Fairstreet

Social entrepreneurship & finance

Tag ‘ finance éthique ’

Fair Street met en avant le rôle de la finance dans le développement d’entreprises sociales. S’il existe des entrepreneurs sociaux depuis longtemps, leur développement et leur influence a fortement augmenté au cours des 3 dernières décennies.

Ceci est notamment dû au fait que de nombreuses personnes et plusieurs organisations, convaincues du potentiel de ces individus hors du commun, les soutiennent afin d’accroître leur impact et propager leurs innovations.

Ashoka fut la première et est aujourd’hui la plus importante organisation à soutenir les entrepreneurs sociaux.

Ashoka est une organisation internationale à but non lucratif et indépendante, qui a pour objectif de contribuer à la structuration et au développement du secteur de l’entrepreneuriat social au niveau mondial. Ashoka a été créée en 1980, en Inde, par Bill Drayton. Activiste depuis sa jeunesse, Bill Drayton a insufflé sa philosophie et sa fibre sociale à Ashoka ; il est persuadé que l’économie a besoin du dynamisme et des innovations des entrepreneurs sociaux afin de concevoir le développement économique et social sur le long terme. Selon Bill Drayton, “les entrepreneurs sociaux ne se contentent pas de donner un poisson ou d’enseigner comment pêcher. Ils ne sont satisfaits que lorsqu’ils ont révolutionné toute l’industrie de la pêche”.

Guillermina Lazzaro, directrice d’Ashoka pour la région Cono Sur (Argentine, Chili et Uruguay) a accepté de recevoir Fair Street à Buenos Aires afin de nous expliquer en détails la vision d’Ashoka et les principaux défis auxquels les entrepreneurs sociaux font face.


Fair Street - Ashoka Cono Sur from Angalio Productions on Vimeo.

E+Co a soutenu Sobre la Roca en 2005 au travers d’un prêt de $20,000 remboursable en trois ans. Cet apport financier a été essentiel dans le développement de l’entreprise qui a ensuite vu ses ventes croître de 300%.

Créé il y a 15 ans, E+Co est un fond d’investissement social américain qui soutient exclusivement des entrepreneurs actifs dans les énergies renouvelables dans les pays en voie de développement. E+CO part du constat qu’il existe une demande pour des énergies vertes à des prix abordables dans ces pays et que cette demande peut être satisfaite par les entrepreneurs locaux.

Aujourd’hui, E+Co investit dans plus de 200 entreprises. Sur un total de 28,8 millions de dollars, 88% des investissements d’E+Co sont sous forme de dette, les 12% restant étant sous forme capital. Les investissements d’E+Co oscillent entre $20,000 et $1,000,000.

La majorité de ces investissements se situe en Afrique et en Amérique du Sud. D’un point de vue technologique, l’énergie solaire constitue la cible majeure des investissements en accaparant 32% de leur total.

En ce qui concerne la stratégie d’investissement, E+Co investit de manière très rigoureuse et sur base des critères suivants:

1) L’initiative doit être bien structurée et menée par des gens compétents.

2) L’initiative doit être active dans la production d’énergie, utiliser ou financer des énergies abordables, fiables qui améliorent la performance énergétique des communautés.

3) L’initiative doit offrir un impact social et environnemental positif tout en étant compétitive par rapport aux alternatives existantes.

4) L’initiative doit avoir la capacité de s’autosuffire financièrement et avoir un potentiel de croissance.

L’évaluation de la performance des investissements constitue un élément central de la stratégie d’E+Co. Pour ce faire, E+Co a développé 34 indicateurs sociaux, environnementaux et financiers. Pratiquement, les données sur la performance des différents investissements sont collectées deux fois par an et sont intégrées dans un “tableau d’impact”, qui permet d’évaluer la performance globale de l’entreprise.

Depuis sa création, E+Co a permis à 4,8 millions de personnes d’utiliser des énergies propres. E+Co a également permis la plantation de 335,000 arbres ainsi qu’une réduction des émissions de CO2 à hauteur de 4,6 millions de tonnes. Au total, toutes ces actions ont permis d’économiser 11,2 millions de dollars.

