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Sobre la Roca: Le reportage vidéo!

juin 12, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Situé en Bolivie, Sobre la Roca a été fondé il y a 12 ans par Ruth Saavedra afin de fabriquer et vendre des fours solaires aux paysans vivant principalement en zones rurales. Utiliser l’énergie solaire pour cuisiner favorise la protection de l’environnement en réduisant les émissions de CO2 et en diminuant la déforestation. La facilité d’utilisation du four solaire permet également aux femmes de gagner un temps précieux, ce qui leur permet de participer à la vie sociale et économique.

Pour plus d’info, lisez le profil de Sobre la Roca

Fair Street - Sobre la Roca from Angalio Productions on Vimeo.

Suite à l’interview de Michael Chu, voici un profil plus détaillé d’IGNIA Fund, le social venture fund qu’il a co-fondé et dont il est le managing director.

Fondé en juin 2007 et basé au Mexique, IGNIA Fund est un fond de capital à risque cherchant à soutenir des entreprises sociales possédant un fort potentiel de croissance. IGNIA Fund organise la rencontre entre les marchés financiers et le secteur de la « Base de la Pyramide » en apportant du capital aux entreprises se focalisant sur ce secteur. Ces entreprises inspirent généralement la méfiance des investisseurs, à cause notamment d’une période d’incubation plus longue que les entreprises dites classiques, et connaissent alors des difficultés à se financer. Selon les fondateurs d’IGNIA, le marché constituant « la Base de la Pyramide » possède un potentiel énorme. En Amérique latine, ils sont plus de 360 millions d’individus à représenter la base de pyramide économique et sociale et leur pouvoir d’achat est estimé à 520 milliards USD.

En mai, IGNIA a clôturé sa 3ème levée de fonds totalisant désormais des fonds propres d’un montant de 40.7 millions USD. Soros Economic Development Fund, la fondation philantropique du célèbre investisseur George Soros, a notamment apporté 5 millions USD lors de cette levée. Comme nous l’a confié Michael Chu, les levées de fonds d’IGNIA n‘ont pas été affectées par le ralentissement mondial des marchés financiers, permettant à IGNIA de se rapprocher de son objectif de 50m USD - 75m USD d’equity. En ajoutant la ligne de crédit de $25m octroyée par la banque interaméricaine du développement, IGNIA aura un total de $75m-$100m à investir dans les initiatives traitant les problème sociaux les plus pressants de la planète. Les montants investis oscilleront entre $2m et $10m et la durée des investissements sera de 12 à 15 ans. Selon les fondateurs d’IGNIA, c’est la durée nécessaire à la réalisation d’un impact social majeur. IGNIA ne se focalise pas sur un secteur particulier et cherche à diversifier son portefeuille d’entreprises. Au niveau géographique, si actuellement leurs investissements se concentrent sur le Mexique, leur ambition est de participer au développement de la « Base de la Pyramide » dans toute l’Amérique latine.

En plus d’un return social évident, IGNIA Fund veut offrir à ses investisseurs un rendement financier au-dessus de la moyenne (15 à 30%). Si ses 2 fondateurs, Michael Chu et Alvaro Rodriguez, pensent que les entreprises ayant un impact social représentent le futur de notre société, ils pensent également qu’un changement durable ne peut s’accomplir que par le développement d’industries toutes entières (impliquant l’émergence de plusieurs entreprises). Or le développement d’industries nécessite des rendements financiers supérieurs à la moyenne. C’est pourquoi, offrir des rendements financiers intéressants est, au même titre qu’accomplir un impact social majeur, l’un des deux engagements pris par IGNIA envers ses investisseurs.

Le premier investissement réalisé par IGNIA Fund est une prise de participation de 3 millions USD au capital de l’entreprise mexicaine Primedic basée à Monterrey. Primedic offre des soins de santé de qualités aux personnes les plus démunies en se basant sur un système d’adhérents. Les capitaux apportés par IGNIA doivent permettre à Primedic d’étendre ses services dans d’autres villes du Mexique. À ce stade-ci, la performance de l’investissement dépasse largement les attentes d’IGNIA.

