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Social entrepreneurship & finance

Tag ‘ finance éthique ’

Suite à l’interview de Jacqueline Novogratz, voici un profil plus détaillé d’Acumen Fund, qu’elle a fondé en 2001 avec l’aide de plusieurs organisations internationales.

Acumen est un fonds international de venture capital basé à New York ayant pour objectif de résoudre des problèmes de pauvreté au travers d’une approche entrepreneuriale. Acumen cible des entreprises performantes dont les activités ont un impact positif sur les personnes représentant la « base de la pyramide » (dont le revenu journalier est inférieur à 2€). L’objectif central est de favoriser la diffusion de services et de biens indispensables tels que la santé, l’eau, le logement et l’énergie.

Acumen est financé uniquement à l’aide de capitaux philanthropiques. Ceci est une des clés de son succès puisqu’il lui permet de disposer d’un capital patient et d’adopter une stratégie d’investissement de long terme. Investir sur un horizon de 7 à 10 ans est essentiel pour l’entreprise ciblée car cela lui permet de se développer et d’être stable lorsqu’Acumen décide de désinvestir. En adoptant une stratégie d’investissement plutôt que de donation, Acumen privilégie une approche durable pour combattre la pauvreté en offrant de la dignité à ses partenaires tout en évitant de créer une dépendance financière.

Acumen offre des solutions adaptées aux besoins de ses partenaires en mettant à leur disposition différents instruments financiers et types de capitaux. Ses investissements se font soit sous forme d’actions soit sous forme de prêts oscillants entre $300,000 et $2,000,000. Basé sur un modèle « non profit », les bénéfices générés par les investissements sont systématiquement réinvestis dans de nouveaux projets.

Les bénéficiaires des services d’Acumen doivent démontrer leur aptitude à rencontrer les objectifs suivants :

- avoir un impact social majeur

- atteindre une rentabilité financière à moyen terme

- maintenir un taux de croissance soutenu

En plus de cela, Acumen exige de ses partenaires qu’ils soient entièrement impliqués dans la relation et qu’ils aient des standards éthiques et sociaux irréprochables.

En investissant ses capitaux de manière efficiente, Acumen soutient à l’heure actuelle 26 entreprises qui touchent à leur tour plus de 36 millions de personnes dans le monde.

Pour plus d’info, visitez leur site web : www.acumenfund.org

acumen

S’il existe de nombreux instruments pour mesurer le rendement financier d’un investissement, la mesure du rendement social est une notion nettement moins connue et pour laquelle il n’existe pas encore de consensus général sur la manière de le mesurer. Il s’agit néanmoins d’un instrument essentiel, d’une part pour l’investisseur soucieux de connaître l’impact généré par ses capitaux, mais également pour le fonds d’investissement afin d’évaluer ses objectifs, améliorer ses pratiques et communiquer ses résultats. Le social return étant une notion fondamentale et en pleine évolution, Fair Street s’est intéressé à la manière dont les fonds d’investissement mesurent l’impact social de leurs investissements.

Fair Street a eu l’honneur d’interviewer Jacqueline Novogratz, fondatrice et CEO d’Acumen Fund, un des principaux fonds d’investissement sociaux, essentiellement actif en Asie et Afrique. (Profil à découvrir dans la rubrique “acteurs financiers”)

Après avoir commencé sa carrière à la Chase Manhattan Bank et obtenu un M.B.A. à la Stanford University, Jacqueline Novogratz décide de partir au Rwanda et de fonder sa propre institution de microfinance, Duterimbere. Consultante pour UNICEF et la Banque Mondiale en Afrique, elle rejoint par la suite la Rockefeller Foundation où elle fonde et dirige d’importants programmes axés sur le développement. En 2001, avec le support de plusieurs organisations internationales, elle crée le fonds d’investissement social Acumen Fund.

Personnage charismatique et auteur en 2009 du livre « The Blue Sweater », Jacqueline Novogratz partage couramment sa vision optimiste et son expérience lors d’importantes conférences telles que le Forum Economique Mondial.

Fair Street : Pourriez-vous nous décrire brièvement le Fonds Acumen ? En quoi diffère-t-il des autres fonds d’investissement ?

Jacqueline Novogratz : L’objectif du Fonds Acumen est de contribuer à l’éradication de la pauvreté en transformant la manière dont le monde y fait face. Pour ce faire, nous investissons du capital patient avec pour objectif d’identifier, de renforcer et de donner de l’ampleur à des “business model” qui servent les pauvres de manière efficace. Nous développons et élargissons cette approche comme un complément à l’aide traditionnelle, qui peut créer de la dépendance, ou aux pures approches de marché, qui peuvent omettre les besoins réels des pauvres.

Le Fonds Acumen se concentre donc sur une approche de marché pour faire face aux problèmes reliés à la pauvreté au sein des pays en voie de développement. Nous utilisons de la dette et du capital, ainsi qu’un modèle d’investissement qui repose sur une « due diligence » intensive et sur l’usage de notions métriques permettant de s’assurer que chaque investissement atteigne un rendement social mesurable. Nous écoutons activement les pauvres afin de comprendre qui ils sont et nous laissons le marché indiquer ce dont ils ont besoin, car nous désirons aider les personnes à prendre leurs propres décisions et à résoudre leurs problèmes eux-mêmes.

Notre vision à long-terme est qu’un jour, chaque être humain aura accès aux biens et services élémentaires dont il a besoin (des services de santé abordables, l’eau, l’habitat et l’énergie) afin qu’il puisse prendre des décisions de manière autonome et poursuivre une vie meilleure. C’est à ce moment là que démarre la dignité, pas seulement pour les pauvres mais pour nous tous sur terre.

FS : Pourriez-vous expliquer ce qu’est un rendement social ? Quels sont les différents outils permettant de le mesurer ? Quels sont les défis de cette mesure ?