Pour plus d’info, visitez www.eandco.net

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Sobre la Roca: Le reportage vidéo!

juin 12, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Situé en Bolivie, Sobre la Roca a été fondé il y a 12 ans par Ruth Saavedra afin de fabriquer et vendre des fours solaires aux paysans vivant principalement en zones rurales. Utiliser l’énergie solaire pour cuisiner favorise la protection de l’environnement en réduisant les émissions de CO2 et en diminuant la déforestation. La facilité d’utilisation du four solaire permet également aux femmes de gagner un temps précieux, ce qui leur permet de participer à la vie sociale et économique.

Pour plus d’info, lisez le profil de Sobre la Roca

Fair Street - Sobre la Roca from Angalio Productions on Vimeo.

Sobre la Roca: La cuisine solaire

juin 12, 2009 | Comments Off | Entreprises

Notre premier reportage sur le sol bolivien se déroule à Cochabamba. Celui-ci a lieu plus tôt que prévu. Nous avons en effet dû changer notre itinéraire et rapidement nous rendre en Bolivie pour rencontrer Ruth Saavedra avant qu’elle ne se rende en voyage durant un mois. Cette interview fut extraordinaire: en plus d’interviewer Ruth, nous avons eu l’occasion d’assister à une démonstration du produit dans les campagnes reculées de Bolivie. Après 3 heures de trajet sur des chemins de terre, nous avons rejoint une communauté de mineurs où nous avons pu découvrir les nombreux avantages du four solaire.

Problématiques:

L’environnement: Les familles vivant en zones rurales n’ont souvent pas la chance de disposer d’un accès au gaz ou à l’électricité et se voient donc dans l’obligation d’utiliser le bois pour cuisiner. L’UNICEF estime que 80% de l’usage de bois dans les pays en développement sert à cuisiner, ce qui représente en moyenne 100 kg de bois par mois par famille. Cet usage intensif du bois, en plus d’émettre des gaz nocifs tels que le CO2, participe considérablement à la déforestation dans ces pays (10% de la déforestation pourrait être évité grâce à l’utilisation des fours solaires).

Émancipation de la femme: Cuisiner, cet acte indispensable et quotidien dans toutes les familles peut fortement compliquer la vie de la femme si celle-ci ne dispose pas d’une technologie appropriée. En effet, les femmes vivant dans des régions reculées se voient souvent dans l’obligation de marcher plusieurs heures par jour afin de ramener du bois. Cette tâche ardue les empêche de travailler et donc de participer à la vie économique et sociale.

Contexte:

En Bolivie, 40% de la population vit dans des zones rurales parfois très isolées et souffre donc d’un manque cruel de ressources énergétiques. L’accès aux technologies étant très limité, ces personnes à la base de la pyramide économique et sociale sont souvent forcées d’utiliser des techniques de cuisson très rudimentaires. L’altiplano bolivien, où se concentre l’activité de Sobre la Roca, bénéficie d’un climat propice à l’utilisation des énergies solaires ; il est situé à plus de 3000 mètres d’altitudes et jouit d’environ 300 jours de soleil par an.

L’entreprise:

Basée à Cochabamba en Bolivie, Sobre la Roca est une entreprise qui a été fondée en 1997 afin de fabriquer et distribuer des fours solaires aux paysans boliviens vivant principalement en zones rurales. Le four solaire est une petite caisse thermique, munie de miroirs qui projettent les rayons solaires à l’intérieur de la caisse. L’isolation du four permet de conserver la chaleur à l’intérieur lui permettant d’atteindre une température de 150° et donc, de cuire aisément toutes sortes d’aliments. Ce système innovant est très simple à construire et autorise Sobre La Roca à le vendre au prix abordable de 50 euros.

