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Social entrepreneurship & finance

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Suite à l’interview de Michael Chu, voici un profil plus détaillé d’IGNIA Fund, le social venture fund qu’il a co-fondé et dont il est le managing director.

Fondé en juin 2007 et basé au Mexique, IGNIA Fund est un fond de capital à risque cherchant à soutenir des entreprises sociales possédant un fort potentiel de croissance. IGNIA Fund organise la rencontre entre les marchés financiers et le secteur de la « Base de la Pyramide » en apportant du capital aux entreprises se focalisant sur ce secteur. Ces entreprises inspirent généralement la méfiance des investisseurs, à cause notamment d’une période d’incubation plus longue que les entreprises dites classiques, et connaissent alors des difficultés à se financer. Selon les fondateurs d’IGNIA, le marché constituant « la Base de la Pyramide » possède un potentiel énorme. En Amérique latine, ils sont plus de 360 millions d’individus à représenter la base de pyramide économique et sociale et leur pouvoir d’achat est estimé à 520 milliards USD.

En mai, IGNIA a clôturé sa 3ème levée de fonds totalisant désormais des fonds propres d’un montant de 40.7 millions USD. Soros Economic Development Fund, la fondation philantropique du célèbre investisseur George Soros, a notamment apporté 5 millions USD lors de cette levée. Comme nous l’a confié Michael Chu, les levées de fonds d’IGNIA n‘ont pas été affectées par le ralentissement mondial des marchés financiers, permettant à IGNIA de se rapprocher de son objectif de 50m USD - 75m USD d’equity. En ajoutant la ligne de crédit de $25m octroyée par la banque interaméricaine du développement, IGNIA aura un total de $75m-$100m à investir dans les initiatives traitant les problème sociaux les plus pressants de la planète. Les montants investis oscilleront entre $2m et $10m et la durée des investissements sera de 12 à 15 ans. Selon les fondateurs d’IGNIA, c’est la durée nécessaire à la réalisation d’un impact social majeur. IGNIA ne se focalise pas sur un secteur particulier et cherche à diversifier son portefeuille d’entreprises. Au niveau géographique, si actuellement leurs investissements se concentrent sur le Mexique, leur ambition est de participer au développement de la « Base de la Pyramide » dans toute l’Amérique latine.

En plus d’un return social évident, IGNIA Fund veut offrir à ses investisseurs un rendement financier au-dessus de la moyenne (15 à 30%). Si ses 2 fondateurs, Michael Chu et Alvaro Rodriguez, pensent que les entreprises ayant un impact social représentent le futur de notre société, ils pensent également qu’un changement durable ne peut s’accomplir que par le développement d’industries toutes entières (impliquant l’émergence de plusieurs entreprises). Or le développement d’industries nécessite des rendements financiers supérieurs à la moyenne. C’est pourquoi, offrir des rendements financiers intéressants est, au même titre qu’accomplir un impact social majeur, l’un des deux engagements pris par IGNIA envers ses investisseurs.

Le premier investissement réalisé par IGNIA Fund est une prise de participation de 3 millions USD au capital de l’entreprise mexicaine Primedic basée à Monterrey. Primedic offre des soins de santé de qualités aux personnes les plus démunies en se basant sur un système d’adhérents. Les capitaux apportés par IGNIA doivent permettre à Primedic d’étendre ses services dans d’autres villes du Mexique. À ce stade-ci, la performance de l’investissement dépasse largement les attentes d’IGNIA.

Pour plus d’info, visitez: www.ignia.com.mx


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Le développement de l’entrepreneuriat social est rendu possible notamment grâce au soutien financier d’institutions à la recherche d’un impact social au travers de leurs investissements. Une finance éthique et responsable passe inévitablement par l’émergence de ce type d’acteurs financiers. Si ces acteurs financiers ne représente pas encore la principale source de financement des entrepreneurs sociaux, leur nombre augmente considérablement. Vu le caractère récent, innovant et prometteur de ces acteurs, Fair Street a voulu en savoir plus sur leur stratégie d’investissements et sur leur capacité à combiner rendement social et financier.

Fair Street a eu le privilège d’interviewer Michael Chu, co-fondateur et managing director d’IGNIA Fund, l’un des premiers fond social de capital à risque actif en Amérique latine (profil à découvrir dans la rubrique « acteurs financiers »).

Professeur à l’Harvard Business School, Michael Chu est l’un des spécialistes de l’entrepreneuriat social et du secteur constituant « la Base de la Pyramide ». Diplômé de cette même école et après avoir débuté sa carrière au Boston Consulting Group, il a travaillé au sein du private equity Kohlberg Kravis Roberts à New York. Il fût également pendant 6 ans le CEO d’Accion International, une organisation qui cherche à combattre la pauvreté à l’aide de la microfinance. En juin 2007, il a donc fondé en collaboration avec Alvaro Rodriguez Arregui, le fond de venture capital IGNIA Fund.

Fair Street : Pouvez-vous définir ce qu’est un fond d’investissement social? En quoi diffèrent-ils des fonds d’investissements dits classiques? À votre avis, les investissements sociaux sont-ils plus risqués que les investissements traditionnels? Quels sont les critères pour un « bon » investissement social?

