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Recycla: Le reportage vidéo!

août 19, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Fondée en 2003 à Santiago de Chile, Recycla est une entreprise spécialisée dans le recyclage des E-wastes (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…). Ayant depuis toujours eu la volonté d’unir le monde du business et du social, son fondateur, Fernando Nilo fut le premier à traiter cette problématique en Amérique du Sud créant de ce fait une nouvelle industrie au Chili. En travaillant avec d’anciens prisonniers, Recycla favorise leur réinsertion social tout en adressant des solutions à la problématique des déchets électroniques dont les substances polluent considérablement la planète.

Pour plus d’info, lisez le profil de Recycla


Fair Street - Recycla from Angalio Productions on Vimeo.

Le dernier reportage de notre périple latino se déroule à Santiago de Chile. Après plus d’un mois passé en Bolivie et au Pérou, le changement de paysage nous surprend dès notre arrivée au Chili tant le niveau de développement de sa capitale est incomparable avec les 2 pays traversés précédemment. Nous sommes par ailleurs très vite séduits par cette capitale dont l’architecture alterne histoire et modernité.

Nous sommes à Santiago afin d’y rencontrer Fernando Nilo, fondateur de Recycla, une entreprise sociale spécialisée dans le recyclage des « E-wastes ». Recycla est la première entreprise que nous avons contactée dans le cadre du projet Fair Street tant son modèle nous a tout de suite intéressés.

Problématiques :

E-waste : La croissance rapide des technologies engendre chaque année environ 35 millions de tonnes de déchets électroniques (si tous ces déchets étaient mis sur un train, la longueur du train ferait le tour de la terre). Ce chiffre va continuer à croître alors que les pays en voie de développement devraient tripler leur production d’E-wastes dans les 5 prochaines années. Si les déchets électroniques (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…) représentent seulement 2% des déchets produits sur le continent américain, ils génèrent pourtant 70% des déchets toxiques en terme d’impact environnemental. Ces appareils contiennent en effet des substances telles que le plomb, le mercure, le béryllium,… qui menacent l’environnement si elles ne sont pas traitées adéquatement.

Réinsertion sociale : Les prisonniers qui arrivent au terme de leur condamnation éprouvent de grandes difficultés à retrouver un emploi et à se réinsérer dans la société. 60% des détenus sortants déclarent ne pas avoir d’emploi et possèdent en moyenne 130€ lorsqu’ils sortent de prison. Ces personnes libérées n’ont donc souvent donc pas d’autres choix que de faire appel aux organismes d’aide et d’emploi et continuent de ce fait à vivre en marge de la société, ce qui amenuise leurs possibilités de réinsertion et de réhabilitation.

Contexte :

Malgré les fortes disparités qui existent entre les riches et les pauvres, le Chili est le pays d’Amérique latine qui possède le PIB par habitant le plus élevé (9.600$ en 2007). Favorisée par la stabilité économique du pays et par l’amélioration du niveau de vie, la demande d’appareils électroniques a explosé au cours des dernières années. Aujourd’hui, alors que la population totale du Chili est de 16,5 millions d’habitants, 16 millions de téléphones portables sont en circulation. De ce fait, le Chili génère chaque année l’équivalent en déchets d’un grand stade de football rempli, pour lesquels aucune mesure concrète n’est prise par le gouvernement.

L’initiative :

Fondée en 2003 par Fernando Nilo, Recycla fut la première entreprise à recycler les déchets électroniques en Amérique du Sud, créant par la même occasion une toute nouvelle industrie au Chili. Recycla collabore avec un nombre croissant de grandes entreprises dont elle traite les déchets électroniques (HP, Epson,…).

Pratiquement, Recycla récolte les déchets électroniques de ces entreprises de manière régulière. Les déchets sont ensuite acheminés jusqu’à leur centre de recyclage situé dans les faubourgs de Santiago où des ouvriers de Recycla démontent les différents appareils et en séparent les composants. Ces composants sont par la suite recyclés ou traités ; le plastique est recyclé dans une centrale de recyclage avoisinante, les différentes substances nocives contenues dans les appareils sont isolées méticuleusement pour être envoyées dans une centrale de traitement et de récupération. Enfin, les métaux constituant les cartes, puces ou disques durs sont acheminés par containers chez Umicore en Belgique où ils sont fondus pour être réutilisés sous une autre forme.