JN : C’est en effet la mesure de ce rendement social qui est si compliquée, pas seulement pour Acumen mais pour tout le secteur associatif dans son ensemble. Nous sommes entièrement convaincus de l’importance d’utiliser des paramètres métriques et d’effectuer une évaluation régulière, pour nous en tant qu’organisation et pour toutes les entreprises avec qui nous travaillons. Nous continuons donc à développer des systèmes qui nous aident à mieux comprendre l’impact réel de notre travail et à mieux soutenir nos cibles d’investissement. Au niveau de nos investissements individuels, nous évaluons nos investissements sur base de quatre critères : la viabilité financière, l’impact social, la réplicabilité du modèle et la structure de coûts. Nous attendons de chaque entreprise qu’elle nous remette ses résultats tous les quadrimestres sur les dimensions financières, opérationnelles et sociales correspondantes.

Nous utilisons une analyse nommée BACO (abréviation de « Best Available Charitable Option »), du nom de l’outil que nous employons afin d’évaluer la gestion des coûts de nos investissements. Nous l’avons créé de manière à mieux comprendre et améliorer l’efficacité de notre propre travail, pas nécessairement en tant qu’outil pour le secteur, cependant nous nous sommes aujourd’hui très heureux que d’autres puissent l’appliquer à leur modèle. Nous avons développé ce cadre métrique car nous avons découvert que des mesures de rendement social absolues étaient trop difficiles à mettre en place en pratique, alors que nous avions absolument besoin d’un outil nous permettant de mesurer l’usage marginal de capital philanthropique.

Au fil des ans, nous aimerions beaucoup évoluer dans un monde où « l’output » de chaque dollar investi par une série d’activités est rendu transparent et comparable. La question de la standardisation des mesures est une question incroyablement difficile, étant donné la subjectivité des valeurs. En collaboration avec Google, nous avons construit un outil internet permettant à nos quatre bureaux internationaux d’échanger leurs données concernant la performance de nos portefeuilles. Ce système, appelé Pulse, nous permet de garder les données métriques et de les rendre fiables et disponibles. Nous pouvons ensuite analyser cet ensemble de données pour identifier les principes communs et pour communiquer nos apprentissages et découvertes sur la manière de toucher les marchés à la base de la pyramide. Pulse est actuellement testé par des organisations avec qui nous collaborons. Accompagné d’un standard de définitions, cet outil a le potentiel de permettre une meilleure comparaison et une meilleure transparence dans le secteur.

FS : Vous avez dit dans le « Ted Talk » que le capital patient combiné à un support managérial est plus efficace que le marché et la charité pris de manière indépendante. Pourquoi cette combinaison est-elle plus efficace dans la génération de rendement social sur le long-terme ?

JN : Les gens recherchent la dignité et non la dépendance. La charité traditionnelle rencontre les besoins immédiats mais souvent, elle ne permet pas aux gens de résoudre leurs problèmes sur le long-terme. Les initiatives basées sur une approche de marché ont la possibilité de croître lorsque les « dollars de charité » s’amenuisent. Elles doivent pour cela faire partie de la solution aux grands problèmes de pauvreté.

Mais les pratiques de marché seules ne sont pas la solution non plus. Les personnes à très faibles revenus sont trop souvent invisibles aux yeux des hommes d’affaires et de la société. Construire de nouveaux modèles qui fournissent les services élémentaires à des prix abordables (prenant en compte les coûts élevés, les systèmes de distribution déficients, les consommateurs dispersés, les options financières limitées et, occasionnellement, la corruption) demande des solutions de business imaginatives et des partenariats soutenus par des investisseurs ayant la volonté de prendre un profil risque/rendement qui est inacceptable pour les acteurs financiers traditionnels.

Notre approche consiste à investir du « capital patient », c’est-à-dire des investissements « below market » accompagnés d’assistance à la gestion dans les entreprises ayant le potentiel de toucher des centaines de milliers d’individus. Nous considérons les personnes à bas revenus comme des individus et des clients à part entière (même s’ils ne sont pas capables de payer) plutôt que comme des  bénéficiaires classiques de charité. Nous commençons avec le marché car nous croyons qu’il est le meilleur outil d’écoute que nous possédons. De nos investissements, nous accumulons les apprentissages nous seulement sur les pauvres en tant que consommateurs mais aussi sur les endroits où l’économie de marché échoue complètement. Dans ces cas là, nous pensons pouvoir apporter une contribution importante dans le développement de solutions permettant de fournir les services nécessaires aux pauvres.

FS : Dans les modèles financiers classiques, les gens construisent leur portefeuille dans l’objectif d’obtenir le rendement maximal pour un certain niveau de risque. Pensez-vous que le rendement social va devenir un critère d’investissement important dans le futur ? Accorder de l’attention au rendement social signifie-t-il obligatoirement renoncer à du rendement financier ?

JN : Je ne pense pas que le modèle financier soit en train de changer. Ce qui est en train de changer c’est la manière dont beaucoup d’investisseurs perçoivent la définition de rendement. Je pense que le rendement social est déjà un critère pour de nombreuses personnes qui recherchent les opportunités d’investissements offrant le plus haut rendement attendu tout en combinant le financier et le social. Pour le Fonds Acumen, alors que nous opérons comme un fonds d’investissement social, nous voulons avoir un impact social avec nos investissements tout en étant rentables financièrement. Avec nos premiers investissements, nous avons généralement évalué le « return OF capital » en opposition au « return ON capital ». Cependant, nos investissements les plus récents ont le potentiel de générer des rendements bien plus importants.

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La microfinance a réussi ce que beaucoup croyaient impossible, car trop risquée; intégrer les populations les plus pauvres à un système financier efficient. Le succès de la microfinance nous pousse à s’intéresser aux principes sur lesquels elle repose et dans quelle mesure le système financier traditionnel pourrait s’en inspirer.

Dans l’article qui suit, Jacques Attali nous offre un éclairage intéressant sur le rôle que peut jouer la microfinance dans la reconstruction d’un monde financier plus responsable. Malgré son importance limitée dans les échanges financiers mondiaux, Jacques Attali pense en effet que le système financier mondial qui émergera de la crise devrait largement s’inspirer des principes qui fondent la microfinance.

Combinant les activités d’économiste, professeur, écrivain et conseiller d’état (sous François Mitterand), Jacques Attali est le fondateur d’Action contre la faim et fût le premier président de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement. Il préside aujourd’hui l’institution PlaNet Finance qui œuvre au développement du microcrédit dans le monde.