Michael Chu : À mon avis, dans sa définition la plus élementaire, un fond d’investissement social est un fond qui focalise ses investissements sur des entreprises dont l’objectif est d’avoir un impact social positif. C’est cela qui constitue la différence fondamentale avec les fonds d’investissements classiques pour lesquels la performance financière est l‘objectif principal. À partir de là, il existe de nombreux types de fonds d’investissements sociaux.  Par exemple , IGNIA Fund, que j’ai co-fondé, a pour mission d’investir dans des entreprises actives dans les secteurs à bas revenus qui vont avoir un grand impact social de par leur activité (soins de santé, logement, éducation, services basiques pour le bas de la pyramide socioéconomique et des chaînes d’approvisionnement incluant des producteurs à bas revenus) tout en combinant un rendement financier au dessus de la moyenne.

Je ne pense pas que le risque soit une caractéristique qui distingue les investissements sociaux des investissements traditionnels. Il existe des investissements risqués et sûrs tant dans les secteurs sociaux que dans les secteurs traditionnels. Par exemple avec le recul , il est clair que posséder une action de Citigroup était beaucoup plus risqué que de posséder une action de la banque Compartamos de Mexico, où la taille moyenne des prêts est encore en dessous de $500.

Pour qu’une entreprise soit un bon investissement social, celle-ci doit, selon moi être capable d’avoir un grand rendement social (ex; fournir un accès à des soins de santé primaires pour des populations à bas revenus) et générer un rendement financier significatif (ex : TRI (1) dans les 30%).

FS: En tant que manager d’un fond d’investissement social, comment parvenez-vous à trouver le juste milieu entre l’impact social et le rendement financier lorsque vous prenez vos décisions d‘investissement? L’une de ces variables ne prend-elle pas le dessus sur l’autre?

MC : Chez IGNIA, découvrir qu’un investissement répond seulement à l’un des deux critères (financier et social) est la raison même pour laquelle nous refuserions celui-ci. Selon nous, cela n’a aucun sens de générer uniquement un rendement financier. Si c’était notre objectif, mon partenaire, Alvaro Rodriguez, et moi-même, aurions continuer à nous focaliser sur ce que nous faisions après nos études de commerce. D’un autre côté, si nous trouvons quelque chose avec un grand impact social potentiel, nous estimons qu’un impact significatif ne peut être atteint qu’au bénéfice d’une taille critique, ce qui requiert non pas une seule entreprise mais une industrie tout entière, pour laquelle un rendement financier supérieur est essentiel.

FS: Comment la crise actuelle va-t-elle influencer l’accès au capital pour les entrepreneurs sociaux? Pensez-vous qu’en conséquence de cette crise, les gens vont investir une plus grande proportion de leur argent dans des institutions socialement responsables telle qu’IGNIA Fund? Les évènements actuels peuvent-ils représenter une opportunité pour les entrepreneurs sociaux  de gagner en importance dans le débat public sur les fondamentaux d’un modèle économique durable.

MC : La crise actuelle va rendre l’accès au capital difficile pour tout le monde. Cependant, les deux dernières levées de fond menées par IGNIA étaient postérieures au ralentissement des marchés de capitaux mondiaux. De plus, nous espérons pouvoir continuer à lever les fonds nécessaires à la réalisation de nos objectifs dans un futur proche.

Bien que j’aimerais pouvoir penser que la crise actuelle va permettre de rediriger les marchés de capitaux vers des alternatives telles qu’IGNIA Fund, je pense que fondamentalement, cela dépendra principalement de la performance des investissements réalisés par IGNIA.

FS : Le débat que vous avez eu avec Muhammad Yunus a été largement commenté sur internet… Votre opinion est que les organisations servant le base de la pyramide devraient adopter une orientation de marché et des stratégies commerciales. Pourriez-vous développer cela plus en détail?

MC : Notre victoire sur la pauvreté dépend de quatre éléments: l’émergence d’initiatives à large échelle, durables, en amélioration constante et à l’efficacité croissante. Les ONG’s, la philanthropie et les agences de développement peuvent commencer des initiatives mais ne peuvent fournir elles-mêmes  des initiatives à large échelle et permanentes. D’un autre côté, les gouvernements ne peuvent pas fournir une amélioration et un gain d’efficacité continu. Des activités basées sur la loi du marché, représente l’unique manière que les humains connaissent et permettant d’accomplir ces quatre critères de manière simultanée et systématique.  Néanmoins, ceci ne peut s’accomplir à l’aide d’une seule entreprise mais au travers de la création d’industries entières. Et je ne connais qu’une manière de créer une industrie: au travers d’une activité économique et un rendement financier au dessus de la moyenne.

Une mise en garde cependant. Si nous utilisons des mécanismes de marché avec l’objectif de résoudre des problèmes sociaux, nous devons également comprendre que, sur le long terme, la seule manière de s’assurer que les bénéfices provenant de la création de valeur additionnelle ne soient pas accaparés par les investisseurs et managers mais qu’ils continuent à parvenir à ceux qu’ils cherchent à aider, grâce à une compétition ouverte, transparente et intense. Dans ces circonstances, les prix vont diminuer, la diveristé des produits va augmenter et les services offerts aux clients vont s’améliorer. Le succès commercial de la microfinance en est le meilleur exemple.

(1) TRI: Le Taux de Rentabilité Interne est une mesure indiquant la qualité d’un investissement. Le TRI est le taux d’actualisation pour lequel la Valeur Nette Actualisée des cash flows générés par l’investissement est égale à zéro. Etant donné que un taux d’actualisation inférieur au TRI donnera une VAN positive, plus le TRI est élevé, plus l’investissement sera retenu comme intéressant.

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