Les deux sources de revenu principales de Recycla proviennent d’une part des entreprises qui les payent pour venir récolter et traiter leurs déchets et d’autre part, des entreprises qui rachètent les matières qu’ils revendent (plastiques et métaux principalement). Les métaux sont tous envoyés chez Umicore en Belgique qui est en fait quasiment le seul client de Fernando. Les métaux constituant la source de revenu principale de Recycla, cette collaboration avec Umicore est essentielle pour l’entreprise.

En plus de recycler les déchets électroniques, Fernando veut également « recycler des personnes ». Alors que les programmes de réinsertion des détenus au Chili sont hautement déficients, Recycla n’hésite pas à engager des détenus en semi liberté ou des anciens prisonniers récemment sortis de prison afin de leur offrir une seconde chance.

Les prisonniers qui se trouvent encore en prison mais qui ont une bonne conduite ont ainsi la possibilité de quitter le pénitencier durant la journée pour se rendre à l’usine Recycla. En plus de faciliter leur réinsertion sociale, ceux-ci reçoivent un salaire et peuvent donc continuer à subvenir aux besoins de leurs familles. Pour les anciens détenus, il s’agit d’une opportunité exceptionnelle de reconstruire leur vie dans un environnement où ils ne sont pas jugés pour leurs méfaits antérieurs.

Le modèle de Recycla est une référence en terme d’entrepreneuriat social. Fernando Nilo, après avoir identifié une problématique, a réussi à trouver une réponse efficace et à développer une nouvelle industrie. Cette jeune entreprise a déjà des perspectives de croissance très intéressantes sur le continent Sud Américain où le potentiel de développement est gigantesque.

L’entrepreneur :

Fernando Nilo a commencé sa carrière en tant qu’auditeur dans une entreprise multinationale. Possédant depuis sa jeune enfance la fibre sociale, il perçoit un clivage entre le monde du business et le monde social. Convaincu qu’il est possible de supprimer cette séparation, il décide alors de créer Recycla, une entreprise parfaitement rentable avec un impact social considérable.

Le personnage en lui-même incarne parfaitement cette alliance entre business et social ; jamais loin de son Blackberry et excellent homme d’affaire, Fernando n’en est pas moins doté de fortes considérations sociales et attache une importance considérable au bien-être de ses employés.

Son modèle lui a valu de nombreuses reconnaissances ; entrepreneur Schwab, il a été invité 3 fois au Forum Economique Mondial de Davos et a eu l’occasion, à plusieurs reprises, de témoigner son expérience dans les plus grandes universités américaines.

Impact social :

Recycla est une entreprise compétitive et rentable qui possède un triple impact sur la société : environnemental, social et éducatif.

En traitant les déchets électroniques, Recycla réduit considérablement la pression exercée par l’humain sur l’environnement. Recycla recycle à l’heure actuelle 10% des déchets électroniques au Chili et souhaite être en mesure de faire passer ce chiffre à 50% à moyen terme. En créant Recycla, Fernando Nilo a créé une nouvelle industrie en Amérique du Sud dont le potentiel de croissance est à présent très important tant les possibilités pour répliquer le modèle sont élevées.

D’un point de vue social, Recycla offre une seconde chance à des détenus et favorise donc leur réinsertion dans la société. Sur les 25 employés de Recycla, 10 sont d’anciens détenus ou effectuent actuellement leur peine de prison tout en travaillant chez Recycla durant la journée. Depuis la création de l’entreprise en 2003, 27 détenus y ont déjà travaillé.

Enfin, convaincu de l’importance de l’éducation pour résoudre les problèmes sociaux, Fernando travaille avec différentes écoles de commerce américaines afin de mettre sur pied des programmes d’études relatifs à la problématique du recyclage et de répandre le concept de l’entrepreneuriat social.