Auteur de 44 livres diffusés à plus de 6 millions d’exemplaires, il a enseigné l’économie théorique à l’Ecole Polytechnique, à l’École des Ponts et Chaussées et à l’Université Paris-Dauphine à Paris.

Jacques Attali a été désigné par le magazine Foreign Policy comme l’un des cent intellectuels les plus importants au monde.

L’article ci-dessous a été rédigé en mars 2009. Désireux de soutenir l’initiative Fair Street, Jacques Attali a accepté la reproduction de cet article.


“La microfinance comme solution à la crise financière” par Jacques Attali

Samedi, mars 7th, 2009

A priori, la micro-finance, est trop petite pour représenter un enjeu significatif dans la crise financière globale qui vient de commencer : elle ne concerne que les plus pauvres des entrepreneurs du monde, qui n’empruntent que quelques centaines de dollars par an, pour assurer leur fonds de roulement, ou pour développer leur petite affaire ; au total, elle ne représente qu’un encours mondial de 30 milliards de dollars, ce qui est évidemment dérisoire, comparé aux 80 000 milliards de dollars d’encours du système bancaire mondial. Plus encore, beaucoup regardent avec mépris ces institutions de microcrédit, comme si elles incarnaient la forme la plus archaïque de la finance, qu’il faut très vite dépasser, pour permettre à tous les gens du monde d’avoir accès aux banques conventionnelles, dont la présence dans un quartier ou une ville est vue par ces soit disant élites comme une marque de progrès économique et social.

En réalité, elle est au cœur de ce qui constituera un jour la réponse structurelle à la crise financière. Parce qu’elle est fondée sur des principes exactement inverses de ceux pratiqués par les banquiers qui ont déclenché la crise : une finance éthique, responsable, au service de l’entreprise, fondée sur la connaissance intime du client.

Chacun reconnait maintenant que la source principale des désordres actuels réside dans un système financier tout occupé à faire des profits pour lui-même par un octroi excessif de crédits à des consommateurs ou des entreprises n’ayant pas nécessairement les moyens de rembourser (en particulier les plus pauvres, au moyen des prêts subprimes), transférant à d’autres les risques de ces crédits , gardant pour soi l’essentiel des profits qui devraient revenir aux entreprises, en inventant des produits virtuels, sans aucune réalité . Les banquiers sont devenus les héros d’un système dont il devrait être les serviteurs. Ils se servent trop souvent avant de servir.

La micro-finance répond point par point à ces critiques, par les quatre principes qui la fondent, et qui devraient inspirer la réforme du système financier mondial :

  • D’abord, par sa philosophie : la micro-finance vise à AIDER ses clients à devenir autonomes, en leur accordant des crédits générant des revenus, et non pas les endettant, sans espérance de richesse nouvelle autre qu’une spéculation patrimoniale. Si le système bancaire américain avait appliqué les principes de la micro-finance, les subprimes n’auraient sans doute jamais existé.
  • Ensuite par son mode d’octroi des crédits : CONNAITRE les besoins des clients. Les agents de crédit, dans la micro-finance, connaissent leurs clients, ils ont une idée très précise de leur capacité à rembourser. Si le système bancaire avait appliqué ce principe, il n’aurait jamais accepté de financer des prêts titrisés à des clients lointains, mal connus.
  • Aussi par sa façon de concevoir la façon de RISQUER : une institution de micro-finance garde dans son bilan les crédits qu’elle accorde, donc les risques ; et ne prend même parfois pas de gages. Si le système bancaire avait appliqué les principes de la micro-finance, il n’aurait jamais accepté de transférer les risques à d’autres acteurs, perdant tout contact avec l’analyse réelle des risques, avec la seule garantie fantomatique des CDS.
  • Enfin par sa morale : SERVIR. La micro-finance est au service des entreprises et non d’elle même.Elle considère que sa finalité est d’aider les entreprises clientes à faire des profits plus que d’en faire elle-même. Même si ses taux d’intérêt sont élevés, les profits qu’elle dégage sont très inférieurs à ceux des entreprises qu’elles financent. Si le système bancaire mondial avait appliqué les principes de la micro-finance, il n’aurait jamais accepté de garder pour lui l’essentiel des profits créés par ses prêts. Cela ne l’aurait pas empêché de participer à une forte croissance : celui de la micro-finance est à deux chiffres.

Il est donc essentiel de promouvoir aujourd’hui la microfinance et de mettre ses quatre principes au cœur de la réforme de la finance globale. De comprendre que les principes de la micro finance, que les principes d’une finance éthique, ne sont en rien ceux d’une finance archaïque, mais qu’ils constituent l’avenir de la finance, la condition de la survie de l’économie mondiale : Back to the future. Il est en particulier essentiel de faire de la finance une industrie au service des autres et non d’elle même. De faire de la banque un service d’intérêt général et non une source d’accaparement du profit. Il est aussi, en particulier, urgent d’utiliser les patrons de cette industrie financière si particulière comme conseils dans la reforme du système bancaire mondial.

Sans doute faudra-t-il beaucoup d’efforts pour convaincre les maitres de la finance d’aujourd’hui, dont l’arrogance reste entière, malgré leur débâcle, d’écouter ces banquiers au pied nus, venus de nulle part. Il faudra aussi lui accorder beaucoup plus de moyens pour se développer, pour toucher plus de pauvres, relançant ainsi une demande mondiale saturée au Nord par l’excès de dettes, et participant ainsi à l’émergence d’un monde nouveau, plus équilibré, plus juste, dont la naissance marquera le commencement de la fin du désordre actuel.

Jacques Attali

Fair Street et la microfinance

juillet 14, 2009 | Comments Off | FairExchange

L’objectif de Fair Street étant de mettre en avant une finance éthique et responsable, il était évident de s’intéresser au cas de la microfinance qui est l’une des activités financières qui a le mieux contribué à la réduction de la pauvreté lors des trois dernières décennies. Réduite à son expression la plus simple, la microfinance est « l’accès au capital des communautés les plus vulnérables ». A l’heure actuelle, près de 10 000 institutions de microcrédit servent 130 millions de personnes pour un encours total de 30 milliards d’euros. Avec un marché potentiel constitué par les 4 milliards d’individus qui vivent avec moins de 3 euros par jour, les possibilités de croissance sont encore très importantes.

