale. En tant que dirigeante d’une entreprise familiale et extrêmement soucieuse du bien être de ses employés, Martha veut que chaque employé se sente part de la famille et qu’il s’y sente bien.

Après avoir été élue entrepreneur social de l’année en 2005, par la Schwab Fondation, Martha fut invitée au forum économique de Davos où elle a rencontré de nombreux autres entrepreneurs sociaux. Suite à l’échange d’idées favorisé par ce genre de rencontres, Martha veut aujourd’hui lancer une fondation, « la Fondation Guillermo Wille », qui doit permettre de répliquer le modèle de Coronilla en conseillant d’autres entreprises en Bolivie et en les incitant à développer des programmes de RSE.

Impact Social:

En achetant ses ingrédients auprès de ses producteurs selon des normes de commerce équitable, Coronilla fournit une source de revenu régulière à 1500 familles et leur permet de maintenir un certain niveau de vie.

Comme nous l’a confié Martha lors de l’interview, en offrant un environnement de travail respectueux et épanouissant, l’entreprise cherche à avoir un effet positif sur la vie de famille de ses 65 employés. Après que le chef de production ait remarqué qu’une employée avait développé une aptitude à résoudre les problèmes techniques qui intervenaient sur la chaîne de production, l’entreprise l’a incitée à suivre un programme de 2 ans en ingénierie. Aujourd’hui, cette employée a vu son salaire considérablement augmenter ce qui lui a notamment permis de financer l’éducation de ses enfants.

L’autonomie économique acquise par les femmes travaillant chez Coronilla facilite leur émancipation.

Impact financier:

Depuis 1997, deux organisations ont contribué au développement de Coronilla.

La première, SEAF (Small Enterprise Assistance Fund), a investi 400 000$ (mix de capital et de dette) via son fond « Fondo Capital Activo de Bolivia », afin de financer les besoins en fond de roulement de l’entreprise. Au-delà de l’apport en capital, le soutien de SEAF a permis à Coronilla d’améliorer ses procédures comptables et de se transformer en société anonyme. SEAF a essentiellement participé à la professionnalisation de l‘entreprise. Coronilla a racheté les parts de SEAF en 2004.

Bien que SEAF ait joué un rôle important dans le développement de l’entreprise, en 2004, Coronilla n’utilisait que 20% de ses capacités de production et l’entreprise avait besoin de capital pour continuer à grandir. Coronilla a alors obtenu un prêt de 350 000€ de l’organisation hollandaise Cordaid. Ce prêt a permis à Coronilla de doubler ses exportations la même année. Aujourd’hui, les exportations de Coronilla atteignent près d’1 million $ tout en utilisant 50% de ses capacités de production. Si l’entreprise a connu une belle croissance depuis 5 ans, elle bénéficie encore d’une importante marge de progression qui devra lui permettre de davantage répartir ses coûts fixes et d’augmenter sa marge bénéficiaire.

En continuant à créer de la valeur pour chacun des acteurs (producteurs, employés, actionnaires et clients), Martha Wille est convaincue que Coronilla est appellée à devenir une entreprise majeure en Bolivie.

CEGIN: Des soins de santé pour tous

juin 2, 2009 | Comments Off | Entreprises

Après s’être intéressé à la problématique des cartoneros, de l’éducation et de l’accès à l’eau, le troisième reportage Fair Street met en avant un médecin hors du commun qui veut offrir des soins de santé aux plus pauvres.

Problématique : la santé

Dans le précédent reportage, nous avons insisté sur l’éducation comme le facteur essentiel du développement économique et social. La santé doit être considérée comme un deuxième facteur fondamental pour construire le futur de manière durable. En effet, impossible d’imaginer le développement d’un pays sans la mise en place de soins de santé adéquats. Dans les populations rurales où la force de travail est l’outil principal des paysans, la santé est primordiale et une base préalable à tout progrès. Dans les régions reculées, les femmes et enfants souffrent particulièrement des conditions de vie difficiles ; un des objectifs du millénaire des Nations Unies est de diminuer de ¾ le taux de mortalité maternelle d’ici 2015. La province de Jujuy est spécialement affectée par ce problème où le taux de mortalité maternelle est 10 fois plus élevé qu’en France.