Pour plus d’info, visitez: www.ignia.com.mx


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Le développement de l’entrepreneuriat social est rendu possible notamment grâce au soutien financier d’institutions à la recherche d’un impact social au travers de leurs investissements. Une finance éthique et responsable passe inévitablement par l’émergence de ce type d’acteurs financiers. Si ces acteurs financiers ne représente pas encore la principale source de financement des entrepreneurs sociaux, leur nombre augmente considérablement. Vu le caractère récent, innovant et prometteur de ces acteurs, Fair Street a voulu en savoir plus sur leur stratégie d’investissements et sur leur capacité à combiner rendement social et financier.

Fair Street a eu le privilège d’interviewer Michael Chu, co-fondateur et managing director d’IGNIA Fund, l’un des premiers fond social de capital à risque actif en Amérique latine (profil à découvrir dans la rubrique « acteurs financiers »).

Professeur à l’Harvard Business School, Michael Chu est l’un des spécialistes de l’entrepreneuriat social et du secteur constituant « la Base de la Pyramide ». Diplômé de cette même école et après avoir débuté sa carrière au Boston Consulting Group, il a travaillé au sein du private equity Kohlberg Kravis Roberts à New York. Il fût également pendant 6 ans le CEO d’Accion International, une organisation qui cherche à combattre la pauvreté à l’aide de la microfinance. En juin 2007, il a donc fondé en collaboration avec Alvaro Rodriguez Arregui, le fond de venture capital IGNIA Fund.

Fair Street : Pouvez-vous définir ce qu’est un fond d’investissement social? En quoi diffèrent-ils des fonds d’investissements dits classiques? À votre avis, les investissements sociaux sont-ils plus risqués que les investissements traditionnels? Quels sont les critères pour un « bon » investissement social?

Michael Chu : À mon avis, dans sa définition la plus élementaire, un fond d’investissement social est un fond qui focalise ses investissements sur des entreprises dont l’objectif est d’avoir un impact social positif. C’est cela qui constitue la différence fondamentale avec les fonds d’investissements classiques pour lesquels la performance financière est l‘objectif principal. À partir de là, il existe de nombreux types de fonds d’investissements sociaux.  Par exemple , IGNIA Fund, que j’ai co-fondé, a pour mission d’investir dans des entreprises actives dans les secteurs à bas revenus qui vont avoir un grand impact social de par leur activité (soins de santé, logement, éducation, services basiques pour le bas de la pyramide socioéconomique et des chaînes d’approvisionnement incluant des producteurs à bas revenus) tout en combinant un rendement financier au dessus de la moyenne.

Je ne pense pas que le risque soit une caractéristique qui distingue les investissements sociaux des investissements traditionnels. Il existe des investissements risqués et sûrs tant dans les secteurs sociaux que dans les secteurs traditionnels. Par exemple avec le recul , il est clair que posséder une action de Citigroup était beaucoup plus risqué que de posséder une action de la banque Compartamos de Mexico, où la taille moyenne des prêts est encore en dessous de $500.

Pour qu’une entreprise soit un bon investissement social, celle-ci doit, selon moi être capable d’avoir un grand rendement social (ex; fournir un accès à des soins de santé primaires pour des populations à bas revenus) et générer un rendement financier significatif (ex : TRI (1) dans les 30%).

FS: En tant que manager d’un fond d’investissement social, comment parvenez-vous à trouver le juste milieu entre l’impact social et le rendement financier lorsque vous prenez vos décisions d‘investissement? L’une de ces variables ne prend-elle pas le dessus sur l’autre?

MC : Chez IGNIA, découvrir qu’un investissement répond seulement à l’un des deux critères (financier et social) est la raison même pour laquelle nous refuserions celui-ci. Selon nous, cela n’a aucun sens de générer uniquement un rendement financier. Si c’était notre objectif, mon partenaire, Alvaro Rodriguez, et moi-même, aurions continuer à nous focaliser sur ce que nous faisions après nos études de commerce. D’un autre côté, si nous trouvons quelque chose avec un grand impact social potentiel, nous estimons qu’un impact significatif ne peut être atteint qu’au bénéfice d’une taille critique, ce qui requiert non pas une seule entreprise mais une industrie tout entière, pour laquelle un rendement financier supérieur est essentiel.

FS: Comment la crise actuelle va-t-elle influencer l’accès au capital pour les entrepreneurs sociaux? Pensez-vous qu’en conséquence de cette crise, les gens vont investir une plus grande proportion de leur argent dans des institutions socialement responsables telle qu’IGNIA Fund? Les évènements actuels peuvent-ils représenter une opportunité pour les entrepreneurs sociaux  de gagner en importance dans le débat public sur les fondamentaux d’un modèle économique durable.