Sobre la Roca a également développé des activités complémentaires. Elle lance des campagnes de sensibilisation pour l’environnement et offre des formations ayant pour but de permettre une utilisation efficace du four solaire et d’améliorer les habitudes alimentaires des familles boliviennes. L’entreprise est en pleine phase d’expansion ; si Sobre la Roca a déjà vendu 5000 fours et éduqué plus de 2400 femmes, l’entreprise devrait atteindre le chiffre de 10.000 fours vendus en 2009.

L’entrepreneur:

Ruth Saaverda de Whitfield est un entrepreneur social bolivien vivant à Cochabamba. Elle a fondé Sobre la Roca il y a 12 ans. Dotée de fortes convictions environnementales et persuadée des perspectives d’avenir du four solaire, Ruth a entièrement dédié sa vie au développement de son entreprise. Les débuts de Sobre la Roca furent difficiles : Ruth n’a pas hésité à voyager dans les régions les plus reculées de Bolivie et à s’intégrer dans les communautés de paysans pour promouvoir son produit. En 2004, Lorsque l’entreprise est au bord de la faillite, Ruth et son mari ont consenti de nombreux sacrifices allant jusqu’à vendre leurs objets de mariage pour permettre à Sobre la Roca de survivre…

Impact social:

L’utilisation du four solaire contribue au développement environnemental, social, sanitaire et économique des populations rurales de Bolivie. Le four solaire favorise tout d’abord la protection de la nature. 500 cuisines solaires permettent de sauver 5500 hectares de forêt par an sans émettre la moindre émission de CO2. Ensuite, le temps que les femmes économisent en utilisant le four solaire les aide à s’émanciper économiquement et socialement. Elles peuvent en effet s’adonner à d’autres activités plutôt que de passer des heures à récolter du bois et à surveiller la cuisson de leurs plats. Enfin, cuisiner à l’aide de l’énergie solaire possède des vertus nutritives ; ce mode de cuisson permet de retenir plus de vitamines dans les aliments ce qui leur confère une valeur nutritive plus élevée.

Au-delà du produit, Sobre la Roca cherche également à avoir un impact social tout au long de la chaîne de production. Les éléments de base des fours solaires sont construits dans une prison de Cochabamba afin de favoriser la réinsertion sociale des prisonniers.

Impact financier:

Soutien d’E+CO: Ruth Saavedra a fondé Sobre la Roca avec ses fonds propres. Sa stratégie de départ était d’offrir aux paysans une dizaine de cuisines solaires afin de mesurer l’impact du produit et d’en faire la promotion. Elle a par la suite développé l’entreprise par financement interne ; les revenus générés par la vente des cuisines lui ont permis de croître mais à un rythme assez réduit. En 7 ans, Sobre la Roca a vendu 2500 cuisines. Au terme de ces 7 années, la situation financière de l’entreprise n’était plus tenable car elle devait renouveler ses infrastructures et ne disposait pas des capitaux nécessaires pour cela. Le fonds d’investissement américain « E+Co », convaincu du potentiel de Sobre la Roca et des énergies solaires, leur a octroyé un crédit de 20.000$ remboursable en 3 ans. Ce prêt a permis à Sobre la Roca d’augmenter ses capacités de production et de toucher un plus grand nombre de personnes. Le prêt a eu un impact déterminant: la production a augmenté de 300% et Sobre la Roca s’est convertie en une petite entreprise possédant ses propres infrastructures.

Utilisation de la microfinance: Le prix du four solaire est de 50 euros. Bien qu’abordable, ce montant reste parfois difficilement accessible pour les personnes à “la Base de la Pyramide”. Pour remédier à cela, Sobre la Roca, avec l’aide d’E+CO, a créé un fond qui lui permet d’octroyer des prêts de microcredit. Afin d’élargir son marché, Sobre la Roca est en train de créer une alliance stratégique avec l’institution de microfinance FIE qui, en profitant de son large réseau d’agences permettra l’accès au capital à un plus grand nombre de personnes et facilitera donc la distribution des fours solaires.


Sources :

Entretien réalisé avec Ruth Saavedra de Whitfield, fondateur de Sobre la Roca

www.solarcooking.org

www.adesolaire.org

www.eandco.net


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Suite à l’interview de Michael Chu, voici un profil plus détaillé d’IGNIA Fund, le social venture fund qu’il a co-fondé et dont il est le managing director.

