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Ciudad Saludable: Le reportage vidéo!

juillet 25, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Créé par Albina Ruiz, Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Ceci permet de fournir du travail à plus de 150 personnes en accordant une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. En plus de former les micro-entrepreneurs, Ciudad Saludable leur fournit un soutien technique, légal et également financier grâce à un système innovant de microfinance. Face au succès de son modèle, Albina envisage actuellement de le répliquer dans d’autres pays tels que l’Inde.

Pour plus d’info, lisez le profil de Ciudad Saludable


Fair Street - Ciudad Saludable from Angalio Productions on Vimeo.

Notre reportage péruvien se déroule à Lima où nous rencontrons Albina Ruiz, la fondatrice et gérante de Ciudad Saludable. L’interview avec Albina se déroule dans un climat très décontracté et est déjà une expérience en soit, tant Albina nous impressionne par son dynamisme, sa bonne humeur et sa vision optimiste du futur. Suite à cette rencontre, nous nous rendons à « El Pino », un des quartiers les plus défavorisé de Lima. Nous y observons le travail des micro-entrepreneurs qui, munis de leur tricycle à moteur, sillonnent la colline afin de procéder à la collecte des déchets. L’impact du travail de Ciudad Saludable est frappant: malgré la pauverté évidente et les habitations de fortunes,  nous visitons un quartier propre et parsemé de zones vertes dans lequel il est agréable de circuler.

Problématique & Contexte:

Au Pérou, la gestion des déchets est un problème majeur. Les fonds débloqués par les différents gouvernements à cet effet sont insuffisants et sont principalement concentrés sur les quartiers les plus riches. L’explosion démographique des villes principales du pays a également contribué à l’aggravation du phénomène. Les ménages à eux seuls produisent chaque jour plus de 20.000 tonnes de déchets. Parmis ces déchets, seulement 60% sont récoltés et 35% traités de manière adéquate. Dans les quartiers pauvres où des associations privées n’interviennent pas, certaines rues ressemblent dès lors à des décharges à ciel ouvert. L’air y est alors difficilement respirable, sans parler de l’impact de ces déchets sur l’hygiène et la santé des communautés.

Ce manque d’efficacité des services publics dans les quartiers défavorisés est principalement dû au manque d’intégration des populations les plus pauvres au sein du système légal et à l’incapacité du gouvernement à s’adapter à la situation. Souvent sans adresse déclarée et sans documents d’identité valables, l’Etat n’a alors pas l’opportunité d’exercer un contrôle sur ces contribuables et pense de plus que les pauvres ne sont pas en mesure de payer un service de récollection. Ces communautés se retrouvant dans une situation de «passagers clandestins», les municipalités n’ont pas suffisamment de moyens pour couvrir tous les quartiers et les déchets excédentaires s’accumulent alors rapidement dans différents endroits du quartier.

Les matières regroupées dans ces décharges en plein air représentent néanmoins une source de revenus pour les personnes les plus pauvres. Celles-ci, en s’improvisant « recicladores » (terme péruvien désignant une personne qui « fait les poubelles ») parcourent ces quartiers à la recherche de plastique ou de carton qu’ils peuvent revendre ensuite pour un faible revenu (+- 2$ par jour) à un intermédiaire qui fournira ces matières à une centrale de recyclage ou à une entreprise les utilisant comme matière première. Ces « recicladores » travaillent dans de très mauvaises conditions, sans gants, masques ou pantalons de protection. De plus, les « recicladores » sont régulièrement persécutés par les polices locales qui n’acceptent pas leur activité. Enfin, alors qu’ils travaillent seuls la nuit, les « recicladores » sont régulièrement victimes de la violence des bandes locales.

L’initiative:

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Pratiquement, Ciudad Saludable leur fournit de l’aide pour les démarches légales qu’impliquent la création d’entreprise, un soutien logistique et les aide à financer le matériel nécessaire à leur activité en leur donnant accès au microcrédit à des conditions très avantageuses. Ce modèle relativement simple a révolutionné la gestion des déchets au Pérou et amélioré les conditions de vie millions de personnes défavorisées.

L’organisation des « recicladores » possède différents avantages : tout d’abord, en regroupant les fruits du travail de différents « recicladores », ils rassemblent une plus grande quantité de déchets qui peuvent alors directement être revendus à des entreprises de recyclage sans utiliser d’intermédiaires leur permettant d’obtenir un prix bien plus intéressant. Cet effet de quantité est encore accentué par l’aide que Ciudad Saludable apporte à ses « recicladores » afin qu’ils utilisent du matériel permettant d’accroître leur productivité. Ciudad Saludable encourage ses « recicladores » à s’équiper de camions, motos… permettant de récolter les déchets de manière plus efficace.

Ensuite, en fournissant un équipement adéquat (casque, gants, bleu de travail) à ses « recicladores », Ciudad Saludable leur permet de récolter les déchets dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité et leur permet d’exercer ce travail dans une plus grande dignité. Ciudad Saludable accorde une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. C’est pourquoi, ceux-ci doivent se procurer le matériel de travail adéquat qu’ils peuvent acheter grâce à un système de microcrédits développé collaboration avec la Scotia Bank. Ils ne sont donc pas assistés mais s’achètent eux-mêmes les outils leur permettant d’améliorer leur condition.

Sur le terrain, les micro-entreprises récoltent les déchets dans les maisons ayant accepté de cotiser pour les services de Ciudad Saludable. Le coût de la cotisation est de 4 soles (1€) par mois.. Afin que les personnes vivant dans les quartiers défavorisés acceptent de contribuer, Ciudad Saludable effectue un travail de sensibilisation important en insistant l’intérêt de la collection des déchets et l’impact positif qu’un quartier propre a sur la santé des enfants. Ciudad Saludable récompense les payeurs réguliers notamment  en plant des arbres aux abords de leurs maisons afin de rendre leurs quartiers plus agréables. Aujourd’hui, le taux de paiement dans les quartiers où Ciudad Saludable est actif dépasse les 60% et ce nombre est en constante augmentation.