Contexte :

En Argentine, plus de la moitié de la population n’a pas accès à la sécurité sociale. Lorsqu’une personne bénéficie de la sécurité sociale grâce à son statut de travailleur, celle-ci décidera cependant dans certains cas de souscrire à une assurance privée car elle se retrouve face à un système des soins de santé souvent inefficient et cela principalement pour 2 raisons. Tout d’abord, il est décentralisé au niveau des provinces, ce qui engendre de fortes différences d’une région à l’autre d’Argentine. Ensuite, l’état étant incapable de fournir un ensemble de solutions complet, plusieurs associations de travailleurs créent leur propre « obra social » (sécurité social) ce qui amène des irrégularités et de nombreux problèmes d’organisation. La population argentine a donc 2 options qui s’offrent à elle ; soit les systèmes de soins de santé privés, souvent trop couteux pour les populations « à la Base de la Pyramide » ; soit  le service public qui est alors inefficient et peut générer des files d’attende pouvant atteindre plusieurs jours. Le temps précieux passé à attendre empêche alors le patient de travailler et donc de subvenir aux besoins de sa famille.

L’entreprise :

CEGIN (Centro Ginecologico Integral) est un centre médical fondé en 1989, spécialisé dans la prestation de services médicaux aux femmes pauvres vivant dans les milieux ruraux. Le centre CEGIN parvient à offrir des services de qualités à un prix 50% inférieur aux prix du marché. Pour parvenir à de tels résultats, leur stratégie se base notamment sur les principes des économies d’échelles. Le milieu médical est confronté à des coûts fixes très élevés (équipements, infrastructures,…) alors que le coût incrémental d’un nouveau client est quant à lui relativement bas. Le centre CEGIN cible dès lors un très grand nombre de patients afin de répartir ses coûts fixes. En travaillant de nombreuses heures et en traitant un large volume de patients (40000 au total), le centre peut donc assurer un service de qualité, tout en diminuant fortement le prix des consultations. Plutôt que de proposer des services gratuits, l’approche de CEGIN est de faire payer le patient, un prix bas, mais un prix juste car il a remarqué avec le temps que le patient se sent alors plus digne et en retour les médecins les traitent avec plus de respect.

Au sein du centre CEGIN, Jorge Gronda a lancé il y a 5 ans le système SER. Il s’agit d’une carte d’adhérent que le patient peut se procurer pour 10 pesos (2 euros) par an et qui donne accès aux 60 cabinets médicaux de CEGIN. Sur présentation de la carte SER, le patient bénéficie des tarifs avantageux des centres CEGIN qui facturent les consultations plus de 2 fois moins chères que le marché (à titre d’exemple une écographie dans les centres CEGIN coûte 20 pesos ou lieu de 50 pesos). L’idée centrale de la carte SER, en plus de donner accès aux soins de santé, est de créer un réseau qui pourra par la suite faire bénéficier ses membres de divers avantages. En formant ce réseau et en tirant parti du grand nombre d’adhérents, le système SER peut avoir une influence considérable sur les commerçants de la province de Jujuy. A l’heure actuelle, les détenteurs de la carte bénéficient déjà de réductions dans les pharmacies et à terme, Jorge Gronda ambitionne de développer un système de « franchise sociale » et d’étendre le champ d’action de la carte SER aux domaines de l’alimentation, de la construction, des transports,… Il souhaite que les fondamentaux nécessaires à une vie décente soient accessibles à bas prix pour toutes les personnes vivant à « la Base de la Pyramide ».

L’entrepreneur :

Jorge Gronda est un médecin originaire de la province de Jujuy. D’abord actif dans le secteur publique, il le quitte il y a plus de 25 ans pour fonder CEGIN. Fatigué des nombreuses lacunes du système des soins de santé publics en Argentine, il démarre l’initiative CEGIN avec 2 motivations : premièrement, il veut offrir des soins de santé de qualité aux personnes « à la Base de la Pyramide » économique et sociale ; ensuite il veut réduire la distance qui existe entre le médecin et le patient. Le travail de Jorge Gronda lui a valu de nombreuses reconnaissances. D’abord élu entrepreneur de l’année par la Fondation Schwab en 2005, il reçoit ensuite le prix du développement des Nations Unies et sera finalement invité à partager sa vision du futur au Forum Economique Mondial de Davos en 2008.

Impact social :

L’impact social de CEGIN et du système SER est évident et peut se résumer comme suit : permettre aux gens à la  « Base de la Pyramide » (qui par définition ne sont pas couverts par une sécurité sociale) d’avoir accès à des soins de santé de qualité. Aujourd’hui, plus de 40 000 personnes sont suivies par les cliniques CEGIN (dont 20 000 via le réseau SER). Plus de 10 000 biopsies sont réalisées chaque année au sein des cliniques CEGIN, ce qui permet d’éviter plus de 300 cancers.