Fondé en juin 2007 et basé au Mexique, IGNIA Fund est un fond de capital à risque cherchant à soutenir des entreprises sociales possédant un fort potentiel de croissance. IGNIA Fund organise la rencontre entre les marchés financiers et le secteur de la « Base de la Pyramide » en apportant du capital aux entreprises se focalisant sur ce secteur. Ces entreprises inspirent généralement la méfiance des investisseurs, à cause notamment d’une période d’incubation plus longue que les entreprises dites classiques, et connaissent alors des difficultés à se financer. Selon les fondateurs d’IGNIA, le marché constituant « la Base de la Pyramide » possède un potentiel énorme. En Amérique latine, ils sont plus de 360 millions d’individus à représenter la base de pyramide économique et sociale et leur pouvoir d’achat est estimé à 520 milliards USD.

En mai, IGNIA a clôturé sa 3ème levée de fonds totalisant désormais des fonds propres d’un montant de 40.7 millions USD. Soros Economic Development Fund, la fondation philantropique du célèbre investisseur George Soros, a notamment apporté 5 millions USD lors de cette levée. Comme nous l’a confié Michael Chu, les levées de fonds d’IGNIA n‘ont pas été affectées par le ralentissement mondial des marchés financiers, permettant à IGNIA de se rapprocher de son objectif de 50m USD - 75m USD d’equity. En ajoutant la ligne de crédit de $25m octroyée par la banque interaméricaine du développement, IGNIA aura un total de $75m-$100m à investir dans les initiatives traitant les problème sociaux les plus pressants de la planète. Les montants investis oscilleront entre $2m et $10m et la durée des investissements sera de 12 à 15 ans. Selon les fondateurs d’IGNIA, c’est la durée nécessaire à la réalisation d’un impact social majeur. IGNIA ne se focalise pas sur un secteur particulier et cherche à diversifier son portefeuille d’entreprises. Au niveau géographique, si actuellement leurs investissements se concentrent sur le Mexique, leur ambition est de participer au développement de la « Base de la Pyramide » dans toute l’Amérique latine.

En plus d’un return social évident, IGNIA Fund veut offrir à ses investisseurs un rendement financier au-dessus de la moyenne (15 à 30%). Si ses 2 fondateurs, Michael Chu et Alvaro Rodriguez, pensent que les entreprises ayant un impact social représentent le futur de notre société, ils pensent également qu’un changement durable ne peut s’accomplir que par le développement d’industries toutes entières (impliquant l’émergence de plusieurs entreprises). Or le développement d’industries nécessite des rendements financiers supérieurs à la moyenne. C’est pourquoi, offrir des rendements financiers intéressants est, au même titre qu’accomplir un impact social majeur, l’un des deux engagements pris par IGNIA envers ses investisseurs.

Le premier investissement réalisé par IGNIA Fund est une prise de participation de 3 millions USD au capital de l’entreprise mexicaine Primedic basée à Monterrey. Primedic offre des soins de santé de qualités aux personnes les plus démunies en se basant sur un système d’adhérents. Les capitaux apportés par IGNIA doivent permettre à Primedic d’étendre ses services dans d’autres villes du Mexique. À ce stade-ci, la performance de l’investissement dépasse largement les attentes d’IGNIA.

Pour plus d’info, visitez: www.ignia.com.mx


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Le développement de l’entrepreneuriat social est rendu possible notamment grâce au soutien financier d’institutions à la recherche d’un impact social au travers de leurs investissements. Une finance éthique et responsable passe inévitablement par l’émergence de ce type d’acteurs financiers. Si ces acteurs financiers ne représente pas encore la principale source de financement des entrepreneurs sociaux, leur nombre augmente considérablement. Vu le caractère récent, innovant et prometteur de ces acteurs, Fair Street a voulu en savoir plus sur leur stratégie d’investissements et sur leur capacité à combiner rendement social et financier.