La création et l’assistance des micro-entreprises est le programme principal de Ciudad Saludable. Cependant, Ciudad Saludable possède également d’autres secteurs d’activité : ils offrent des services de conseil à différentes villes péruviennes afin de les aider à améliorer leur gestion des déchets. Ciudad Saludable a également créé un programme innovant permettant de produire du gaz pour les familles n’ayant pas accès à l’électricité à partir d’excréments de porcs qui se nourrissent de déchets alimentaires.

Enfin, Ciudad Saludable a développé un master en gestion environnementale en collaboration avec « l’universidad Catolica » à Lima. Albina Ruiz et certains de ses collaborateurs y donnent différents cours afin de généraliser les solutions de gestion des déchets.

A moyen terme, l’objectif d’Albina Ruiz est de répliquer son modèle de micro-entreprises dans toutes les villes du Pérou et dans différents Etats d’Amérique du Sud. Profondément marquée par un récent voyage en Inde, Albina Ruiz a également comme priorité et ambition d’adapter son modèle à ce pays.

L’entrepreneur:

Albina Ruiz, fondatrice de Ciudad Saludable, a grandi dans la jungle péruvienne. A 18 ans, lorsqu’elle se rend à Lima afin d’y poursuivre ses études universitaires, elle est profondément choquée par la quantité de déchets ornant les rues et la pollution ambiante. Elle décide alors de combattre ce fléau et lance au sein de l’université des campagnes de nettoyage. A la fin de ses études d’ingénieur industriel, elle consacre son mémoire à la création de micro-entreprises et à la gestion environnementale dans les quartiers pauvres de Lima. Ce mémoire, suscitera beaucoup d’enthousiasme au sein du corps académique et elle décide alors de mettre la théorie en pratique en créant Ciudad Saludable. Son modèle et ses innovations ont été maintes fois reconnus et récompensés ; Albina a été élue « Schwab Social Entrepreneur of the World Economic Forum », elle a reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » et elle est également fellow d’Ashoka.

Impact social:

Les 13 micro-entreprises lancées par Ciudad Saludable emploient aujourd’hui 150 personnes. En collectant les déchets et en favorisant l’adoption de comportements respectueux de l’environnement, ces différentes microentreprises ont à ce jour amélioré les conditions de vie de 4 millions de personnes.

Ciudad Saludable opère dans 60 municipalités du Pérou, permettant de ramasser et de trier 100% des déchets dans les quartiers où les micro-entreprises sont présentes.

Le travail de Ciudad Saludable a une influence considérable sur le gouvernement péruvien. L’entreprise à collaboré à la formulation de la Loi Générale sur les Déchets Solides et à sa réglementation. Il s’agit d’une qualité essentielle chez les entrepreneurs sociaux qui cherchent à changer les mentalités et générer des progrès durables.

Grâce au Master de gestion environnementale, plus de 5000 étudiants ont déjà obtenu leur maîtrise dans le domaine et possèdent à leur tour les compétences pour être les acteurs du changement environnemental initié par Albina Ruiz.

Impact financier:

Les micro-entreprises sont gérées par des personnes défavorisées vivant dans les quartiers où elles opèrent. Ces personnes n’ont généralement pas accès aux crédits des banques classiques et sont alors dans l’impossibilité de financer l’achat de matériel supplémentaire.

Pour remédier à ce problème et leur donner accès au capital, Ciudad Saludable a développé un programme de microcrédit avec la banque canadienne Scotia Bank. Les taux d’intérêt pratiqués par les institutions de microcrédit oscillent habituellement entre 30 et 40% annuellement, ce qui paraissait trop élevé aux yeux d’Albina Ruiz. Elle a donc créé un fonds spécial pour lequel Ciudad Saludable se porte garant grâce à une garantie de 30.000 euro déposée à la Scotia Bank. Ayant la garantie d’être remboursée et n’ayant pas à assurer le suivi des prêts, Scotia Bank peut se permettre d’offrir des crédits à un taux de 12% annuel, nettement inférieur aux pratiques courantes.

Dans son processus de développement, Ciudad Saludable a obtenu, en 2006, 615 000 dollars de la part de la Skoll Foundation après avoir reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » récompensant la qualité des innovations d’Albina. Ce don a permis à Ciudad Saludable de donner de l’ampleur à ses actions. Entre autres, cela leur a donné la possibilité d’améliorer la qualité de leur soutien aux micro-entreprises et d’accélérer son processus d’expansion aux différents pays d’Amérique du Sud.

Ciudad Saludable, en développant un système innovant qui intègre des composantes complémentaires telles que la microfinance et la formation universitaire a relevé le défi de créer une “Ville Saine”. En s’entourant d’un management compétant et optimiste, Albina Ruiz souhaite continuer d’étendre son impact au Pérou et d’exporter son modèle à l’étranger.

La microfinance a réussi ce que beaucoup croyaient impossible, car trop risquée; intégrer les populations les plus pauvres à un système financier efficient. Le succès de la microfinance nous pousse à s’intéresser aux principes sur lesquels elle repose et dans quelle mesure le système financier traditionnel pourrait s’en inspirer.

Dans l’article qui suit, Jacques Attali nous offre un éclairage intéressant sur le rôle que peut jouer la microfinance dans la reconstruction d’un monde financier plus responsable. Malgré son importance limitée dans les échanges financiers mondiaux, Jacques Attali pense en effet que le système financier mondial qui émergera de la crise devrait largement s’inspirer des principes qui fondent la microfinance.

Combinant les activités d’économiste, professeur, écrivain et conseiller d’état (sous François Mitterand), Jacques Attali est le fondateur d’Action contre la faim et fût le premier président de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement. Il préside aujourd’hui l’institution PlaNet Finance qui œuvre au développement du microcrédit dans le monde.