Néanmoins, l’intérêt de Gronda ne se limite pas à l’accès aux soins de santé mais à la considération des personnes les plus pauvres. Lors de son interview, Gronda insiste plusieurs fois sur l’importance jouée par la carte SER : premièrement, les gens cotisent pour cette carte et ne la reçoivent donc pas gratuitement. La carte a dès lors d’autant plus de valeurs à leurs yeux. Ils ont également davantage d’exigences. Cette plus grande exigence a un impact direct sur les soins qu’ils reçoivent car ils sont plus enclins à partager des informations sur leur santé, facilitant par la même occasion le travail des médecins. Ensuite, l’appartenance au réseau SER et le fait de bénéficier de soins de santé de qualité augmente considérablement l’estime que les gens victimes d’exclusion sociale ont d’eux-mêmes. Grâce à la satisfaction des clients SER, Gronda n’a jamais fait la moindre publicité pour son système. Leur fierté d’appartenir au réseau les encourage à en parler de manière positive autour d’eux; ce bouche-à-oreille a grandement contribué au développement de CEGIN.

Impact financier :

 Soutien d’un fond : Gronda est actuellement en train de clôturer les négociations avec un fond européen. Dû à une clause de confidentialité, nous ne pouvons malheureusement pas en divulguer le nom. L’apport financier de ce fond doit permettre de consolider et d’étendre le réseau SER. Actuellement, le réseau compte 20 000 membres et l’objectif est d’atteindre le nombre de 50 000 membres sur un horizon de 5 ans. Selon les  dires de Gronda, le soutien financier venant d’une organisation extérieure est indispensable pour la réalisation de cet objectif.

Utilisation de la microfinance : 80% des problèmes de santé peut être résolu à l’aide la carte SER et des consultations que la carte offre à moitié prix. Néanmoins, certains problèmes plus sérieux nécessitent une intervention chirurgicale bien plus coûteuse. Dans ces cas, CEGIN utilise les vertus du micro-crédit pour permettre à ses clients de financer ces opérations. Le type d’opérations qu’ils doivent effectuer coûte en moyenne 3000 pesos (+/- 600 euros). Un fond de micro-crédit, financé et géré par CEGIN, octroie des crédits d’un montant équivalent à celui de l’opération. Le remboursement du crédit se fait en général en 10 paiements réguliers. Gronda est précurseur dans l’utilisation du micro-crédit pour la santé ; estimant que la santé est la base du développement, il pense qu’il est essentiel que l’accès au capital permette aux gens d’étendre leur accès aux soins de santé. Pour les cas les plus graves que même le microcrédit ne peut financer, CEGIN cherche à mettre en place un système de micro-assurance. Statistiquement ces cas ne se rencontrent qu’une fois sur 100 000, Gronda cherche à profiter de « l’effet de nombre »  du réseau SER ; la petite cotisation de tous les membres du réseau financerait le traitement des cas exceptionnels.

Le système SER dans son ensemble repose sur un principe financier fondamental: la diversification. Les membres du réseau sont à la base de son succès et de son développement. C’est pourquoi, en étendant le réseau, Gronda le consolide. Avec plus de membres, les profils de risques se diversifient et le risque global diminue. Cette diversification qui réduit le profil de risque du système est également essentielle pour le fonctionnement du micro-crédit et le développement de la micro-assurance.

Sources:

Entretien réalisé avec Jorge Gronda, fondateur de CEGIN et du système SER

Llobeta Robert, Recuperando la salud, Grupo Editorial Lumen, Buenos Aires, 2007

www.oms.org

www.undp.org

www.schwabfound.org

Le deuxième reportage se déroule à Bariloche, dans le nord de la Patagonie. C’est suite à notre rencontre à Buenos Aires avec la responsable d’Ashoka (réseau soutenant les entrepreneurs sociaux) en Argentine  que nous décidons de modifier notre itinéraire et de faire le « petit » détour  de 2000 kilomètres qui nous mène à Bariloche.