En attribuant des prêts de faible montant à des entrepreneurs ou des artisans qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques, la microfinance permet de concrétiser des microprojets favorisant ainsi l’activité et la création de richesse dans les pays en voie de développement. Fondée sur des principes simples mais efficaces et responsables, l’activité de microcrédit est considérée comme l’un des moteurs majeurs de l’économie de ces pays.

Suivant le mode de fonctionnement des institutions ainsi que les régions et zones dans lesquelles elles sont actives, le montant des micro-crédits peut varier d’environ 100 à 2000 euros. Aujourd’hui l’activité des IMF’s ne se limite plus au crédit, mais comprend différents services financiers allant de l’épargne à la micro-assurance et même aux cartes de crédit ; d’où l’évolution du terme microcrédit à microfinance.

En participant directement au développement économique et social de populations défavorisées, la microfinance est un très bon exemple du message que veut véhiculer Fair Street. Dans le cadre de Fair Street, le cas de la microfinance est étudié sous 2 points de vue différents:

- Premièrement comme un domaine de l’entrepreneuriat social. L’entrepreneur social le plus illustre est sans nul doute le prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus fondateur de la Grameen bank qui, en créant la première institution de microcrédit, est parvenu à concilier intérêts économiques et sociaux. Le succès de son modèle a incité d’autres personnes à le répliquer aux quatre coins du globe. Fair Street a visité une institution de microfinance active en Bolivie qui sera l’objet du prochain reportage.

- Deuxièmement, la microfinance et l’entrepreneuriat social sont 2 activités qui aujourd’hui sont en train de converger. Plusieurs entrepreneurs sociaux collaborent avec des institutions de microfinance afin d’étendre l’impact social de leurs innovations. Cette collaboration peut prendre plusieurs formes. Tout d’abord, certains entrepreneurs sociaux collaborent avec des institutions de microfinance afin de profiter de leurs réseaux de distribution. C’est par exemple le cas de Sobre la Roca, qui vend une partie de ses fours solaires via une institution de microfinance. Cette institution accorde des crédits aux populations rurales de Bolivie afin de les aider à financer l’achat du four solaire. La microfinance peut également être à l’origine d’un système de micro-franchise en finançant plusieurs petites entreprises (les franchisées) dont les activitées sont centralisées par une organisation « mère ». D’autres formes de collaborations existent et c’est pourquoi de nombreux acteurs voient un potentiel énorme dans cette association.

Avec l’apparition de nouvelles approches et la diversification des activités, la microfinance, comme toute activité en pleine croissance fait face à différents défis. Le plus important d’entre eux étant d’éviter le surendettement des populations à qui elle s’adresse. En effet, si comme dans le cas de Sobre la Roca, l’octroi de crédit à la consommation peut avoir un effet positif sur la qualité de vie des gens à la base de la pyramide, le surendettement de ces personnes peut faire disparaître les nombreux progrès économiques et sociaux initiés par la microfinance. Il est donc essentiel que l’accent continue à être mis sur des prêts destinés à financer des activités génératrices de revenu.

Dans cette optique, les IMF’s en collaboration avec les gouvernements et les organes de régulation travaillent à l’établissement de pratiques de bonne et mauvaise gouvernance. Plusieurs pays ont par exemple mis en place des bureaux de crédits nationaux destinés à surveiller le niveau d’endettement de la clientèle des institutions de microfinance.

Ces différentes questions et les initiatives qu’elles suscitent sont indissociables de l’évolution de la microfinance et elles font partie d’un sain processus de maturation. La microfinance est un outil financier extraordinaire au service du développement économique de populations en voie de développement. En offrant à des millions de microentrepreneurs l’occasion de développer une activité professionnelle, elle constitue un levier puissant pour leur épanouissement et leur intégration dans la vie économique. Les réflexions visant à déterminer les meilleures pratiques sont donc indispensables.

Sources :

www.lamicrofinance.org

www.blueorchard.com

Blue Orchard est le principal acteur mondial en matière d’investissements commerciaux dans le secteur de la microfinance. Créé en 2001 et basé en Suisse à Genève, Blue Orchard soutenait fin 2008 près de 140 institutions dans plus de 40 pays.

La mission de BlueOrchard est de « contribuer à l’autonomie des personnes défavorisées dans le monde entier, par le biais d’investissements commerciaux dans la microfinance, et d’améliorer la qualité de vie des plus pauvres en soutenant leur esprit d’entreprise».

Pratiquement, Blue Orchard crée un pont entre les marchés financiers internationaux et les institutions de microfinance (IMF) en investissant dans celles-ci sous forme de dette ou de capital.

En utilisant des solutions de placement et des instruments financiers innovateurs, Blue Orchard favorise le flux entre le marché des capitaux privés et les institutions de microfinance. C’est de cette manière que Blue Orchard parvient à générer un retour sur investissement attractif tout en soutenant la croissance de millions de petites entreprises prometteuses.

Blue Orchard considère ses investissements dans les IMFs comme des partenariats durables et veut être présent à chaque étape de leur développement. Comme nous avons pu l’observer lors de notre visite dans l’entreprise CRECER, ce type d’approche est très apprécié au sein des institutions de microfinance dont les besoins de capitaux varient au fil de leur évolution.

Les investissements de Blue Orchard se concentrent sur les IMFs car il a été prouvé que c’est un mécanisme efficace permettant le développement de l’entrepreneuriat et créant de la valeur pour les personnes « à la Base de la Pyramide ». 53% des clients d’IMFs soutenues par Blue Orchard sont des femmes et reçoivent des micro-prêts variant entre 50 et 8000 dollars.

Afin de pouvoir injecter plus de capital au sein du secteur de la microfinance, Blue Orchard a lancé en 2007 son propre fonds de private equity. Au 31 décembre 2008, ce fond gérait 130 millions de dollars provenant à 80 % d’investisseurs institutionnels et à 20% d’investisseurs individuels. Les résultats du fonds ont été excellents jusqu’à présent. Cette tendance devrait se maintenir et permettre ainsi à Blue Orchard de renforcer son statut d’institution de référence en matière de soutien financier aux IMFs.