MC : La crise actuelle va rendre l’accès au capital difficile pour tout le monde. Cependant, les deux dernières levées de fond menées par IGNIA étaient postérieures au ralentissement des marchés de capitaux mondiaux. De plus, nous espérons pouvoir continuer à lever les fonds nécessaires à la réalisation de nos objectifs dans un futur proche.

Bien que j’aimerais pouvoir penser que la crise actuelle va permettre de rediriger les marchés de capitaux vers des alternatives telles qu’IGNIA Fund, je pense que fondamentalement, cela dépendra principalement de la performance des investissements réalisés par IGNIA.

FS : Le débat que vous avez eu avec Muhammad Yunus a été largement commenté sur internet… Votre opinion est que les organisations servant le base de la pyramide devraient adopter une orientation de marché et des stratégies commerciales. Pourriez-vous développer cela plus en détail?

MC : Notre victoire sur la pauvreté dépend de quatre éléments: l’émergence d’initiatives à large échelle, durables, en amélioration constante et à l’efficacité croissante. Les ONG’s, la philanthropie et les agences de développement peuvent commencer des initiatives mais ne peuvent fournir elles-mêmes  des initiatives à large échelle et permanentes. D’un autre côté, les gouvernements ne peuvent pas fournir une amélioration et un gain d’efficacité continu. Des activités basées sur la loi du marché, représente l’unique manière que les humains connaissent et permettant d’accomplir ces quatre critères de manière simultanée et systématique.  Néanmoins, ceci ne peut s’accomplir à l’aide d’une seule entreprise mais au travers de la création d’industries entières. Et je ne connais qu’une manière de créer une industrie: au travers d’une activité économique et un rendement financier au dessus de la moyenne.

Une mise en garde cependant. Si nous utilisons des mécanismes de marché avec l’objectif de résoudre des problèmes sociaux, nous devons également comprendre que, sur le long terme, la seule manière de s’assurer que les bénéfices provenant de la création de valeur additionnelle ne soient pas accaparés par les investisseurs et managers mais qu’ils continuent à parvenir à ceux qu’ils cherchent à aider, grâce à une compétition ouverte, transparente et intense. Dans ces circonstances, les prix vont diminuer, la diveristé des produits va augmenter et les services offerts aux clients vont s’améliorer. Le succès commercial de la microfinance en est le meilleur exemple.

(1) TRI: Le Taux de Rentabilité Interne est une mesure indiquant la qualité d’un investissement. Le TRI est le taux d’actualisation pour lequel la Valeur Nette Actualisée des cash flows générés par l’investissement est égale à zéro. Etant donné que un taux d’actualisation inférieur au TRI donnera une VAN positive, plus le TRI est élevé, plus l’investissement sera retenu comme intéressant.

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Parce que les voyages peuvent aussi être une source d’inspiration extraordinaire, Fair Street tenait à présenter l’initiative TOMS Shoes. Bien que, étant une entreprise américaine, nous n’ayons pas eu l’occasion de les rencontrer, nous trouvons son modèle fantastique.

En 2006, lors d’un voyage en Argentine, Blake Mycoskie, 32 ans, est frappé qu’un grand nombre d’enfants jouent, courent,… sans rien avoir à leurs pieds. Alors que la marche est le principal moyen de déplacement dans les milieux ruraux, ne rien porter aux pieds provoque de nombreuses blessures, infections et maladies.

Afin de lutter contre cette problématique et en s’inspirant  des Alpagartas, les populaires espadrilles argentines que les ouvriers argentins portent depuis plus de cent ans, Blake Mycoskie crée l’entreprise TOMS Shoes (« Shoes for Tomorrow ») qui fabrique des espadrilles se voulant confortables et à la mode. La réelle innovation de TOMS Shoes est le modèle « one for one » sur lequel l’entreprise fonctionne: pour chaque client qui achète une paire, ils offrent une paire à un enfant défavorisé dans le monde.

L’entreprise connaît un énorme succès ; après 3 années d’existence, TOMS Shoes a déjà donné plus de 140 000 paires de chaussure à des familles, principalement des enfants, en Amérique du Sud et en Afrique. D’ici la fin de l’année, ils ambitionnent d’atteindre le chiffre total de 300 000 paires offertes.

Actuellement, les TOMS Shoes sont disponibles aux USA, au Canada, au Royaume-Uni et en Suède.