Problématiques:

L’eau : au sein du défi environnemental auquel est confronté l’humanité, la crise de l’eau devient une considération centrale. Les diminutions des ressources, sa gestion et son approvisionnement sont des aspects sur lesquels de nombreux progrès doivent encore être effectués. La qualité de l’eau a une influence énorme sur les conditions de vie des populations pauvres. Une eau de meilleure qualité améliore l’alimentation et l’hygiène de vie des personnes « à la Base de la Pyramide ». Avec une meilleure hygiène de vie, ils peuvent affronter plus facilement les défis de leur vie quotidienne et leurs efforts se déplacent de la lutte pour leur subsistance à leur développement personnel.

L’éducation : les pays en développement comptent actuellement 75 millions d’enfants qui ne vont pas à l’école et 861 millions d’adultes analphabètes. L’accès à l’éducation est unanimement reconnu comme l’un des facteurs clés du développement économique et social. L’éducation développe la connaissance et permet la professionnalisation : par l’apprentissage de concepts et de techniques, les communautés les plus marginalisées peuvent bénéficier de la croissance et améliorer leur situation. Ils ont alors les moyens de s’assumer personnellement mais également de prendre en charge leurs familles. En développant le potentiel de chacun, l’éducation touche directement à la dignité de l’être humain. « Donner à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires» est l’un des objectifs du programme des Nations Unies visant à éliminer la pauvreté d’ici 2015.

Contexte

Malgré son statut de pays émergent, l’Argentine est un pays où la pauvreté est encore très présente, tant dans des grandes villes comme Buenos Aires que dans des régions éloignées comme celle de Bariloche. La crise du début des années 2000 a profondément dégradé la situation économique et sociale du pays (de 1998 à 2001, le PIB est passé de 300 à 220 milliards de pesos !) et ses conséquences s’en ressentent encore aujourd’hui. En Argentine, plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 20% est dans un état d’indigence complète (lorsque les revenus ne suffisent pas à assurer le minimum nécessaire au maintien de la capacité physique). Cette situation est notamment due à un taux de chômage important : dans la région de Bariloche, un quart de la population active n’a pas de travail et ce chiffre peut atteindre 75% dans les zones les plus reculées.

Les conséquences directes de cette pauvreté est l’exclusion sociale et la marginalisation d’une importante tranche de la population. Les gens connaissent des conditions de vie précaires dont il leur est souvent difficile de sortir.

L’entreprise :

ETV (« Emprendimientos de Tecnologias para la Vida ») a été fondée en 2006 et cherche à développer, fabriquer et diffuser des solutions technologiques améliorant les conditions de vie des personnes à « la Base de la Pyramide ». Actuellement, le principal produit développé par ETV est la « Bomba de Soga » qui pompe de l’eau potable. L’objectif d’ETV est multiple: premièrement, ils veulent utiliser le potentiel des innovations technologiques en les adressant aux communautés les plus pauvres ; ensuite, ETV fournit du travail à des jeunes de la Fondation Gente Nueva et enfin, les revenus générés par la vente de leurs produits doivent servir à partiellement financer la fondation. Cependant, à ce stade-ci, les revenus générés ne permettent pas encore d’atteindre significativement ce dernier objectif.

Créée il y a 25 ans, la Fondation Gente Nueva cherche à promouvoir l’éducation et la professionnalisation des personnes qui sont exclues du système éducatif traditionnel. À l’aide d’un réseau d’écoles primaires et secondaires mais également par le développement d’ateliers de travail et de programmes éducatifs régionaux, Gente Nueva veut donner à chaque individu  la chance d’exprimer son potentiel. Les écoles du réseau Gente Nueva sont gratuites et le salaire des professeurs, qui sont sélectionnés par les membres de la fondation, est payé par l’état.

La fabrication des produits d’ETV est réalisée dans les ateliers de travaux de Gente Nueva, ce qui offre du travail à toute une série de jeunes apprentis.

L’entrepreneur :

Gustavo Gennuso est originaire de Buenos Aires mais vit à Bariloche depuis trente ans. Il s’y est installé lorsqu’il est venu étudier l’énergie nucléaire à l’Institut Balseiro. Il a continué à travailler dans ce domaine jusqu’en 2000 mais a parallèlement développé ses innovations sociales. Après avoir créé la Fondation Gente Nueva, Gustavo veut maintenant prouver au travers d’ETV qu’il est possible d’avoir un impact social tout en étant rentable et durable. L’ambition de Gustavo Gennuso est d’accomplir un profond changement social. Il veut donner aux plus pauvres, toutes les opportunités possibles de se développer. En accomplissant le changement social, il ne veut pas seulement transformer la vie des plus pauvres mais la société dans son ensemble.