Fair Street a eu le privilège d’interviewer Michael Chu, co-fondateur et managing director d’IGNIA Fund, l’un des premiers fond social de capital à risque actif en Amérique latine (profil à découvrir dans la rubrique « acteurs financiers »).

Professeur à l’Harvard Business School, Michael Chu est l’un des spécialistes de l’entrepreneuriat social et du secteur constituant « la Base de la Pyramide ». Diplômé de cette même école et après avoir débuté sa carrière au Boston Consulting Group, il a travaillé au sein du private equity Kohlberg Kravis Roberts à New York. Il fût également pendant 6 ans le CEO d’Accion International, une organisation qui cherche à combattre la pauvreté à l’aide de la microfinance. En juin 2007, il a donc fondé en collaboration avec Alvaro Rodriguez Arregui, le fond de venture capital IGNIA Fund.

Fair Street : Pouvez-vous définir ce qu’est un fond d’investissement social? En quoi diffèrent-ils des fonds d’investissements dits classiques? À votre avis, les investissements sociaux sont-ils plus risqués que les investissements traditionnels? Quels sont les critères pour un « bon » investissement social?

Michael Chu : À mon avis, dans sa définition la plus élementaire, un fond d’investissement social est un fond qui focalise ses investissements sur des entreprises dont l’objectif est d’avoir un impact social positif. C’est cela qui constitue la différence fondamentale avec les fonds d’investissements classiques pour lesquels la performance financière est l‘objectif principal. À partir de là, il existe de nombreux types de fonds d’investissements sociaux.  Par exemple , IGNIA Fund, que j’ai co-fondé, a pour mission d’investir dans des entreprises actives dans les secteurs à bas revenus qui vont avoir un grand impact social de par leur activité (soins de santé, logement, éducation, services basiques pour le bas de la pyramide socioéconomique et des chaînes d’approvisionnement incluant des producteurs à bas revenus) tout en combinant un rendement financier au dessus de la moyenne.

Je ne pense pas que le risque soit une caractéristique qui distingue les investissements sociaux des investissements traditionnels. Il existe des investissements risqués et sûrs tant dans les secteurs sociaux que dans les secteurs traditionnels. Par exemple avec le recul , il est clair que posséder une action de Citigroup était beaucoup plus risqué que de posséder une action de la banque Compartamos de Mexico, où la taille moyenne des prêts est encore en dessous de $500.

Pour qu’une entreprise soit un bon investissement social, celle-ci doit, selon moi être capable d’avoir un grand rendement social (ex; fournir un accès à des soins de santé primaires pour des populations à bas revenus) et générer un rendement financier significatif (ex : TRI (1) dans les 30%).

FS: En tant que manager d’un fond d’investissement social, comment parvenez-vous à trouver le juste milieu entre l’impact social et le rendement financier lorsque vous prenez vos décisions d‘investissement? L’une de ces variables ne prend-elle pas le dessus sur l’autre?

MC : Chez IGNIA, découvrir qu’un investissement répond seulement à l’un des deux critères (financier et social) est la raison même pour laquelle nous refuserions celui-ci. Selon nous, cela n’a aucun sens de générer uniquement un rendement financier. Si c’était notre objectif, mon partenaire, Alvaro Rodriguez, et moi-même, aurions continuer à nous focaliser sur ce que nous faisions après nos études de commerce. D’un autre côté, si nous trouvons quelque chose avec un grand impact social potentiel, nous estimons qu’un impact significatif ne peut être atteint qu’au bénéfice d’une taille critique, ce qui requiert non pas une seule entreprise mais une industrie tout entière, pour laquelle un rendement financier supérieur est essentiel.

FS: Comment la crise actuelle va-t-elle influencer l’accès au capital pour les entrepreneurs sociaux? Pensez-vous qu’en conséquence de cette crise, les gens vont investir une plus grande proportion de leur argent dans des institutions socialement responsables telle qu’IGNIA Fund? Les évènements actuels peuvent-ils représenter une opportunité pour les entrepreneurs sociaux  de gagner en importance dans le débat public sur les fondamentaux d’un modèle économique durable.