Avant qu’elles n’arrivent en Belgique, découvrez la présentation vidéo ci-dessous :

 

TOMS Shoe Drop in Argentina from SJ Yeom on Vimeo.

 

 

 

CEGIN: Le reportage vidéo!

juin 2, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

À l’aide de ses cliniques CEGIN et du système SER, le docteur Gronda cherche à  fournir des soins de santé de qualité aux gens « à la Base de la Pyramide ». En suivant plus de 40 000 patients, CEGIN contribue au développement des communautés les plus marginalisées de la province de Jujuy en Argentine.  La force de travail étant l’outil principal des paysans des régions rurales, l’accès aux soins de santé constitue la base du développement économique et social.

Pour plus d’info, lisez le profil CEGIN

 

Fair Street - CEGIN from Angalio Productions on Vimeo.

 

CEGIN: Des soins de santé pour tous

juin 2, 2009 | Comments Off | Entreprises

Après s’être intéressé à la problématique des cartoneros, de l’éducation et de l’accès à l’eau, le troisième reportage Fair Street met en avant un médecin hors du commun qui veut offrir des soins de santé aux plus pauvres.

Problématique : la santé

Dans le précédent reportage, nous avons insisté sur l’éducation comme le facteur essentiel du développement économique et social. La santé doit être considérée comme un deuxième facteur fondamental pour construire le futur de manière durable. En effet, impossible d’imaginer le développement d’un pays sans la mise en place de soins de santé adéquats. Dans les populations rurales où la force de travail est l’outil principal des paysans, la santé est primordiale et une base préalable à tout progrès. Dans les régions reculées, les femmes et enfants souffrent particulièrement des conditions de vie difficiles ; un des objectifs du millénaire des Nations Unies est de diminuer de ¾ le taux de mortalité maternelle d’ici 2015. La province de Jujuy est spécialement affectée par ce problème où le taux de mortalité maternelle est 10 fois plus élevé qu’en France.

Contexte :

En Argentine, plus de la moitié de la population n’a pas accès à la sécurité sociale. Lorsqu’une personne bénéficie de la sécurité sociale grâce à son statut de travailleur, celle-ci décidera cependant dans certains cas de souscrire à une assurance privée car elle se retrouve face à un système des soins de santé souvent inefficient et cela principalement pour 2 raisons. Tout d’abord, il est décentralisé au niveau des provinces, ce qui engendre de fortes différences d’une région à l’autre d’Argentine. Ensuite, l’état étant incapable de fournir un ensemble de solutions complet, plusieurs associations de travailleurs créent leur propre « obra social » (sécurité social) ce qui amène des irrégularités et de nombreux problèmes d’organisation. La population argentine a donc 2 options qui s’offrent à elle ; soit les systèmes de soins de santé privés, souvent trop couteux pour les populations « à la Base de la Pyramide » ; soit  le service public qui est alors inefficient et peut générer des files d’attende pouvant atteindre plusieurs jours. Le temps précieux passé à attendre empêche alors le patient de travailler et donc de subvenir aux besoins de sa famille.

L’entreprise :

CEGIN (Centro Ginecologico Integral) est un centre médical fondé en 1989, spécialisé dans la prestation de services médicaux aux femmes pauvres vivant dans les milieux ruraux. Le centre CEGIN parvient à offrir des services de qualités à un prix 50% inférieur aux prix du marché. Pour parvenir à de tels résultats, leur stratégie se base notamment sur les principes des économies d’échelles. Le milieu médical est confronté à des coûts fixes très élevés (équipements, infrastructures,…) alors que le coût incrémental d’un nouveau client est quant à lui relativement bas. Le centre CEGIN cible dès lors un très grand nombre de patients afin de répartir ses coûts fixes. En travaillant de nombreuses heures et en traitant un large volume de patients (40000 au total), le centre peut donc assurer un service de qualité, tout en diminuant fortement le prix des consultations. Plutôt que de proposer des services gratuits, l’approche de CEGIN est de faire payer le patient, un prix bas, mais un prix juste car il a remarqué avec le temps que le patient se sent alors plus digne et en retour les médecins les traitent avec plus de respect.