Pour plus d’info, visitez www.blueorchard.com

blueorchard

L’un des principaux défis de l’institution de microfinance CRECER est d’avoir à disposition suffisamment de capitaux afin de répondre à la demande croissante de micro-prêts. Bien qu’étant une institution rentable, CRECER nécessite donc des financements externes, tels que ceux d’Alterfin, afin d’assurer sa croissance et augmenter son nombre de clients ; en effet chaque apport de 500.000 dollars lui permet de toucher 1200 personnes en plus.

Alterfin est une institution financière belge, basée à Bruxelles, qui a pour objectif de renforcer la coopération Nord-Sud en investissant dans des institutions de micro-crédit et des associations de petits producteurs liées au commerce équitable. Au travers de leurs investissements, ils veulent contribuer à la construction d’un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés, qui n’ont que rarement accès aux institutions traditionnelles de crédit.

Alterfin ne fait pas de dons mais investit. En choisissant une stratégie de financement conforme au marché, Alterfin est en mesure de mobiliser davantage de moyens financiers tout en réduisant la relation de dépendance qu’impliquent les initiatives de charité.

Alterfin mobilise donc du capital dans les pays du Nord grâce à l’émission d’action auprès d’investisseurs privés. Le capital d’actions constitue la base financière à partir de laquelle Alterfin réalise ses investissements. Fin 2008, le capital social d’Alterfin s’élevait à 8,8 millions d’euro apportés par plus de 1200 actionnaires.

En plus de son capital propre, Alterfin gère un portefeuille d’environ 18 millions, ceci a été rendu possible grâce à un accord passé avec le fond d’investissement suisse responsAbility. Alterfin collabore également avec la banque durable Triodos. Membre fondateur d’Alterfin, la banque Triodos met une ligne de crédit à disposition d’Alterfin grâce à l’épargne générée par leurs comptes Nord-Sud.

Les investissements d’Alterfin se font principalement via l’octroi de crédit (94%), le reste du capital est investi sous forme de participations ou de garanties. Les montants de crédits octroyés varient entre 30.000 et 600.000 dollars pour une durée de maximum 5 ans et à un taux d’intérêt annuel variant entre 6 et 10%. Les projets qu’Alterfin supporte doivent d’une part avoir un impact social et économique significatifs sur les populations les plus marginalisées tout en présentant d’autre part une viabilité financière réelle.

Après plus de 15 ans d’expérience, la coopérative Alterfin gère un portefeuille total de plus de 25 millions d’euro supportant plus de 60 initiatives dans le Sud. Les investissements gérés par Alterfin ont un impact sur au moins 50.000 personnes et leurs familles. En 2008, Alterfin a connu une croissance de 17% en termes de capital.

Pour plus d’info, visitez : www.alterfin.be

Notre sixième visite d’entreprise se déroule à la Paz, en Bolivie, où nous avons été incroyablement reçus par l’institution de microfinance CRECER. Après une interview passionnante avec la direction de CRECER, nous nous sommes rendus à « El Alto », partie la plus pauvre de La Paz, afin de rencontrer des microentrepreneurs et d’observer sur le terrain le travail et l’impact de l’institution qui les soutient.

Problématique et Contexte:

Au même titre que l’éducation ou l’accès aux soins de santé déjà évoqués précédemment dans le projet Fair Street, l’accès au capital est un élément fondamental permettant aux populations les plus marginalisées de sortir de la pauvreté. Alors qu’habituellement, la plupart des personnes « à la Base de la Pyramide » désirant entreprendre sont dépendantes d’usuriers imposant des taux d’intérêts avoisinant les 10% par mois, l’octroi de crédits à des taux d’intérêts décents leur permet d’imaginer un futur prospère et une croissance durable de leur activité.

Avant l’invention du microcrédit à la fin des années 1970, les populations les plus pauvres des pays en voie de développement ne pouvaient avoir accès au crédit traditionnel faute de pouvoir remplir les conditions exigées par les institutions financières (documents d’identification, garanties, dépôt minimum etc.). De plus, leurs besoins financiers étaient trop limités pour pouvoir couvrir les coûts d’une opération financière “classique”. En conséquence, ces personnes ne constituaient pas un marché suffisamment attractif. Pourtant, dans la plupart des cas, ces personnes possédaient une petite activité génératrice de revenus et se trouvaient dans l’impossibilité de la développer par simple manque de capital.

En Bolivie, où 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté, cela signifie que plus de la moitié des habitants du pays ne pouvait espérer voir son activité économique s’agrandir, ce qui constituait un coût d’opportunité énorme pour le pays.

L’émergence du microcrédit a permis à ces familles pauvres d’avoir enfin accès à de petits crédits. Alors que les banques traditionnelles avaient toujours considéré les populations les plus pauvres comme étant insolvables, les taux de remboursement s’avérèrent en fait très élevés, avoisinant les 95%. En parvenant à générer un impact social positif tout en étant également rentable, ce secteur a connu une croissance fulgurante au cours des dernières décennies. La microfinance s’est en effet élargie pour proposer aujourd’hui une gamme de services financiers très diversifiés (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent etc.) à tous ceux qui sont exclus du système financier classique.

La microfinance cible principalement les femmes, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il a été prouvé que l’impact sur l’ensemble de la famille est plus élevé lorsque le prêt est accordé à la femme. Ensuite, comme nous l’avons déjà mentionné lors du reportage sur Coronilla, la discrimination envers les femmes est un phénomène très présent en Bolivie. Alors que ce sont elles qui gèrent le ménage, elles sont encore l’objet de nombreuses violences domestiques et ne jouissent pas encore du même niveau de reconnaissance que les hommes. S’il est très encourageant de voir que cette situation a connu une amélioration significative durant ces dernières années, de nombreux progrès doivent encore être réalisés.

L’entreprise:

CRECER (”Credito Con Educación Rural”) est une institution de microfinance qui se focalise principalement sur le développement des populations rurales de Bolivie. A l’heure actuelle, l’entreprise compte plus de 90.000 clients dans les différents départements boliviens. Cette Institution de MicroFinance (IMF) fonctionne sur le modèle du “Village Banking”.