MC : La crise actuelle va rendre l’accès au capital difficile pour tout le monde. Cependant, les deux dernières levées de fond menées par IGNIA étaient postérieures au ralentissement des marchés de capitaux mondiaux. De plus, nous espérons pouvoir continuer à lever les fonds nécessaires à la réalisation de nos objectifs dans un futur proche.

Bien que j’aimerais pouvoir penser que la crise actuelle va permettre de rediriger les marchés de capitaux vers des alternatives telles qu’IGNIA Fund, je pense que fondamentalement, cela dépendra principalement de la performance des investissements réalisés par IGNIA.

FS : Le débat que vous avez eu avec Muhammad Yunus a été largement commenté sur internet… Votre opinion est que les organisations servant le base de la pyramide devraient adopter une orientation de marché et des stratégies commerciales. Pourriez-vous développer cela plus en détail?

MC : Notre victoire sur la pauvreté dépend de quatre éléments: l’émergence d’initiatives à large échelle, durables, en amélioration constante et à l’efficacité croissante. Les ONG’s, la philanthropie et les agences de développement peuvent commencer des initiatives mais ne peuvent fournir elles-mêmes  des initiatives à large échelle et permanentes. D’un autre côté, les gouvernements ne peuvent pas fournir une amélioration et un gain d’efficacité continu. Des activités basées sur la loi du marché, représente l’unique manière que les humains connaissent et permettant d’accomplir ces quatre critères de manière simultanée et systématique.  Néanmoins, ceci ne peut s’accomplir à l’aide d’une seule entreprise mais au travers de la création d’industries entières. Et je ne connais qu’une manière de créer une industrie: au travers d’une activité économique et un rendement financier au dessus de la moyenne.

Une mise en garde cependant. Si nous utilisons des mécanismes de marché avec l’objectif de résoudre des problèmes sociaux, nous devons également comprendre que, sur le long terme, la seule manière de s’assurer que les bénéfices provenant de la création de valeur additionnelle ne soient pas accaparés par les investisseurs et managers mais qu’ils continuent à parvenir à ceux qu’ils cherchent à aider, grâce à une compétition ouverte, transparente et intense. Dans ces circonstances, les prix vont diminuer, la diveristé des produits va augmenter et les services offerts aux clients vont s’améliorer. Le succès commercial de la microfinance en est le meilleur exemple.

(1) TRI: Le Taux de Rentabilité Interne est une mesure indiquant la qualité d’un investissement. Le TRI est le taux d’actualisation pour lequel la Valeur Nette Actualisée des cash flows générés par l’investissement est égale à zéro. Etant donné que un taux d’actualisation inférieur au TRI donnera une VAN positive, plus le TRI est élevé, plus l’investissement sera retenu comme intéressant.

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Notre première visite d’entreprise se déroule à Buenos Aires et commence de manière épique…

Nous avons rendez-vous le mercredi matin à 10h près de la banlieue de Tigre, située à l’extérieur de Buenos Aires. Pour nous y rendre nous prenons un rémis (option similaire mais plus économique que le taxi) qui manifestement ne connaît pas le chemin pour s’y rendre.

Alors que nous avons déjà 45 min de retard, notre chauffeur s’arrête à chaque coin de rue pour demander son chemin. Après un énième stop, sa voiture tousse… et ne redémarre plus. On lui propose de sortir et nous commençons à le pousser sur 50 mètres jusqu’à ce que sa voiture redémarre. Étant donné que d’après les indications nous ne sommes plus très loin de notre destination, nous préférons continuer à pied…

Nous arrivons finalement à la coopérative Etilplast où nous sommes acueillis par Walter le co-fondateur de la coopérative. La discussion commence à l’entrée de la coopérative et se poursuivra dans son petit bureau après qu’il nous ait fait visité les lieux. D’apparence timide, Walter est intarissable lorsqu’il s’agit de parler de sa coopérative, de ses objectifs, des problèmes auxquels elle s’attaque et de ses perspectives pour le futur.