Impact financier :

Lorsqu’il décide de lancer Recycla en 2003, Fernando Nilo recherche un partenaire financier pouvant l’aider à concrétiser son business plan. Ni le secteur bancaire traditionnel, ni le gouvernement ne croient en son idée car ils ne voient pas comment une telle entreprise pourrait être rentable sur le long terme. Convaincu de son idée, Fernando décide de persévérer et se met en contact avec Octantis, un incubateur qui aide les « start-up » à se professionnaliser et à entrer en contact avec des investisseurs.

Le premier défi financier de Recycla fut sa première levée de fonds d’un montant de 50.000$ , capital de départ nécessaire pour lui permettre de lancer son activité. Après avoir établi une stratégie et des prévisions à long terme avec Octantis, Fernando reçoit un subside d’Innova Chile, un fonds gouvernemental qui a pour but de soutenir des initiatives prometteuses. Avec les 50.000$ reçus, Recycla prit forme. Comme nous avons pu le constater, le business model innovateur de l’entreprise tint ses promesses. Après seulement 3 ans, Recycla était rentable et elle génère aujourd’hui un chiffre d’affaire annuel de 3.000.000$. Les perspectives de croissance sont impressionnantes et les objectifs d’expansion (passer de 10% de parts de marché au Chili à 50% à moyen terme et d’exporter le modèle dans d’autres pays d’Amérique latine) apparaissent tout à fait réalisables.

Aujourd’hui, après avoir fait ses preuves, Fernando a réussi à créer une relation de confiance entre Recycla et le secteur bancaire; Recycla collabore avec des banques traditionnelles telles que Banco Chile ou Santander qui lui octroient des prêts lui permettant de financer ses besoins en fonds de roulement.

Fernando Nilo est à présent à la tête d’une entreprise influente, capable de changer les mentalités. Si vous lui demandez quelles ont été les clés du succès et quelle est sa philosophie, il vous répondra que Recycla était avant tout un rêve pour lui, qu’il a réussi à réaliser à force de conviction et de détermination.

Pour plus d’info, visitez www.recycla.cl

Ciudad Saludable: Le reportage vidéo!

juillet 25, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Créé par Albina Ruiz, Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Ceci permet de fournir du travail à plus de 150 personnes en accordant une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. En plus de former les micro-entrepreneurs, Ciudad Saludable leur fournit un soutien technique, légal et également financier grâce à un système innovant de microfinance. Face au succès de son modèle, Albina envisage actuellement de le répliquer dans d’autres pays tels que l’Inde.

Pour plus d’info, lisez le profil de Ciudad Saludable


Fair Street - Ciudad Saludable from Angalio Productions on Vimeo.

Notre reportage péruvien se déroule à Lima où nous rencontrons Albina Ruiz, la fondatrice et gérante de Ciudad Saludable. L’interview avec Albina se déroule dans un climat très décontracté et est déjà une expérience en soit, tant Albina nous impressionne par son dynamisme, sa bonne humeur et sa vision optimiste du futur. Suite à cette rencontre, nous nous rendons à « El Pino », un des quartiers les plus défavorisé de Lima. Nous y observons le travail des micro-entrepreneurs qui, munis de leur tricycle à moteur, sillonnent la colline afin de procéder à la collecte des déchets. L’impact du travail de Ciudad Saludable est frappant: malgré la pauverté évidente et les habitations de fortunes,  nous visitons un quartier propre et parsemé de zones vertes dans lequel il est agréable de circuler.

Problématique & Contexte:

Au Pérou, la gestion des déchets est un problème majeur. Les fonds débloqués par les différents gouvernements à cet effet sont insuffisants et sont principalement concentrés sur les quartiers les plus riches. L’explosion démographique des villes principales du pays a également contribué à l’aggravation du phénomène. Les ménages à eux seuls produisent chaque jour plus de 20.000 tonnes de déchets. Parmis ces déchets, seulement 60% sont récoltés et 35% traités de manière adéquate. Dans les quartiers pauvres où des associations privées n’interviennent pas, certaines rues ressemblent dès lors à des décharges à ciel ouvert. L’air y est alors difficilement respirable, sans parler de l’impact de ces déchets sur l’hygiène et la santé des communautés.