Concrètement, ce modèle implique que CRECER travaille avec des “bancos comunales” (banques de village) constituées de groupes comprenant 8 à 30 femmes. Les crédits que CRECER accorde à ces “bancos communales” peuvent s’élever jusqu’à 800$ mais tournent en général aux alentours de 300 à 400$. Les membres du groupe sont les propres gestionnaires du crédit qui leur est accordé ; elles se répartissent ces crédits suivant leurs besoins. Cependant, bien que les femmes se partagent le prêt entre elles, c’est tout le groupe qui en est responsable.

Parallèlement aux opérations bancaires, l’innovation qui fait la particularité de CRECER (même si ce n’est pas la seule IMF à fonctionner comme cela) est qu’ils associent à leurs services financiers, un programme d’éducation. Toutes les femmes à qui les crédits sont octroyés reçoivent non seulement une formation sur la gestion de leurs petites entreprises mais également sur d’autres aspects de la vie quotidienne tels que la santé, l’éducation des enfants, les droits de la femme,…

Cette combinaison de services financiers et d’éducation est au cœur du modèle de CRECER. Ils sont convaincus que l’association de ces 2 activités est le meilleur moyen pour atteindre un développement rural durable. De plus, par rapport à leur business model, ils sont convaincus que proposer un programme d’éducation leur permet d’obtenir de meilleurs taux de remboursement.

Au sein de ses services financiers, CRECER offre également des crédits individuels et des micro-assurances qui ont connu un franc succès dernièrement. CRECER accorde une grande importance aux services d’épargne ; les membres des « bancos communales » doivent en effet obligatoirement épargner une partie des revenus générés afin qu’à la fin du cycle du crédit elles aient mis entre 20 et 50% du montant total du crédit de côté. Cette obligation d’épargne répond à 2 objectifs: d’une part, cela constitue une forme d’assurance supplémentaire pour CRECER de se voir remboursé et, d’autre part, cela permet d’enseigner aux femmes à mieux gérer leur patrimoine.

Impact social:

CRECER, en fournissant du crédit à plus de 97.000 familles a eu différents impacts positifs.

Tout d’abord, en offrant des services de crédits mais également des services d’assurance santé et d’assurance vie, CRECER permet aux plus démunis d’être moins vulnérables aux chocs extérieurs. En effet, ces populations sont particulièrement sensibles à des évènements tels que la maladie de la personne qui fait vivre la famille, une catastrophe climatique, le vol,…ceux-ci ayant des conséquences immenses sur les familles étant donné leurs ressources financières limitées. Sans des services financiers efficaces, ces familles sont amenées à un niveau de pauvreté dont elles peuvent mettre des années à se remettre. Les services qu’offrent CRECER représentent donc souvent une “bouée de sauvetage” pour ces familles qui leur permet de faire face aux possibles coups durs de manière plus sereine.

Ensuite, en permettant à des milliers de femmes de devenir des agents économiques, CRECER leur permet de prendre confiance, de s’épanouir, de s’affirmer et d’augmenter leur influence au sein de la société.

En offrant du crédit, CRECER aide les plus pauvres à développer une entreprise et donc à augmenter les revenus qu’ils en tirent ce qui leur permet d’améliorer leurs conditions de vie. Les femmes possèdent donc une sécurité alimentaire accrue, peuvent offrir une meilleure éducation à leurs enfant et de manière générale ont de beaucoup plus grandes chances de sortir de la pauvreté.

En associant ses services financiers à des services d’éducation, CRECER augmente le savoir de nombreuses femmes en Bolivie ce qui a des conséquences positives sur la manière dont elles gèrent leur ménage et dont elles éduquent leurs enfants. Les formations sur l’épargne combinées à l’obligation d’épargner au moins 20% du montant du prêt sensibilisent les femmes à ce sujet et les forcent à gérer leur budget de manière prudente.

Enfin, au niveau macro-économique, les actions de CRECER stimulent également la création d’emploi et donc l’intégration de nouvelles personnes au sein du système économique.

Impact financier :

Comme la plupart des institutions de microfinance, CRECER bénéficie du soutien de plusieurs acteurs financiers. Généralement, ces institutions financières sont des acteurs du “nord” qui veulent financer des IMF’s du “sud”. Ce type d’investissement est en pleine croissance ; le taux de remboursement quasi parfait et la gestion professionnelle des IMF’s représentent des éléments attractifs pour les investisseurs. De plus, la faible quantité d’intermédiaires permet de générer un impact direct sur l’amélioration des conditions de vie des personnes à la Base de la Pyramide.

CRECER bénéficie du soutien de nombreux fonds d’investissement (Oikocredit, Incofin, Alterfin, Blue Orchard,…) mais Fair Street s’est focalisé sur le soutien financier qu’ils ont reçu d’Alterfin, une organisation belge, et de Blue Orchard, une organisation suisse. Alors que le marché à servir pour CRECER est immense et les besoins de développement des pauvres pressants, le soutien d’institutions telles qu’Alterfin et Blue Orchard permet à CRECER de croître très rapidement et de répondre à un plus grand nombre de clients sans mettre en péril sa solidité. Au sein de CRECER, l’impact des fonds est considérable ; on estime que chaque prêt de 500.000$ permet de toucher 1.200 familles supplémentaires.

Alterfin est un fonds d’investissement social belge qui investit majoritairement dans des IMF’s mais également dans des coopératives. Alterfin a accordé un premier crédit de 600.000$ et un deuxième de 700.000$ tous deux au taux libor + 3%. Alterfin fut une des premières institutions à soutenir CRECER.

Blue Orchard est la plus grande institution de financement des IMF’s au monde et est basée à Genève. Blue Orchard a investi récemment dans CRECER via un prêt d’environ 2.000.000$ qui est le plus gros prêt reçu par CRECER. Ce prêt a une maturité de 3 ans. Etant donné la taille de l’institution et l’importance de ses prêts, CRECER espère pouvoir continuer à développer sa collaboration avec Blue Orchard dans le futur.