Au sein du centre CEGIN, Jorge Gronda a lancé il y a 5 ans le système SER. Il s’agit d’une carte d’adhérent que le patient peut se procurer pour 10 pesos (2 euros) par an et qui donne accès aux 60 cabinets médicaux de CEGIN. Sur présentation de la carte SER, le patient bénéficie des tarifs avantageux des centres CEGIN qui facturent les consultations plus de 2 fois moins chères que le marché (à titre d’exemple une écographie dans les centres CEGIN coûte 20 pesos ou lieu de 50 pesos). L’idée centrale de la carte SER, en plus de donner accès aux soins de santé, est de créer un réseau qui pourra par la suite faire bénéficier ses membres de divers avantages. En formant ce réseau et en tirant parti du grand nombre d’adhérents, le système SER peut avoir une influence considérable sur les commerçants de la province de Jujuy. A l’heure actuelle, les détenteurs de la carte bénéficient déjà de réductions dans les pharmacies et à terme, Jorge Gronda ambitionne de développer un système de « franchise sociale » et d’étendre le champ d’action de la carte SER aux domaines de l’alimentation, de la construction, des transports,… Il souhaite que les fondamentaux nécessaires à une vie décente soient accessibles à bas prix pour toutes les personnes vivant à « la Base de la Pyramide ».

L’entrepreneur :

Jorge Gronda est un médecin originaire de la province de Jujuy. D’abord actif dans le secteur publique, il le quitte il y a plus de 25 ans pour fonder CEGIN. Fatigué des nombreuses lacunes du système des soins de santé publics en Argentine, il démarre l’initiative CEGIN avec 2 motivations : premièrement, il veut offrir des soins de santé de qualité aux personnes « à la Base de la Pyramide » économique et sociale ; ensuite il veut réduire la distance qui existe entre le médecin et le patient. Le travail de Jorge Gronda lui a valu de nombreuses reconnaissances. D’abord élu entrepreneur de l’année par la Fondation Schwab en 2005, il reçoit ensuite le prix du développement des Nations Unies et sera finalement invité à partager sa vision du futur au Forum Economique Mondial de Davos en 2008.

Impact social :

L’impact social de CEGIN et du système SER est évident et peut se résumer comme suit : permettre aux gens à la  « Base de la Pyramide » (qui par définition ne sont pas couverts par une sécurité sociale) d’avoir accès à des soins de santé de qualité. Aujourd’hui, plus de 40 000 personnes sont suivies par les cliniques CEGIN (dont 20 000 via le réseau SER). Plus de 10 000 biopsies sont réalisées chaque année au sein des cliniques CEGIN, ce qui permet d’éviter plus de 300 cancers.

Néanmoins, l’intérêt de Gronda ne se limite pas à l’accès aux soins de santé mais à la considération des personnes les plus pauvres. Lors de son interview, Gronda insiste plusieurs fois sur l’importance jouée par la carte SER : premièrement, les gens cotisent pour cette carte et ne la reçoivent donc pas gratuitement. La carte a dès lors d’autant plus de valeurs à leurs yeux. Ils ont également davantage d’exigences. Cette plus grande exigence a un impact direct sur les soins qu’ils reçoivent car ils sont plus enclins à partager des informations sur leur santé, facilitant par la même occasion le travail des médecins. Ensuite, l’appartenance au réseau SER et le fait de bénéficier de soins de santé de qualité augmente considérablement l’estime que les gens victimes d’exclusion sociale ont d’eux-mêmes. Grâce à la satisfaction des clients SER, Gronda n’a jamais fait la moindre publicité pour son système. Leur fierté d’appartenir au réseau les encourage à en parler de manière positive autour d’eux; ce bouche-à-oreille a grandement contribué au développement de CEGIN.

Impact financier :

 Soutien d’un fond : Gronda est actuellement en train de clôturer les négociations avec un fond européen. Dû à une clause de confidentialité, nous ne pouvons malheureusement pas en divulguer le nom. L’apport financier de ce fond doit permettre de consolider et d’étendre le réseau SER. Actuellement, le réseau compte 20 000 membres et l’objectif est d’atteindre le nombre de 50 000 membres sur un horizon de 5 ans. Selon les  dires de Gronda, le soutien financier venant d’une organisation extérieure est indispensable pour la réalisation de cet objectif.