Problématique :

L’Argentine, comme beaucoup de pays émergents ou en voie de développement, ne bénéficie pas d’un système de tri des déchets à l’échelle nationale. Les déchets ne sont pas triés car la population n’a pas conscience des conséquences qu’une mauvaise gestion peut avoir sur l’environnement. L’activité de recyclage quant à elle n’a commencé à se répandre que récemment. En effet, tant que le peso argentin bénéficiait de la confiance des investisseurs, l’importation de matières premières était moins chère que l’achat de produits recyclés.

Contexte :

Suite à la crise qui frappe l’Argentine au début du 21ème siècle, le nombre de familles « cartoneros » augmente considérablement. D’après des chiffres de la Banque Mondiale, en 2000, plus de 100 000 familles supplémentaires vivent de cette activité. En Argentine, « cartonero » désigne les individus qui ramassent les déchets dans la rue pour essentiellement récupérer les cartons. Ils revendent ensuite ces cartons et vivent de ce revenu. Leur salaire moyen est de 3 euros par jour. Ces cartoneros sont mal considérés par la société à cause du caractère dégradant de leur travail et par conséquent la majorité d’entre eux souffre d’indifférence sociale. Ils sont également victime de conditions d’hygiènes très précaires et de répression tant de la part de la police que du crime organisé.

L’entrepreneur : 

En 2001, au plus fort de la crise, Walter Lizarazu termine ses études secondaires. Il envisage de poursuivre des études, mais la faillite du magasin de son père ne lui permet pas de les payer. Il se met à la recherche d’un travail, mais l’intensité de la crise qui touche son pays compromet rapidement sa recherche. Il n’a alors d’autres choix que de commencer comme cartonero. Walter est rapidement confronté à la lourdeur de la tâche : les déchets sont éparpillés de rue en rue, rien n’est trié, peu d’éléments sont récupérables et ce qu’il gagne en retour n’est pas très conséquent comparé à la débauche d’énergie nécessaire. Il est particulièrement marqué par le fait qu’en réalité il ne fait que trier ce que d’autres avant lui ont mélangé…Un jour, une entreprise de shampoing doit se débarrasser de 6 tonnes de plastique ; Walter s’en charge et y voit l’opportunité de lancer le projet de plus grande envergure auquel il pensait. En 2003, la coopérative Etilplast est née !

L’entreprise :

Etilplast est une coopérative qui emploie aujourd’hui 38 personnes. Sous l’impulsion de Walter et son père, ses membres ont commencé par se concentrer sur le recyclage du plastique. Ils ont ensuite progressivement étendu leur activité : actuellement ils traitent différents types de déchets : ceux qui sont irrécupérables sont directement envoyés à la décharge, le reste est acheminé à leur entrepôt. À cet endroit, les déchets sont triés ; après avoir été séparés, le carton et le verre sont revendus comme matière première à d’autres entreprises. Le plastique quant à lui est redirigé vers l’usine de recyclage où après avoir été traité, il en ressort une matière première dont  la qualité est quasi identique au produit d’origine.

Impact social :

La coopérative poursuit 2 objectifs fondamentaux : le premier est de sensibiliser la population à la problématique environnementale liée à la gestion des déchets. Etilplast ne se contente pas de trier et de recycler mais cherche à solutionner le problème en amont. Ils collaborent avec plusieurs écoles où ils éduquent les élèves à cette problématique. Walter est convaincu que si les jeunes comprennent l’enjeu du tri et du recyclage, ils auront la capacité d’influencer les habitudes de leurs parents. Le deuxième objectif est de fournir un travail valorisant à des personnes démunies. Walter est fier qu’Etilplast ait pu améliorer les conditions de vie de 38 familles. Cependant, son humilité est frappante et il n’aime pas dire qu’il est le fondateur d’Etilplast car il estime que tous les gens qui travaillent avec lui ont contribué à son développement.