Au fil des ans, CRECER est parvenu à se positionner comme une institution solide et professionnelle. Ayant reçu un rating A- tout en ayant un impact social considérable, elle représente une cible très attractive pour les fonds cités ci-dessus. CRECER offrira bientôt un service de cartes de crédit et sera entièrement habilitée à gérer et faire fructifier l’épargne de ses clients afin de construire un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés.

En 2002, l’entreprise Coronilla a reçu 400 000 dollars du fonds d’investissement SEAF. Cet apport, sous forme de capital et de dette, a permis à Coronilla de se convertir en société anonyme et de développer son marché d’exportation. A la fin du processus, Coronilla a eu l’opportunité de racheter les parts de SEAF.

Small Enterprise Assistance Fund (SEAF) est une société d’investissement basée à Washington. Ils se focalisent principalement sur les petites et moyennes entreprises à haut potentiel de croissance dans les pays en développement en leur fournissant du capital et en apportant un soutien technique et opérationnel.

SEAF se positionne avant tout comme une entreprise rentable et professionnelle, soucieuse du return de ses actionnaires. En plus de la performance financière, SEAF veut contribuer au développement économique et social des pays en développement. Leur stratégie est d’utiliser leurs capitaux, leur « know how » et leur réseau global afin d’accélérer la croissance et la rentabilité des entreprises avec pour objectif central de leur permettre de générer des bénéfices économiques qui profitent aux communautés locales.

SEAF est structuré en équipes locales présentes dans des marchés souvent peu attractifs aux yeux des investisseurs traditionnels (ils ont récemment ouvert un bureau local en Afghanistan) et choisit des entreprises efficientes à hauts potentiels de croissance gérées de manière compétentes. En plus d’apporter des capitaux, SEAF offre un soutien technique et opérationnel aux entreprises leur permettant de se professionnaliser et d’améliorer leur structure organisationnelle. L’entreprise Coronilla s’est par exemple convertie en société anonyme grâce au soutien de SEAF. Travailler avec des équipes locales et être attentifs à la culture de chaque pays est donc une composante essentielle du fond SEAF.

SEAF a investi plus de 260 millions de dollars dans plus de 30 pays principalement en Asie, Europe et Amérique Latine. Jusqu’à présent, le fond a accompli près de 150 investissements générant en moyenne une plus-value représentant 1,7 fois le montant initialement investit.

SEAF considère que les PME sont un outil efficace pour dynamiser la croissance des pays en développement et pour lutter contre la pauvreté. Ils se focalisent sur les entreprises ayant un impact positif sur le plan social et environnemental et excluent de leurs investissements les activités liées au tabac, alcool, armement et toutes autres activités engendrant de la spéculation ou ayant un effet néfaste sur la société.

L’investissement sous forme de capital et la dette subordonnée sont les principaux instruments financiers que SEAF utilise. Ils prennent soin de garder une certaine sécurité face à la liquidité de leurs investissements au travers « d’exit rigths » rigoureusement définis tout en favorisant une approche assez flexible pour répondre adéquatement aux particularités de chaque entreprise.

L’impact des investissements de SEAF est considérable tant d’un point de vue financier que social ; il a été prouvé que chaque dollar investi par SEAF a généré en moyenne 12 dollars au sein de l’économie locale. Les effets bénéfiques des investissements se font ressentir sur l’ensemble des « stakeholders » incluant les employés, fournisseurs, consommateurs et le reste de la société.

Le return financier moyen des investissements de SEAF est de 21%, cependant le return global (Economic Rate of Return) augmente à 66% si on inclut les facteurs sociaux et l’impact global sur la société.

SEAF se finance principalement au travers d’investisseurs institutionnels (la Banque Mondiale, la banque européenne pour le développement, le Belgian Investment Office, etc.) soucieux de l’impact social et de la durabilité de leurs investissements

Pour plus d’info, visitez www.seaf.com


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Coronilla: Le reportage vidéo!

juin 28, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Coronilla est une entreprise basée à Cochabamba en Bolivie qui produit des pâtes et des snacks sans gluten. L’objectif de Coronilla est d’avoir un impact positif sur tous les acteurs de sa chaîne de production. Pour ce faire, elle achète ses matières premières à des prix équitables auprès de producteurs locaux, sa main d’œuvre est constituée à 75% de femmes et à 10% de personnes à capacité réduites et offre des conditions de travail optimales. Découvrez l’interview de Martha Wille, l’entrepreneur qui a insufflé sa fibre sociale à Coronilla.

Pour plus d’info, lisez le profil de Coronilla

Fair Street - Coronilla from Angalio Productions on Vimeo.

Après l’extraordinaire découverte des fours solaires, Fair Street a réalisé un deuxième reportage dans la ville de Cochabamba, Bolivie. Nous avons eu la chance de rencontrer Martha Wille, qui est à la tête d’une entreprise familiale créée il y a plus de 40 ans. Martha s’est lancée dans l’ambitieux projet de démontrer que l’activité d’une entreprise peut bénéficier à tous les acteurs de la chaîne de production.

Problématique & Contexte :

Les problématiques sociales auxquelles s’intéresse Coronilla sont directement liées à la situation politique et sociale de la Bolivie. Bien qu’une progressive ouverture à l’économie de marché durant les années 90 ait amélioré la situation économique du pays, la Bolivie reste aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud avec d’importantes inégalités entre milieux urbains, où 60% de la population est pauvre, et ruraux où ce chiffre s’élève à 80%.

L’un des problèmes sociaux majeur de la Bolivie réside dans les conditions de vie des populations amérindiennes qui constituent pourtant la majorité de la population. L’accession d’Evo Morales au pouvoir suscite beaucoup d’espoirs au sein de cette tranche de la population bolivienne. Néanmoins, beaucoup vivent encore dans des conditions très précaires. C’est le cas notamment des habitants de l’Atiplano bolivien, région de hauts plateaux située à plus de 3000m d’altitude. Les habitants de l’Altiplano vivent essentiellement de l’agriculture qui est le premier secteur d’activité du pays. Vivant dans des régions reculées et produisant à petites échelles, leur pouvoir de négociation sur les acheteurs est réduit. Leurs revenus sont donc en général irréguliers et faibles.