Ce manque d’efficacité des services publics dans les quartiers défavorisés est principalement dû au manque d’intégration des populations les plus pauvres au sein du système légal et à l’incapacité du gouvernement à s’adapter à la situation. Souvent sans adresse déclarée et sans documents d’identité valables, l’Etat n’a alors pas l’opportunité d’exercer un contrôle sur ces contribuables et pense de plus que les pauvres ne sont pas en mesure de payer un service de récollection. Ces communautés se retrouvant dans une situation de «passagers clandestins», les municipalités n’ont pas suffisamment de moyens pour couvrir tous les quartiers et les déchets excédentaires s’accumulent alors rapidement dans différents endroits du quartier.

Les matières regroupées dans ces décharges en plein air représentent néanmoins une source de revenus pour les personnes les plus pauvres. Celles-ci, en s’improvisant « recicladores » (terme péruvien désignant une personne qui « fait les poubelles ») parcourent ces quartiers à la recherche de plastique ou de carton qu’ils peuvent revendre ensuite pour un faible revenu (+- 2$ par jour) à un intermédiaire qui fournira ces matières à une centrale de recyclage ou à une entreprise les utilisant comme matière première. Ces « recicladores » travaillent dans de très mauvaises conditions, sans gants, masques ou pantalons de protection. De plus, les « recicladores » sont régulièrement persécutés par les polices locales qui n’acceptent pas leur activité. Enfin, alors qu’ils travaillent seuls la nuit, les « recicladores » sont régulièrement victimes de la violence des bandes locales.

L’initiative:

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Pratiquement, Ciudad Saludable leur fournit de l’aide pour les démarches légales qu’impliquent la création d’entreprise, un soutien logistique et les aide à financer le matériel nécessaire à leur activité en leur donnant accès au microcrédit à des conditions très avantageuses. Ce modèle relativement simple a révolutionné la gestion des déchets au Pérou et amélioré les conditions de vie millions de personnes défavorisées.

L’organisation des « recicladores » possède différents avantages : tout d’abord, en regroupant les fruits du travail de différents « recicladores », ils rassemblent une plus grande quantité de déchets qui peuvent alors directement être revendus à des entreprises de recyclage sans utiliser d’intermédiaires leur permettant d’obtenir un prix bien plus intéressant. Cet effet de quantité est encore accentué par l’aide que Ciudad Saludable apporte à ses « recicladores » afin qu’ils utilisent du matériel permettant d’accroître leur productivité. Ciudad Saludable encourage ses « recicladores » à s’équiper de camions, motos… permettant de récolter les déchets de manière plus efficace.

Ensuite, en fournissant un équipement adéquat (casque, gants, bleu de travail) à ses « recicladores », Ciudad Saludable leur permet de récolter les déchets dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité et leur permet d’exercer ce travail dans une plus grande dignité. Ciudad Saludable accorde une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. C’est pourquoi, ceux-ci doivent se procurer le matériel de travail adéquat qu’ils peuvent acheter grâce à un système de microcrédits développé collaboration avec la Scotia Bank. Ils ne sont donc pas assistés mais s’achètent eux-mêmes les outils leur permettant d’améliorer leur condition.

Sur le terrain, les micro-entreprises récoltent les déchets dans les maisons ayant accepté de cotiser pour les services de Ciudad Saludable. Le coût de la cotisation est de 4 soles (1€) par mois.. Afin que les personnes vivant dans les quartiers défavorisés acceptent de contribuer, Ciudad Saludable effectue un travail de sensibilisation important en insistant l’intérêt de la collection des déchets et l’impact positif qu’un quartier propre a sur la santé des enfants. Ciudad Saludable récompense les payeurs réguliers notamment  en plant des arbres aux abords de leurs maisons afin de rendre leurs quartiers plus agréables. Aujourd’hui, le taux de paiement dans les quartiers où Ciudad Saludable est actif dépasse les 60% et ce nombre est en constante augmentation.