Impact social :

ETV cherche à considérablement améliorer les conditions de vie des personnes les plus pauvres. Le développement de technologies n’est que le moyen devant servir la fin. L’activité de l’entreprise a un triple impact social : premièrement, l’amélioration des conditions de vie de la « Base de la Pyramide », deuxièmement, la création d’opportunités de travail pour les gens « exclus », et troisièmement, le financement de Fondation Gente Nueva. En 3 années d’existence, ETV est déjà parvenu à toucher 300 familles. Leur objectif est à terme d’avoir un impact direct sur 150 000 personnes.

La Fondation Gente Nueva a, depuis sa création, accueilli plus de 5000 jeunes dans ses différentes classes. Elle a également formé 3000 jeunes additionnels via ses programmes éducatifs régionaux. Les initiatives de Gustavo Gennuso ont également eu une influence sur les décisions politiques relatives à l’éducation dans les régions où il est actif.

Impact financier :

L’impact financier se trouve ici davantage dans le rôle joué par la microfinance pour étendre l’impact social que dans le financement direct de l’entreprise.

Microfinance : Le micro-crédit est une innovation qui a permis à des millions de personnes de s’extraire de la pauvreté. Si l’accès au capital permet aux populations pauvres de démarrer une micro-entreprise, pourquoi ne leur permettrait-il pas également d’acquérir des  produits qui doivent influencer significativement leurs conditions de vie ? C’est la stratégie adoptée par ETV. En effet, la cible du social business de Gustavo, n’a le plus souvent pas les moyens d’acheter leurs produits. La « Bomba de Soga » coûte 700 pesos (+/- 140 euros). Un montant que des gens qui gagnent en moyenne 2 euros par jour, peuvent difficilement payer. Afin d’étendre son impact social, ETV utilise donc la recette du micro-crédit et rend ses produits plus accessibles. Les clients d’ETV financent donc l’achat de la pompe à eau à l’aide d’un micro-crédit qui leur a été octroyé.  L’impact du soutien de la microfinance est double : il permet d’abord d’étendre l’impact social d’ETV ; ensuite il doit augmenter les revenus de l’entreprise et donc les ressources financières disponibles pour Gente Nueva qui à son tour peut accélérer le changement social via l’accès à l’éducation. Le micro-crédit n’étant pas une activité d’ETV, ils collaborent avec différentes IMF’s (institutions de microfinance) mais également avec des ONG’s des régions où ils sont actifs (principalement le nord de la Patagonie et la province de Jujuy). Cette collaboration avec la microfinance est le seul moyen d’atteindre les 150 000 personnes qu’ils visent.

Financement: parallèlement à sa vocation sociale, l’objectif d’ETV est donc d’apporter des ressources financières à la fondation Gente Nueva. Ce type de modèle est assez courant dans les initiatives des entrepreneurs sociaux : afin de ne pas être dépendant des donations, ils  optent pour la solution « du marché » en créant des « social business » dont le but est de financer l’activité qui ne génère pas de profit. L’autre partie des profits est réinvestie dans l’entreprise afin de financer la recherche d’autres technologies.

ETV (et Gente Nueva) a reçu une contribution financière de l’organisation Ashoka (que nous présenterons ultérieurement) dont Gustavo est membre. L’entreprise a  également bénéficié de différents fonds provenant essentiellement d’investisseurs philanthropes, notamment un business angel suisse, qui leur a fait un crédit à des conditions très favorables (mais sur lesquelles nous n’avons pas obtenu plus de détails…). Aujourd’hui, ETV cherche des ressources financières d’un montant équivalent à 74 000$ (54 833€) qui leur permettrait de financer les investissements nécessaires à la réalisation des objectifs de leur business plan, plus particulièrement l’introduction de nouvelles technologies.

La force du modèle de Gustavo réside dans sa capacité à traiter différentes problématiques. Nous sommes en effet frappés par le caractère complet de son organisation. Trois facteurs essentiels de la lutte contre la pauvreté sont présents dans son modèle à savoir: l’éducation, l’accès au capital et la santé. En créant des synergies entre différentes organisations, il permet d’étendre considérablement l’impact social et de construire le changement de manière durable. 

 

Sources :

Entretien réalisé avec Gustavo Gennuso, fondateur d’ETV et de Fondation Gente Nueva

www.unesco.org

www.oms.org

www.schwabfound.org

www.changemakers.net