Si c’est le cas dans de nombreux pays pauvres, la situation des femmes est particulièrement préoccupante en Bolivie. Dans les années 90, ce problème était même décrit comme l’un des fléaux du pays. Une étude réalisée en 1994 montra que près de 70% des femmes y étaient victimes de violence conjugales. Aujourd’hui encore, les femmes souffrent d’importantes discriminations par rapport aux hommes. Leur principale occupation étant la gestion du ménage, elles ont un pouvoir économique limité et sont totalement dépendantes de leur mari. Cette isolation, conjuguée à la violence conjugale empêche les femmes de prendre part au développement car elles sont trop occupées à se défendre. À l’origine de la marginalisation des femmes se trouve le faible niveau d’instruction qui limite leurs possibilités d’émancipation.

Depuis une dizaine d’années, la situation des femmes est néanmoins devenue une préoccupation grandissante en Bolivie et de nombreuses initiatives et lois visant à améliorer leurs droits ont vu le jour.

L’entreprise :

Fondée en 1972 par Guillermo Wille, Coronilla est à l’origine une entreprise productrice de pâtes. Au milieu des années 90, alors que le marché à l’exportation se contracte considérablement, l’entreprise est au bord de la faillite. Martha Wille, fille de Guillermo Wille, relance l’entreprise en diversifiant la ligne de produits. Bien que Guillermo Wille ait toujours cherché à instaurer différentes normes sociales au sein de son entreprise, c’est avec Martha que commence la deuxième vie de Coronilla en tant qu’entreprise sociale. Aujourd’hui l’entreprise produit des pâtes et des snacks faits à partir de quinoa et d’une traditionnelle céréale andine qui les rend libres de tout gluten.

Coronilla cherche à lutter contre la pauvreté en ayant un impact social positif sur les différents acteurs de sa chaine de valeur. Alors que la Responsabilité Sociétal d’Entreprise (RSE) est un concept très peu développé en Amérique du sud et encore moins en Bolivie, Coronilla se veut précurseur. L’entreprise achète ses ingrédients (quinoa, riz,…) directement auprès de producteurs de l’Altiplano bolivien vivant dans des conditions très précaires, négocie directement dans la langue de ces populations (le Quechua ou l’Aymara) et leur offre de la stabilité dans les prix.

Les employés sont également une composante extrêmement importante de l’entreprise. 75% des employés sont des femmes et 10% du personnel est constitué de personnes à capacités réduites. Les conditions de travail sont optimales en termes d’hygiène et de sécurité. L’entreprise donne également l’opportunité à certains de ses employés de suivre des études ou des formations complémentaires. Enfin, Coronilla offre un appui aux familles pour la scolarisation de leurs enfants.

Étant donné le peu de demande pour des produits bios en Bolivie, Coronilla s’est tournée vers l’exportation. Aujourd’hui, l’entreprise exporte dans près de 11 pays en Amérique du Nord en Europe et en Océanie.

L’entrepreneur:

Fille de Guillermo le fondateur de Coronilla, Martha Wille a conservé les convictions sociales de son père et les a intégrées aux principes de l’entreprise familiale. En tant que dirigeante d’une entreprise familiale et extrêmement soucieuse du bien être de ses employés, Martha veut que chaque employé se sente part de la famille et qu’il s’y sente bien.

Après avoir été élue entrepreneur social de l’année en 2005, par la Schwab Fondation, Martha fut invitée au forum économique de Davos où elle a rencontré de nombreux autres entrepreneurs sociaux. Suite à l’échange d’idées favorisé par ce genre de rencontres, Martha veut aujourd’hui lancer une fondation, « la Fondation Guillermo Wille », qui doit permettre de répliquer le modèle de Coronilla en conseillant d’autres entreprises en Bolivie et en les incitant à développer des programmes de RSE.

Impact Social:

En achetant ses ingrédients auprès de ses producteurs selon des normes de commerce équitable, Coronilla fournit une source de revenu régulière à 1500 familles et leur permet de maintenir un certain niveau de vie.

Comme nous l’a confié Martha lors de l’interview, en offrant un environnement de travail respectueux et épanouissant, l’entreprise cherche à avoir un effet positif sur la vie de famille de ses 65 employés. Après que le chef de production ait remarqué qu’une employée avait développé une aptitude à résoudre les problèmes techniques qui intervenaient sur la chaîne de production, l’entreprise l’a incitée à suivre un programme de 2 ans en ingénierie. Aujourd’hui, cette employée a vu son salaire considérablement augmenter ce qui lui a notamment permis de financer l’éducation de ses enfants.

L’autonomie économique acquise par les femmes travaillant chez Coronilla facilite leur émancipation.

Impact financier:

Depuis 1997, deux organisations ont contribué au développement de Coronilla.

La première, SEAF (Small Enterprise Assistance Fund), a investi 400 000$ (mix de capital et de dette) via son fond « Fondo Capital Activo de Bolivia », afin de financer les besoins en fond de roulement de l’entreprise. Au-delà de l’apport en capital, le soutien de SEAF a permis à Coronilla d’améliorer ses procédures comptables et de se transformer en société anonyme. SEAF a essentiellement participé à la professionnalisation de l‘entreprise. Coronilla a racheté les parts de SEAF en 2004.

Bien que SEAF ait joué un rôle important dans le développement de l’entreprise, en 2004, Coronilla n’utilisait que 20% de ses capacités de production et l’entreprise avait besoin de capital pour continuer à grandir. Coronilla a alors obtenu un prêt de 350 000€ de l’organisation hollandaise Cordaid. Ce prêt a permis à Coronilla de doubler ses exportations la même année. Aujourd’hui, les exportations de Coronilla atteignent près d’1 million $ tout en utilisant 50% de ses capacités de production. Si l’entreprise a connu une belle croissance depuis 5 ans, elle bénéficie encore d’une importante marge de progression qui devra lui permettre de davantage répartir ses coûts fixes et d’augmenter sa marge bénéficiaire.

En continuant à créer de la valeur pour chacun des acteurs (producteurs, employés, actionnaires et clients), Martha Wille est convaincue que Coronilla est appellée à devenir une entreprise majeure en Bolivie.