La création et l’assistance des micro-entreprises est le programme principal de Ciudad Saludable. Cependant, Ciudad Saludable possède également d’autres secteurs d’activité : ils offrent des services de conseil à différentes villes péruviennes afin de les aider à améliorer leur gestion des déchets. Ciudad Saludable a également créé un programme innovant permettant de produire du gaz pour les familles n’ayant pas accès à l’électricité à partir d’excréments de porcs qui se nourrissent de déchets alimentaires.

Enfin, Ciudad Saludable a développé un master en gestion environnementale en collaboration avec « l’universidad Catolica » à Lima. Albina Ruiz et certains de ses collaborateurs y donnent différents cours afin de généraliser les solutions de gestion des déchets.

A moyen terme, l’objectif d’Albina Ruiz est de répliquer son modèle de micro-entreprises dans toutes les villes du Pérou et dans différents Etats d’Amérique du Sud. Profondément marquée par un récent voyage en Inde, Albina Ruiz a également comme priorité et ambition d’adapter son modèle à ce pays.

L’entrepreneur:

Albina Ruiz, fondatrice de Ciudad Saludable, a grandi dans la jungle péruvienne. A 18 ans, lorsqu’elle se rend à Lima afin d’y poursuivre ses études universitaires, elle est profondément choquée par la quantité de déchets ornant les rues et la pollution ambiante. Elle décide alors de combattre ce fléau et lance au sein de l’université des campagnes de nettoyage. A la fin de ses études d’ingénieur industriel, elle consacre son mémoire à la création de micro-entreprises et à la gestion environnementale dans les quartiers pauvres de Lima. Ce mémoire, suscitera beaucoup d’enthousiasme au sein du corps académique et elle décide alors de mettre la théorie en pratique en créant Ciudad Saludable. Son modèle et ses innovations ont été maintes fois reconnus et récompensés ; Albina a été élue « Schwab Social Entrepreneur of the World Economic Forum », elle a reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » et elle est également fellow d’Ashoka.

Impact social:

Les 13 micro-entreprises lancées par Ciudad Saludable emploient aujourd’hui 150 personnes. En collectant les déchets et en favorisant l’adoption de comportements respectueux de l’environnement, ces différentes microentreprises ont à ce jour amélioré les conditions de vie de 4 millions de personnes.

Ciudad Saludable opère dans 60 municipalités du Pérou, permettant de ramasser et de trier 100% des déchets dans les quartiers où les micro-entreprises sont présentes.

Le travail de Ciudad Saludable a une influence considérable sur le gouvernement péruvien. L’entreprise à collaboré à la formulation de la Loi Générale sur les Déchets Solides et à sa réglementation. Il s’agit d’une qualité essentielle chez les entrepreneurs sociaux qui cherchent à changer les mentalités et générer des progrès durables.

Grâce au Master de gestion environnementale, plus de 5000 étudiants ont déjà obtenu leur maîtrise dans le domaine et possèdent à leur tour les compétences pour être les acteurs du changement environnemental initié par Albina Ruiz.

Impact financier:

Les micro-entreprises sont gérées par des personnes défavorisées vivant dans les quartiers où elles opèrent. Ces personnes n’ont généralement pas accès aux crédits des banques classiques et sont alors dans l’impossibilité de financer l’achat de matériel supplémentaire.

Pour remédier à ce problème et leur donner accès au capital, Ciudad Saludable a développé un programme de microcrédit avec la banque canadienne Scotia Bank. Les taux d’intérêt pratiqués par les institutions de microcrédit oscillent habituellement entre 30 et 40% annuellement, ce qui paraissait trop élevé aux yeux d’Albina Ruiz. Elle a donc créé un fonds spécial pour lequel Ciudad Saludable se porte garant grâce à une garantie de 30.000 euro déposée à la Scotia Bank. Ayant la garantie d’être remboursée et n’ayant pas à assurer le suivi des prêts, Scotia Bank peut se permettre d’offrir des crédits à un taux de 12% annuel, nettement inférieur aux pratiques courantes.