Auteur de 44 livres diffusés à plus de 6 millions d’exemplaires, il a enseigné l’économie théorique à l’Ecole Polytechnique, à l’École des Ponts et Chaussées et à l’Université Paris-Dauphine à Paris.

Jacques Attali a été désigné par le magazine Foreign Policy comme l’un des cent intellectuels les plus importants au monde.

L’article ci-dessous a été rédigé en mars 2009. Désireux de soutenir l’initiative Fair Street, Jacques Attali a accepté la reproduction de cet article.


“La microfinance comme solution à la crise financière” par Jacques Attali

Samedi, mars 7th, 2009

A priori, la micro-finance, est trop petite pour représenter un enjeu significatif dans la crise financière globale qui vient de commencer : elle ne concerne que les plus pauvres des entrepreneurs du monde, qui n’empruntent que quelques centaines de dollars par an, pour assurer leur fonds de roulement, ou pour développer leur petite affaire ; au total, elle ne représente qu’un encours mondial de 30 milliards de dollars, ce qui est évidemment dérisoire, comparé aux 80 000 milliards de dollars d’encours du système bancaire mondial. Plus encore, beaucoup regardent avec mépris ces institutions de microcrédit, comme si elles incarnaient la forme la plus archaïque de la finance, qu’il faut très vite dépasser, pour permettre à tous les gens du monde d’avoir accès aux banques conventionnelles, dont la présence dans un quartier ou une ville est vue par ces soit disant élites comme une marque de progrès économique et social.

En réalité, elle est au cœur de ce qui constituera un jour la réponse structurelle à la crise financière. Parce qu’elle est fondée sur des principes exactement inverses de ceux pratiqués par les banquiers qui ont déclenché la crise : une finance éthique, responsable, au service de l’entreprise, fondée sur la connaissance intime du client.

Chacun reconnait maintenant que la source principale des désordres actuels réside dans un système financier tout occupé à faire des profits pour lui-même par un octroi excessif de crédits à des consommateurs ou des entreprises n’ayant pas nécessairement les moyens de rembourser (en particulier les plus pauvres, au moyen des prêts subprimes), transférant à d’autres les risques de ces crédits , gardant pour soi l’essentiel des profits qui devraient revenir aux entreprises, en inventant des produits virtuels, sans aucune réalité . Les banquiers sont devenus les héros d’un système dont il devrait être les serviteurs. Ils se servent trop souvent avant de servir.

La micro-finance répond point par point à ces critiques, par les quatre principes qui la fondent, et qui devraient inspirer la réforme du système financier mondial :

  • D’abord, par sa philosophie : la micro-finance vise à AIDER ses clients à devenir autonomes, en leur accordant des crédits générant des revenus, et non pas les endettant, sans espérance de richesse nouvelle autre qu’une spéculation patrimoniale. Si le système bancaire américain avait appliqué les principes de la micro-finance, les subprimes n’auraient sans doute jamais existé.
  • Ensuite par son mode d’octroi des crédits : CONNAITRE les besoins des clients. Les agents de crédit, dans la micro-finance, connaissent leurs clients, ils ont une idée très précise de leur capacité à rembourser. Si le système bancaire avait appliqué ce principe, il n’aurait jamais accepté de financer des prêts titrisés à des clients lointains, mal connus.
  • Aussi par sa façon de concevoir la façon de RISQUER : une institution de micro-finance garde dans son bilan les crédits qu’elle accorde, donc les risques ; et ne prend même parfois pas de gages. Si le système bancaire avait appliqué les principes de la micro-finance, il n’aurait jamais accepté de transférer les risques à d’autres acteurs, perdant tout contact avec l’analyse réelle des risques, avec la seule garantie fantomatique des CDS.
  • Enfin par sa morale : SERVIR. La micro-finance est au service des entreprises et non d’elle même.Elle considère que sa finalité est d’aider les entreprises clientes à faire des profits plus que d’en faire elle-même. Même si ses taux d’intérêt sont élevés, les profits qu’elle dégage sont très inférieurs à ceux des entreprises qu’elles financent. Si le système bancaire mondial avait appliqué les principes de la micro-finance, il n’aurait jamais accepté de garder pour lui l’essentiel des profits créés par ses prêts. Cela ne l’aurait pas empêché de participer à une forte croissance : celui de la micro-finance est à deux chiffres.

Il est donc essentiel de promouvoir aujourd’hui la microfinance et de mettre ses quatre principes au cœur de la réforme de la finance globale. De comprendre que les principes de la micro finance, que les principes d’une finance éthique, ne sont en rien ceux d’une finance archaïque, mais qu’ils constituent l’avenir de la finance, la condition de la survie de l’économie mondiale : Back to the future. Il est en particulier essentiel de faire de la finance une industrie au service des autres et non d’elle même. De faire de la banque un service d’intérêt général et non une source d’accaparement du profit. Il est aussi, en particulier, urgent d’utiliser les patrons de cette industrie financière si particulière comme conseils dans la reforme du système bancaire mondial.

Sans doute faudra-t-il beaucoup d’efforts pour convaincre les maitres de la finance d’aujourd’hui, dont l’arrogance reste entière, malgré leur débâcle, d’écouter ces banquiers au pied nus, venus de nulle part. Il faudra aussi lui accorder beaucoup plus de moyens pour se développer, pour toucher plus de pauvres, relançant ainsi une demande mondiale saturée au Nord par l’excès de dettes, et participant ainsi à l’émergence d’un monde nouveau, plus équilibré, plus juste, dont la naissance marquera le commencement de la fin du désordre actuel.