Soutien financier :

La coopérative s’est d’abord financée par ses fonds propres. La majorité des bénéfices étaient réinvestis dans l’entreprise afin d’en améliorer le fonctionnement et d’accroître son impact social. En 2008, Etilplast a reçu un crédit de 600 000 pesos (+/- 145 000 euros) du fonds hollandais Oikocredit (voir profil dans catégorie « acteurs financiers »).  Ce crédit a des spécificités favorables au développement d’Etilplast ; par exemple, Etilplast bénéficie pendant 2 ans d’exemption de capital, ce qui signifie que durant les 2 premières années ils ne payent que des intérêts et ils ne commencent à rembourser le capital qu’à partir de la 3ème année. Cette exemption permet à Etilplast de bénéficier pleinement de l’impact du crédit avant de le rembourser. Le témoignage de Walter nous a suffi à mesurer l’impact de la contribution d’Oikocredit: « En cinq années d’existence, nous avions atteint le nombre de 20 travailleurs et nous récoltions les déchets d’environ 2300 familles. Suite au crédit d’Oikocredit, en 6 mois, nous sommes passés à 38 travailleurs et nous avons pu récolter les déchets de 1800 familles supplémentaires… ».

Walter termine l’interview en nous disant que « la vision d’Etilplast est que rien n’est impossible ». Il a commencé comme cartonero et il a désormais l’intention de répliquer son modèle et de l’étendre en espérant que cela pousse le pouvoir politique à prendre des mesures. Des initiatives similaires ont déjà vu le jour dans d’autres quartiers de Buenos Aires. La dévaluation du peso qui a suivi la crise Argentine a depuis quelques années dynamisé les initiatives domestiques de recyclage devenues meilleurs marchés que les importations de matière première. Alors qu’une nouvelle crise touche l’économie mondiale, Walter peut cette fois-ci aborder le futur de manière plus optimiste…



 

De 1998 à 2002, le pays connait une importante crise économique qui s’intensifie en 2001, lorsque le ministère de l’économie annonçe que le pays n’est plus en mesure de rembourser ses obligations. Cette crise a profondément dégradé la situation économique, politique et sociale du pays et  a provoqué une importante hausse de la pauvreté dont les conséquences sont encore visibles aujourd’hui.


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Oikocredit est une institution financière basée aux Pays-Bas, spécialisée dans les investissements éthiques et dont le but est de financer des projets de développement dans le Sud. Le nom Oikocredit en lui-même représente parfaitement la philosophie de l’organisation ; le mot Oiko est dérivé du mot grec ancien « Oikos » (« maison », « communauté », « monde ») et crédit réfère au mot latin « credere » (« croire »).

Fonctionnant selon un modèle de coopérative, Oikocredit fournit des services financiers durables à des institutions de microfinance, des entreprises sociales, des PME’s,… avec l’objectif central de procurer un financement qui soit en faveur du développement. Les critères d’attribution du capital se basent sur la viabilité et la faisabilité du projet d’entreprise mais également sur la participation des femmes, l’impact social et environnemental.

Oikocredit, avec plus de 30 ans d’expérience, a réussi à développer une structure solide et  est aujourd’hui présent dans 69 pays. L’institution a particulièrement bien résisté à la crise financière en affichant des résultats positifs en 2008 ; leurs investissements ont connu une croissance de 32%.

En proposant des services financiers tels que des prêts, des placements en actions, des lignes de crédit,… Oikocredit et ses partenaires ont aidé en 2008, 15 millions de personnes à travers le monde à améliorer leur condition de vie.

Pour plus d’info, visitez leur page web : www.oikocredit.org

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Acteurs financiers

mai 1, 2009 | Comments Off | Acteurs Financiers

Fair Street veut mettre en avant le visage d’une finance éthique et responsable. Au cours du voyage, vous découvrirez les acteurs financiers impliqués dans le projet « Fair Street » mais également d’autres modèles que nous trouvons passionnants. Ils partagent tous le même objectif : combiner la performance sociale et économique.  Au travers de leur diversité, faites-vous une idée des nombreuses possibilités qui existent et des innombrables opportunités qui persistent…