Dans son processus de développement, Ciudad Saludable a obtenu, en 2006, 615 000 dollars de la part de la Skoll Foundation après avoir reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » récompensant la qualité des innovations d’Albina. Ce don a permis à Ciudad Saludable de donner de l’ampleur à ses actions. Entre autres, cela leur a donné la possibilité d’améliorer la qualité de leur soutien aux micro-entreprises et d’accélérer son processus d’expansion aux différents pays d’Amérique du Sud.

Ciudad Saludable, en développant un système innovant qui intègre des composantes complémentaires telles que la microfinance et la formation universitaire a relevé le défi de créer une “Ville Saine”. En s’entourant d’un management compétant et optimiste, Albina Ruiz souhaite continuer d’étendre son impact au Pérou et d’exporter son modèle à l’étranger.

Etilplast, l’aventure d’un “cartonero”, maintenant en image:

 

Fair Street - Etilplast from Angalio Productions on Vimeo.

Notre première visite d’entreprise se déroule à Buenos Aires et commence de manière épique…

Nous avons rendez-vous le mercredi matin à 10h près de la banlieue de Tigre, située à l’extérieur de Buenos Aires. Pour nous y rendre nous prenons un rémis (option similaire mais plus économique que le taxi) qui manifestement ne connaît pas le chemin pour s’y rendre.

Alors que nous avons déjà 45 min de retard, notre chauffeur s’arrête à chaque coin de rue pour demander son chemin. Après un énième stop, sa voiture tousse… et ne redémarre plus. On lui propose de sortir et nous commençons à le pousser sur 50 mètres jusqu’à ce que sa voiture redémarre. Étant donné que d’après les indications nous ne sommes plus très loin de notre destination, nous préférons continuer à pied…

Nous arrivons finalement à la coopérative Etilplast où nous sommes acueillis par Walter le co-fondateur de la coopérative. La discussion commence à l’entrée de la coopérative et se poursuivra dans son petit bureau après qu’il nous ait fait visité les lieux. D’apparence timide, Walter est intarissable lorsqu’il s’agit de parler de sa coopérative, de ses objectifs, des problèmes auxquels elle s’attaque et de ses perspectives pour le futur.

Problématique :

L’Argentine, comme beaucoup de pays émergents ou en voie de développement, ne bénéficie pas d’un système de tri des déchets à l’échelle nationale. Les déchets ne sont pas triés car la population n’a pas conscience des conséquences qu’une mauvaise gestion peut avoir sur l’environnement. L’activité de recyclage quant à elle n’a commencé à se répandre que récemment. En effet, tant que le peso argentin bénéficiait de la confiance des investisseurs, l’importation de matières premières était moins chère que l’achat de produits recyclés.

Contexte :

Suite à la crise qui frappe l’Argentine au début du 21ème siècle, le nombre de familles « cartoneros » augmente considérablement. D’après des chiffres de la Banque Mondiale, en 2000, plus de 100 000 familles supplémentaires vivent de cette activité. En Argentine, « cartonero » désigne les individus qui ramassent les déchets dans la rue pour essentiellement récupérer les cartons. Ils revendent ensuite ces cartons et vivent de ce revenu. Leur salaire moyen est de 3 euros par jour. Ces cartoneros sont mal considérés par la société à cause du caractère dégradant de leur travail et par conséquent la majorité d’entre eux souffre d’indifférence sociale. Ils sont également victime de conditions d’hygiènes très précaires et de répression tant de la part de la police que du crime organisé.

L’entrepreneur : 

En 2001, au plus fort de la crise, Walter Lizarazu termine ses études secondaires. Il envisage de poursuivre des études, mais la faillite du magasin de son père ne lui permet pas de les payer. Il se met à la recherche d’un travail, mais l’intensité de la crise qui touche son pays compromet rapidement sa recherche. Il n’a alors d’autres choix que de commencer comme cartonero. Walter est rapidement confronté à la lourdeur de la tâche : les déchets sont éparpillés de rue en rue, rien n’est trié, peu d’éléments sont récupérables et ce qu’il gagne en retour n’est pas très conséquent comparé à la débauche d’énergie nécessaire. Il est particulièrement marqué par le fait qu’en réalité il ne fait que trier ce que d’autres avant lui ont mélangé…Un jour, une entreprise de shampoing doit se débarrasser de 6 tonnes de plastique ; Walter s’en charge et y voit l’opportunité de lancer le projet de plus grande envergure auquel il pensait. En 2003, la coopérative Etilplast est née !