Jacques Attali

Fair Street et la microfinance

juillet 14, 2009 | Comments Off | FairExchange

L’objectif de Fair Street étant de mettre en avant une finance éthique et responsable, il était évident de s’intéresser au cas de la microfinance qui est l’une des activités financières qui a le mieux contribué à la réduction de la pauvreté lors des trois dernières décennies. Réduite à son expression la plus simple, la microfinance est « l’accès au capital des communautés les plus vulnérables ». A l’heure actuelle, près de 10 000 institutions de microcrédit servent 130 millions de personnes pour un encours total de 30 milliards d’euros. Avec un marché potentiel constitué par les 4 milliards d’individus qui vivent avec moins de 3 euros par jour, les possibilités de croissance sont encore très importantes.

En attribuant des prêts de faible montant à des entrepreneurs ou des artisans qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques, la microfinance permet de concrétiser des microprojets favorisant ainsi l’activité et la création de richesse dans les pays en voie de développement. Fondée sur des principes simples mais efficaces et responsables, l’activité de microcrédit est considérée comme l’un des moteurs majeurs de l’économie de ces pays.

Suivant le mode de fonctionnement des institutions ainsi que les régions et zones dans lesquelles elles sont actives, le montant des micro-crédits peut varier d’environ 100 à 2000 euros. Aujourd’hui l’activité des IMF’s ne se limite plus au crédit, mais comprend différents services financiers allant de l’épargne à la micro-assurance et même aux cartes de crédit ; d’où l’évolution du terme microcrédit à microfinance.

En participant directement au développement économique et social de populations défavorisées, la microfinance est un très bon exemple du message que veut véhiculer Fair Street. Dans le cadre de Fair Street, le cas de la microfinance est étudié sous 2 points de vue différents:

- Premièrement comme un domaine de l’entrepreneuriat social. L’entrepreneur social le plus illustre est sans nul doute le prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus fondateur de la Grameen bank qui, en créant la première institution de microcrédit, est parvenu à concilier intérêts économiques et sociaux. Le succès de son modèle a incité d’autres personnes à le répliquer aux quatre coins du globe. Fair Street a visité une institution de microfinance active en Bolivie qui sera l’objet du prochain reportage.

- Deuxièmement, la microfinance et l’entrepreneuriat social sont 2 activités qui aujourd’hui sont en train de converger. Plusieurs entrepreneurs sociaux collaborent avec des institutions de microfinance afin d’étendre l’impact social de leurs innovations. Cette collaboration peut prendre plusieurs formes. Tout d’abord, certains entrepreneurs sociaux collaborent avec des institutions de microfinance afin de profiter de leurs réseaux de distribution. C’est par exemple le cas de Sobre la Roca, qui vend une partie de ses fours solaires via une institution de microfinance. Cette institution accorde des crédits aux populations rurales de Bolivie afin de les aider à financer l’achat du four solaire. La microfinance peut également être à l’origine d’un système de micro-franchise en finançant plusieurs petites entreprises (les franchisées) dont les activitées sont centralisées par une organisation « mère ». D’autres formes de collaborations existent et c’est pourquoi de nombreux acteurs voient un potentiel énorme dans cette association.

Avec l’apparition de nouvelles approches et la diversification des activités, la microfinance, comme toute activité en pleine croissance fait face à différents défis. Le plus important d’entre eux étant d’éviter le surendettement des populations à qui elle s’adresse. En effet, si comme dans le cas de Sobre la Roca, l’octroi de crédit à la consommation peut avoir un effet positif sur la qualité de vie des gens à la base de la pyramide, le surendettement de ces personnes peut faire disparaître les nombreux progrès économiques et sociaux initiés par la microfinance. Il est donc essentiel que l’accent continue à être mis sur des prêts destinés à financer des activités génératrices de revenu.

Dans cette optique, les IMF’s en collaboration avec les gouvernements et les organes de régulation travaillent à l’établissement de pratiques de bonne et mauvaise gouvernance. Plusieurs pays ont par exemple mis en place des bureaux de crédits nationaux destinés à surveiller le niveau d’endettement de la clientèle des institutions de microfinance.

Ces différentes questions et les initiatives qu’elles suscitent sont indissociables de l’évolution de la microfinance et elles font partie d’un sain processus de maturation. La microfinance est un outil financier extraordinaire au service du développement économique de populations en voie de développement. En offrant à des millions de microentrepreneurs l’occasion de développer une activité professionnelle, elle constitue un levier puissant pour leur épanouissement et leur intégration dans la vie économique. Les réflexions visant à déterminer les meilleures pratiques sont donc indispensables.

Sources :

www.lamicrofinance.org

www.blueorchard.com

Blue Orchard est le principal acteur mondial en matière d’investissements commerciaux dans le secteur de la microfinance. Créé en 2001 et basé en Suisse à Genève, Blue Orchard soutenait fin 2008 près de 140 institutions dans plus de 40 pays.

La mission de BlueOrchard est de « contribuer à l’autonomie des personnes défavorisées dans le monde entier, par le biais d’investissements commerciaux dans la microfinance, et d’améliorer la qualité de vie des plus pauvres en soutenant leur esprit d’entreprise».

Pratiquement, Blue Orchard crée un pont entre les marchés financiers internationaux et les institutions de microfinance (IMF) en investissant dans celles-ci sous forme de dette ou de capital.

En utilisant des solutions de placement et des instruments financiers innovateurs, Blue Orchard favorise le flux entre le marché des capitaux privés et les institutions de microfinance. C’est de cette manière que Blue Orchard parvient à générer un retour sur investissement attractif tout en soutenant la croissance de millions de petites entreprises prometteuses.

Blue Orchard considère ses investissements dans les IMFs comme des partenariats durables et veut être présent à chaque étape de leur développement. Comme nous avons pu l’observer lors de notre visite dans l’entreprise CRECER, ce type d’approche est très apprécié au sein des institutions de microfinance dont les besoins de capitaux varient au fil de leur évolution.

Les investissements de Blue Orchard se concentrent sur les IMFs car il a été prouvé que c’est un mécanisme efficace permettant le développement de l’entrepreneuriat et créant de la valeur pour les personnes « à la Base de la Pyramide ». 53% des clients d’IMFs soutenues par Blue Orchard sont des femmes et reçoivent des micro-prêts variant entre 50 et 8000 dollars.

Afin de pouvoir injecter plus de capital au sein du secteur de la microfinance, Blue Orchard a lancé en 2007 son propre fonds de private equity. Au 31 décembre 2008, ce fond gérait 130 millions de dollars provenant à 80 % d’investisseurs institutionnels et à 20% d’investisseurs individuels. Les résultats du fonds ont été excellents jusqu’à présent. Cette tendance devrait se maintenir et permettre ainsi à Blue Orchard de renforcer son statut d’institution de référence en matière de soutien financier aux IMFs.

Pour plus d’info, visitez www.blueorchard.com

blueorchard

L’un des principaux défis de l’institution de microfinance CRECER est d’avoir à disposition suffisamment de capitaux afin de répondre à la demande croissante de micro-prêts. Bien qu’étant une institution rentable, CRECER nécessite donc des financements externes, tels que ceux d’Alterfin, afin d’assurer sa croissance et augmenter son nombre de clients ; en effet chaque apport de 500.000 dollars lui permet de toucher 1200 personnes en plus.

Alterfin est une institution financière belge, basée à Bruxelles, qui a pour objectif de renforcer la coopération Nord-Sud en investissant dans des institutions de micro-crédit et des associations de petits producteurs liées au commerce équitable. Au travers de leurs investissements, ils veulent contribuer à la construction d’un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés, qui n’ont que rarement accès aux institutions traditionnelles de crédit.

Alterfin ne fait pas de dons mais investit. En choisissant une stratégie de financement conforme au marché, Alterfin est en mesure de mobiliser davantage de moyens financiers tout en réduisant la relation de dépendance qu’impliquent les initiatives de charité.

Alterfin mobilise donc du capital dans les pays du Nord grâce à l’émission d’action auprès d’investisseurs privés. Le capital d’actions constitue la base financière à partir de laquelle Alterfin réalise ses investissements. Fin 2008, le capital social d’Alterfin s’élevait à 8,8 millions d’euro apportés par plus de 1200 actionnaires.

En plus de son capital propre, Alterfin gère un portefeuille d’environ 18 millions, ceci a été rendu possible grâce à un accord passé avec le fond d’investissement suisse responsAbility. Alterfin collabore également avec la banque durable Triodos. Membre fondateur d’Alterfin, la banque Triodos met une ligne de crédit à disposition d’Alterfin grâce à l’épargne générée par leurs comptes Nord-Sud.

Les investissements d’Alterfin se font principalement via l’octroi de crédit (94%), le reste du capital est investi sous forme de participations ou de garanties. Les montants de crédits octroyés varient entre 30.000 et 600.000 dollars pour une durée de maximum 5 ans et à un taux d’intérêt annuel variant entre 6 et 10%. Les projets qu’Alterfin supporte doivent d’une part avoir un impact social et économique significatifs sur les populations les plus marginalisées tout en présentant d’autre part une viabilité financière réelle.

Après plus de 15 ans d’expérience, la coopérative Alterfin gère un portefeuille total de plus de 25 millions d’euro supportant plus de 60 initiatives dans le Sud. Les investissements gérés par Alterfin ont un impact sur au moins 50.000 personnes et leurs familles. En 2008, Alterfin a connu une croissance de 17% en termes de capital.

Pour plus d’info, visitez : www.alterfin.be

CRECER: Le reportage vidéo!

juillet 11, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

CRECER (”Credito Con Educacion Rural”) est une institution de microfinance, basée à La Paz, qui se focalise principalement sur le développement des populations rurales de Bolivie. Fonctionnant selon le modèle de “Village Bank”, CRECER offre à la fois des services financiers et des programmes d’éducation aux femmes les plus pauvres de Bolivie. Touchant plus de 97.000 personnes, CRECER souhaite construire un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés.

Pour plus d’info, lisez le profil de CRECER

Fair Street - Crecer from Angalio Productions on Vimeo.

Notre sixième visite d’entreprise se déroule à la Paz, en Bolivie, où nous avons été incroyablement reçus par l’institution de microfinance CRECER. Après une interview passionnante avec la direction de CRECER, nous nous sommes rendus à « El Alto », partie la plus pauvre de La Paz, afin de rencontrer des microentrepreneurs et d’observer sur le terrain le travail et l’impact de l’institution qui les soutient.

Problématique et Contexte:

Au même titre que l’éducation ou l’accès aux soins de santé déjà évoqués précédemment dans le projet Fair Street, l’accès au capital est un élément fondamental permettant aux populations les plus marginalisées de sortir de la pauvreté. Alors qu’habituellement, la plupart des personnes « à la Base de la Pyramide » désirant entreprendre sont dépendantes d’usuriers imposant des taux d’intérêts avoisinant les 10% par mois, l’octroi de crédits à des taux d’intérêts décents leur permet d’imaginer un futur prospère et une croissance durable de leur activité.

Avant l’invention du microcrédit à la fin des années 1970, les populations les plus pauvres des pays en voie de développement ne pouvaient avoir accès au crédit traditionnel faute de pouvoir remplir les conditions exigées par les institutions financières (documents d’identification, garanties, dépôt minimum etc.). De plus, leurs besoins financiers étaient trop limités pour pouvoir couvrir les coûts d’une opération financière “classique”. En conséquence, ces personnes ne constituaient pas un marché suffisamment attractif. Pourtant, dans la plupart des cas, ces personnes possédaient une petite activité génératrice de revenus et se trouvaient dans l’impossibilité de la développer par simple manque de capital.

En Bolivie, où 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté, cela signifie que plus de la moitié des habitants du pays ne pouvait espérer voir son activité économique s’agrandir, ce qui constituait un coût d’opportunité énorme pour le pays.