L’entreprise :

Etilplast est une coopérative qui emploie aujourd’hui 38 personnes. Sous l’impulsion de Walter et son père, ses membres ont commencé par se concentrer sur le recyclage du plastique. Ils ont ensuite progressivement étendu leur activité : actuellement ils traitent différents types de déchets : ceux qui sont irrécupérables sont directement envoyés à la décharge, le reste est acheminé à leur entrepôt. À cet endroit, les déchets sont triés ; après avoir été séparés, le carton et le verre sont revendus comme matière première à d’autres entreprises. Le plastique quant à lui est redirigé vers l’usine de recyclage où après avoir été traité, il en ressort une matière première dont  la qualité est quasi identique au produit d’origine.

Impact social :

La coopérative poursuit 2 objectifs fondamentaux : le premier est de sensibiliser la population à la problématique environnementale liée à la gestion des déchets. Etilplast ne se contente pas de trier et de recycler mais cherche à solutionner le problème en amont. Ils collaborent avec plusieurs écoles où ils éduquent les élèves à cette problématique. Walter est convaincu que si les jeunes comprennent l’enjeu du tri et du recyclage, ils auront la capacité d’influencer les habitudes de leurs parents. Le deuxième objectif est de fournir un travail valorisant à des personnes démunies. Walter est fier qu’Etilplast ait pu améliorer les conditions de vie de 38 familles. Cependant, son humilité est frappante et il n’aime pas dire qu’il est le fondateur d’Etilplast car il estime que tous les gens qui travaillent avec lui ont contribué à son développement.

Soutien financier :

La coopérative s’est d’abord financée par ses fonds propres. La majorité des bénéfices étaient réinvestis dans l’entreprise afin d’en améliorer le fonctionnement et d’accroître son impact social. En 2008, Etilplast a reçu un crédit de 600 000 pesos (+/- 145 000 euros) du fonds hollandais Oikocredit (voir profil dans catégorie « acteurs financiers »).  Ce crédit a des spécificités favorables au développement d’Etilplast ; par exemple, Etilplast bénéficie pendant 2 ans d’exemption de capital, ce qui signifie que durant les 2 premières années ils ne payent que des intérêts et ils ne commencent à rembourser le capital qu’à partir de la 3ème année. Cette exemption permet à Etilplast de bénéficier pleinement de l’impact du crédit avant de le rembourser. Le témoignage de Walter nous a suffi à mesurer l’impact de la contribution d’Oikocredit: « En cinq années d’existence, nous avions atteint le nombre de 20 travailleurs et nous récoltions les déchets d’environ 2300 familles. Suite au crédit d’Oikocredit, en 6 mois, nous sommes passés à 38 travailleurs et nous avons pu récolter les déchets de 1800 familles supplémentaires… ».

Walter termine l’interview en nous disant que « la vision d’Etilplast est que rien n’est impossible ». Il a commencé comme cartonero et il a désormais l’intention de répliquer son modèle et de l’étendre en espérant que cela pousse le pouvoir politique à prendre des mesures. Des initiatives similaires ont déjà vu le jour dans d’autres quartiers de Buenos Aires. La dévaluation du peso qui a suivi la crise Argentine a depuis quelques années dynamisé les initiatives domestiques de recyclage devenues meilleurs marchés que les importations de matière première. Alors qu’une nouvelle crise touche l’économie mondiale, Walter peut cette fois-ci aborder le futur de manière plus optimiste…



 

De 1998 à 2002, le pays connait une importante crise économique qui s’intensifie en 2001, lorsque le ministère de l’économie annonçe que le pays n’est plus en mesure de rembourser ses obligations. Cette crise a profondément dégradé la situation économique, politique et sociale du pays et  a provoqué une importante hausse de la pauvreté dont les conséquences sont encore visibles aujourd’hui.


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