L’émergence du microcrédit a permis à ces familles pauvres d’avoir enfin accès à de petits crédits. Alors que les banques traditionnelles avaient toujours considéré les populations les plus pauvres comme étant insolvables, les taux de remboursement s’avérèrent en fait très élevés, avoisinant les 95%. En parvenant à générer un impact social positif tout en étant également rentable, ce secteur a connu une croissance fulgurante au cours des dernières décennies. La microfinance s’est en effet élargie pour proposer aujourd’hui une gamme de services financiers très diversifiés (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent etc.) à tous ceux qui sont exclus du système financier classique.

La microfinance cible principalement les femmes, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il a été prouvé que l’impact sur l’ensemble de la famille est plus élevé lorsque le prêt est accordé à la femme. Ensuite, comme nous l’avons déjà mentionné lors du reportage sur Coronilla, la discrimination envers les femmes est un phénomène très présent en Bolivie. Alors que ce sont elles qui gèrent le ménage, elles sont encore l’objet de nombreuses violences domestiques et ne jouissent pas encore du même niveau de reconnaissance que les hommes. S’il est très encourageant de voir que cette situation a connu une amélioration significative durant ces dernières années, de nombreux progrès doivent encore être réalisés.

L’entreprise:

CRECER (”Credito Con Educación Rural”) est une institution de microfinance qui se focalise principalement sur le développement des populations rurales de Bolivie. A l’heure actuelle, l’entreprise compte plus de 90.000 clients dans les différents départements boliviens. Cette Institution de MicroFinance (IMF) fonctionne sur le modèle du “Village Banking”.

Concrètement, ce modèle implique que CRECER travaille avec des “bancos comunales” (banques de village) constituées de groupes comprenant 8 à 30 femmes. Les crédits que CRECER accorde à ces “bancos communales” peuvent s’élever jusqu’à 800$ mais tournent en général aux alentours de 300 à 400$. Les membres du groupe sont les propres gestionnaires du crédit qui leur est accordé ; elles se répartissent ces crédits suivant leurs besoins. Cependant, bien que les femmes se partagent le prêt entre elles, c’est tout le groupe qui en est responsable.

Parallèlement aux opérations bancaires, l’innovation qui fait la particularité de CRECER (même si ce n’est pas la seule IMF à fonctionner comme cela) est qu’ils associent à leurs services financiers, un programme d’éducation. Toutes les femmes à qui les crédits sont octroyés reçoivent non seulement une formation sur la gestion de leurs petites entreprises mais également sur d’autres aspects de la vie quotidienne tels que la santé, l’éducation des enfants, les droits de la femme,…

Cette combinaison de services financiers et d’éducation est au cœur du modèle de CRECER. Ils sont convaincus que l’association de ces 2 activités est le meilleur moyen pour atteindre un développement rural durable. De plus, par rapport à leur business model, ils sont convaincus que proposer un programme d’éducation leur permet d’obtenir de meilleurs taux de remboursement.

Au sein de ses services financiers, CRECER offre également des crédits individuels et des micro-assurances qui ont connu un franc succès dernièrement. CRECER accorde une grande importance aux services d’épargne ; les membres des « bancos communales » doivent en effet obligatoirement épargner une partie des revenus générés afin qu’à la fin du cycle du crédit elles aient mis entre 20 et 50% du montant total du crédit de côté. Cette obligation d’épargne répond à 2 objectifs: d’une part, cela constitue une forme d’assurance supplémentaire pour CRECER de se voir remboursé et, d’autre part, cela permet d’enseigner aux femmes à mieux gérer leur patrimoine.

Impact social:

CRECER, en fournissant du crédit à plus de 97.000 familles a eu différents impacts positifs.

Tout d’abord, en offrant des services de crédits mais également des services d’assurance santé et d’assurance vie, CRECER permet aux plus démunis d’être moins vulnérables aux chocs extérieurs. En effet, ces populations sont particulièrement sensibles à des évènements tels que la maladie de la personne qui fait vivre la famille, une catastrophe climatique, le vol,…ceux-ci ayant des conséquences immenses sur les familles étant donné leurs ressources financières limitées. Sans des services financiers efficaces, ces familles sont amenées à un niveau de pauvreté dont elles peuvent mettre des années à se remettre. Les services qu’offrent CRECER représentent donc souvent une “bouée de sauvetage” pour ces familles qui leur permet de faire face aux possibles coups durs de manière plus sereine.

Ensuite, en permettant à des milliers de femmes de devenir des agents économiques, CRECER leur permet de prendre confiance, de s’épanouir, de s’affirmer et d’augmenter leur influence au sein de la société.

En offrant du crédit, CRECER aide les plus pauvres à développer une entreprise et donc à augmenter les revenus qu’ils en tirent ce qui leur permet d’améliorer leurs conditions de vie. Les femmes possèdent donc une sécurité alimentaire accrue, peuvent offrir une meilleure éducation à leurs enfant et de manière générale ont de beaucoup plus grandes chances de sortir de la pauvreté.

En associant ses services financiers à des services d’éducation, CRECER augmente le savoir de nombreuses femmes en Bolivie ce qui a des conséquences positives sur la manière dont elles gèrent leur ménage et dont elles éduquent leurs enfants. Les formations sur l’épargne combinées à l’obligation d’épargner au moins 20% du montant du prêt sensibilisent les femmes à ce sujet et les forcent à gérer leur budget de manière prudente.

Enfin, au niveau macro-économique, les actions de CRECER stimulent également la création d’emploi et donc l’intégration de nouvelles personnes au sein du système économique.

Impact financier :

Comme la plupart des institutions de microfinance, CRECER bénéficie du soutien de plusieurs acteurs financiers. Généralement, ces institutions financières sont des acteurs du “nord” qui veulent financer des IMF’s du “sud”. Ce type d’investissement est en pleine croissance ; le taux de remboursement quasi parfait et la gestion professionnelle des IMF’s représentent des éléments attractifs pour les investisseurs. De plus, la faible quantité d’intermédiaires permet de générer un impact direct sur l’amélioration des conditions de vie des personnes à la Base de la Pyramide.

CRECER bénéficie du soutien de nombreux fonds d’investissement (Oikocredit, Incofin, Alterfin, Blue Orchard,…) mais Fair Street s’est focalisé sur le soutien financier qu’ils ont reçu d’Alterfin, une organisation belge, et de Blue Orchard, une organisation suisse. Alors que le marché à servir pour CRECER est immense et les besoins de développement des pauvres pressants, le soutien d’institutions telles qu’Alterfin et Blue Orchard permet à CRECER de croître très rapidement et de répondre à un plus grand nombre de clients sans mettre en péril sa solidité. Au sein de CRECER, l’impact des fonds est considérable ; on estime que chaque prêt de 500.000$ permet de toucher 1.200 familles supplémentaires.

Alterfin est un fonds d’investissement social belge qui investit majoritairement dans des IMF’s mais également dans des coopératives. Alterfin a accordé un premier crédit de 600.000$ et un deuxième de 700.000$ tous deux au taux libor + 3%. Alterfin fut une des premières institutions à soutenir CRECER.

Blue Orchard est la plus grande institution de financement des IMF’s au monde et est basée à Genève. Blue Orchard a investi récemment dans CRECER via un prêt d’environ 2.000.000$ qui est le plus gros prêt reçu par CRECER. Ce prêt a une maturité de 3 ans. Etant donné la taille de l’institution et l’importance de ses prêts, CRECER espère pouvoir continuer à développer sa collaboration avec Blue Orchard dans le futur.

Au fil des ans, CRECER est parvenu à se positionner comme une institution solide et professionnelle. Ayant reçu un rating A- tout en ayant un impact social considérable, elle représente une cible très attractive pour les fonds cités ci-dessus. CRECER offrira bientôt un service de cartes de crédit et sera entièrement habilitée à gérer et faire fructifier l’épargne de ses clients afin de construire un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés.

ETV: Le reportage vidéo!

mai 21, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

ETV: L’eau à la source du changement social; la vidéo de notre deuxième reportage…

Fair Street - ETV from Angalio Productions on Vimeo.

Le deuxième reportage se déroule à Bariloche, dans le nord de la Patagonie. C’est suite à notre rencontre à Buenos Aires avec la responsable d’Ashoka (réseau soutenant les entrepreneurs sociaux) en Argentine  que nous décidons de modifier notre itinéraire et de faire le « petit » détour  de 2000 kilomètres qui nous mène à Bariloche.

Problématiques:

L’eau : au sein du défi environnemental auquel est confronté l’humanité, la crise de l’eau devient une considération centrale. Les diminutions des ressources, sa gestion et son approvisionnement sont des aspects sur lesquels de nombreux progrès doivent encore être effectués. La qualité de l’eau a une influence énorme sur les conditions de vie des populations pauvres. Une eau de meilleure qualité améliore l’alimentation et l’hygiène de vie des personnes « à la Base de la Pyramide ». Avec une meilleure hygiène de vie, ils peuvent affronter plus facilement les défis de leur vie quotidienne et leurs efforts se déplacent de la lutte pour leur subsistance à leur développement personnel.

L’éducation : les pays en développement comptent actuellement 75 millions d’enfants qui ne vont pas à l’école et 861 millions d’adultes analphabètes. L’accès à l’éducation est unanimement reconnu comme l’un des facteurs clés du développement économique et social. L’éducation développe la connaissance et permet la professionnalisation : par l’apprentissage de concepts et de techniques, les communautés les plus marginalisées peuvent bénéficier de la croissance et améliorer leur situation. Ils ont alors les moyens de s’assumer personnellement mais également de prendre en charge leurs familles. En développant le potentiel de chacun, l’éducation touche directement à la dignité de l’être humain. « Donner à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires» est l’un des objectifs du programme des Nations Unies visant à éliminer la pauvreté d’ici 2015.

Contexte

Malgré son statut de pays émergent, l’Argentine est un pays où la pauvreté est encore très présente, tant dans des grandes villes comme Buenos Aires que dans des régions éloignées comme celle de Bariloche. La crise du début des années 2000 a profondément dégradé la situation économique et sociale du pays (de 1998 à 2001, le PIB est passé de 300 à 220 milliards de pesos !) et ses conséquences s’en ressentent encore aujourd’hui. En Argentine, plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 20% est dans un état d’indigence complète (lorsque les revenus ne suffisent pas à assurer le minimum nécessaire au maintien de la capacité physique). Cette situation est notamment due à un taux de chômage important : dans la région de Bariloche, un quart de la population active n’a pas de travail et ce chiffre peut atteindre 75% dans les zones les plus reculées.

Les conséquences directes de cette pauvreté est l’exclusion sociale et la marginalisation d’une importante tranche de la population. Les gens connaissent des conditions de vie précaires dont il leur est souvent difficile de sortir.

L’entreprise :

ETV (« Emprendimientos de Tecnologias para la Vida ») a été fondée en 2006 et cherche à développer, fabriquer et diffuser des solutions technologiques améliorant les conditions de vie des personnes à « la Base de la Pyramide ». Actuellement, le principal produit développé par ETV est la « Bomba de Soga » qui pompe de l’eau potable. L’objectif d’ETV est multiple: premièrement, ils veulent utiliser le potentiel des innovations technologiques en les adressant aux communautés les plus pauvres ; ensuite, ETV fournit du travail à des jeunes de la Fondation Gente Nueva et enfin, les revenus générés par la vente de leurs produits doivent servir à partiellement financer la fondation. Cependant, à ce stade-ci, les revenus générés ne permettent pas encore d’atteindre significativement ce dernier objectif.

Créée il y a 25 ans, la Fondation Gente Nueva cherche à promouvoir l’éducation et la professionnalisation des personnes qui sont exclues du système éducatif traditionnel. À l’aide d’un réseau d’écoles primaires et secondaires mais également par le développement d’ateliers de travail et de programmes éducatifs régionaux, Gente Nueva veut donner à chaque individu  la chance d’exprimer son potentiel. Les écoles du réseau Gente Nueva sont gratuites et le salaire des professeurs, qui sont sélectionnés par les membres de la fondation, est payé par l’état.

La fabrication des produits d’ETV est réalisée dans les ateliers de travaux de Gente Nueva, ce qui offre du travail à toute une série de jeunes apprentis.

L’entrepreneur :

Gustavo Gennuso est originaire de Buenos Aires mais vit à Bariloche depuis trente ans. Il s’y est installé lorsqu’il est venu étudier l’énergie nucléaire à l’Institut Balseiro. Il a continué à travailler dans ce domaine jusqu’en 2000 mais a parallèlement développé ses innovations sociales. Après avoir créé la Fondation Gente Nueva, Gustavo veut maintenant prouver au travers d’ETV qu’il est possible d’avoir un impact social tout en étant rentable et durable. L’ambition de Gustavo Gennuso est d’accomplir un profond changement social. Il veut donner aux plus pauvres, toutes les opportunités possibles de se développer. En accomplissant le changement social, il ne veut pas seulement transformer la vie des plus pauvres mais la société dans son ensemble.

Impact social :

ETV cherche à considérablement améliorer les conditions de vie des personnes les plus pauvres. Le développement de technologies n’est que le moyen devant servir la fin. L’activité de l’entreprise a un triple impact social : premièrement, l’amélioration des conditions de vie de la « Base de la Pyramide », deuxièmement, la création d’opportunités de travail pour les gens « exclus », et troisièmement, le financement de Fondation Gente Nueva. En 3 années d’existence, ETV est déjà parvenu à toucher 300 familles. Leur objectif est à terme d’avoir un impact direct sur 150 000 personnes.

La Fondation Gente Nueva a, depuis sa création, accueilli plus de 5000 jeunes dans ses différentes classes. Elle a également formé 3000 jeunes additionnels via ses programmes éducatifs régionaux. Les initiatives de Gustavo Gennuso ont également eu une influence sur les décisions politiques relatives à l’éducation dans les régions où il est actif.

Impact financier :

L’impact financier se trouve ici davantage dans le rôle joué par la microfinance pour étendre l’impact social que dans le financement direct de l’entreprise.

Microfinance : Le micro-crédit est une innovation qui a permis à des millions de personnes de s’extraire de la pauvreté. Si l’accès au capital permet aux populations pauvres de démarrer une micro-entreprise, pourquoi ne leur permettrait-il pas également d’acquérir des  produits qui doivent influencer significativement leurs conditions de vie ? C’est la stratégie adoptée par ETV. En effet, la cible du social business de Gustavo, n’a le plus souvent pas les moyens d’acheter leurs produits. La « Bomba de Soga » coûte 700 pesos (+/- 140 euros). Un montant que des gens qui gagnent en moyenne 2 euros par jour, peuvent difficilement payer. Afin d’étendre son impact social, ETV utilise donc la recette du micro-crédit et rend ses produits plus accessibles. Les clients d’ETV financent donc l’achat de la pompe à eau à l’aide d’un micro-crédit qui leur a été octroyé.  L’impact du soutien de la microfinance est double : il permet d’abord d’étendre l’impact social d’ETV ; ensuite il doit augmenter les revenus de l’entreprise et donc les ressources financières disponibles pour Gente Nueva qui à son tour peut accélérer le changement social via l’accès à l’éducation. Le micro-crédit n’étant pas une activité d’ETV, ils collaborent avec différentes IMF’s (institutions de microfinance) mais également avec des ONG’s des régions où ils sont actifs (principalement le nord de la Patagonie et la province de Jujuy). Cette collaboration avec la microfinance est le seul moyen d’atteindre les 150 000 personnes qu’ils visent.

Financement: parallèlement à sa vocation sociale, l’objectif d’ETV est donc d’apporter des ressources financières à la fondation Gente Nueva. Ce type de modèle est assez courant dans les initiatives des entrepreneurs sociaux : afin de ne pas être dépendant des donations, ils  optent pour la solution « du marché » en créant des « social business » dont le but est de financer l’activité qui ne génère pas de profit. L’autre partie des profits est réinvestie dans l’entreprise afin de financer la recherche d’autres technologies.

ETV (et Gente Nueva) a reçu une contribution financière de l’organisation Ashoka (que nous présenterons ultérieurement) dont Gustavo est membre. L’entreprise a  également bénéficié de différents fonds provenant essentiellement d’investisseurs philanthropes, notamment un business angel suisse, qui leur a fait un crédit à des conditions très favorables (mais sur lesquelles nous n’avons pas obtenu plus de détails…). Aujourd’hui, ETV cherche des ressources financières d’un montant équivalent à 74 000$ (54 833€) qui leur permettrait de financer les investissements nécessaires à la réalisation des objectifs de leur business plan, plus particulièrement l’introduction de nouvelles technologies.

La force du modèle de Gustavo réside dans sa capacité à traiter différentes problématiques. Nous sommes en effet frappés par le caractère complet de son organisation. Trois facteurs essentiels de la lutte contre la pauvreté sont présents dans son modèle à savoir: l’éducation, l’accès au capital et la santé. En créant des synergies entre différentes organisations, il permet d’étendre considérablement l’impact social et de construire le changement de manière durable. 

 

Sources :

Entretien réalisé avec Gustavo Gennuso, fondateur d’ETV et de Fondation Gente Nueva

www.unesco.org

www.oms.org

www.schwabfound.org

www.changemakers.net