Utilisation de la microfinance : 80% des problèmes de santé peut être résolu à l’aide la carte SER et des consultations que la carte offre à moitié prix. Néanmoins, certains problèmes plus sérieux nécessitent une intervention chirurgicale bien plus coûteuse. Dans ces cas, CEGIN utilise les vertus du micro-crédit pour permettre à ses clients de financer ces opérations. Le type d’opérations qu’ils doivent effectuer coûte en moyenne 3000 pesos (+/- 600 euros). Un fond de micro-crédit, financé et géré par CEGIN, octroie des crédits d’un montant équivalent à celui de l’opération. Le remboursement du crédit se fait en général en 10 paiements réguliers. Gronda est précurseur dans l’utilisation du micro-crédit pour la santé ; estimant que la santé est la base du développement, il pense qu’il est essentiel que l’accès au capital permette aux gens d’étendre leur accès aux soins de santé. Pour les cas les plus graves que même le microcrédit ne peut financer, CEGIN cherche à mettre en place un système de micro-assurance. Statistiquement ces cas ne se rencontrent qu’une fois sur 100 000, Gronda cherche à profiter de « l’effet de nombre »  du réseau SER ; la petite cotisation de tous les membres du réseau financerait le traitement des cas exceptionnels.

Le système SER dans son ensemble repose sur un principe financier fondamental: la diversification. Les membres du réseau sont à la base de son succès et de son développement. C’est pourquoi, en étendant le réseau, Gronda le consolide. Avec plus de membres, les profils de risques se diversifient et le risque global diminue. Cette diversification qui réduit le profil de risque du système est également essentielle pour le fonctionnement du micro-crédit et le développement de la micro-assurance.

Sources:

Entretien réalisé avec Jorge Gronda, fondateur de CEGIN et du système SER

Llobeta Robert, Recuperando la salud, Grupo Editorial Lumen, Buenos Aires, 2007

www.oms.org

www.undp.org

www.schwabfound.org

ETV: Le reportage vidéo!

mai 21, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

ETV: L’eau à la source du changement social; la vidéo de notre deuxième reportage…

Fair Street - ETV from Angalio Productions on Vimeo.

Le deuxième reportage se déroule à Bariloche, dans le nord de la Patagonie. C’est suite à notre rencontre à Buenos Aires avec la responsable d’Ashoka (réseau soutenant les entrepreneurs sociaux) en Argentine  que nous décidons de modifier notre itinéraire et de faire le « petit » détour  de 2000 kilomètres qui nous mène à Bariloche.

Problématiques:

L’eau : au sein du défi environnemental auquel est confronté l’humanité, la crise de l’eau devient une considération centrale. Les diminutions des ressources, sa gestion et son approvisionnement sont des aspects sur lesquels de nombreux progrès doivent encore être effectués. La qualité de l’eau a une influence énorme sur les conditions de vie des populations pauvres. Une eau de meilleure qualité améliore l’alimentation et l’hygiène de vie des personnes « à la Base de la Pyramide ». Avec une meilleure hygiène de vie, ils peuvent affronter plus facilement les défis de leur vie quotidienne et leurs efforts se déplacent de la lutte pour leur subsistance à leur développement personnel.

L’éducation : les pays en développement comptent actuellement 75 millions d’enfants qui ne vont pas à l’école et 861 millions d’adultes analphabètes. L’accès à l’éducation est unanimement reconnu comme l’un des facteurs clés du développement économique et social. L’éducation développe la connaissance et permet la professionnalisation : par l’apprentissage de concepts et de techniques, les communautés les plus marginalisées peuvent bénéficier de la croissance et améliorer leur situation. Ils ont alors les moyens de s’assumer personnellement mais également de prendre en charge leurs familles. En développant le potentiel de chacun, l’éducation touche directement à la dignité de l’être humain. « Donner à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires» est l’un des objectifs du programme des Nations Unies visant à éliminer la pauvreté d’ici 2015.

Contexte

Malgré son statut de pays émergent, l’Argentine est un pays où la pauvreté est encore très présente, tant dans des grandes villes comme Buenos Aires que dans des régions éloignées comme celle de Bariloche. La crise du début des années 2000 a profondément dégradé la situation économique et sociale du pays (de 1998 à 2001, le PIB est passé de 300 à 220 milliards de pesos !) et ses conséquences s’en ressentent encore aujourd’hui. En Argentine, plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 20% est dans un état d’indigence complète (lorsque les revenus ne suffisent pas à assurer le minimum nécessaire au maintien de la capacité physique). Cette situation est notamment due à un taux de chômage important : dans la région de Bariloche, un quart de la population active n’a pas de travail et ce chiffre peut atteindre 75% dans les zones les plus reculées.

Les conséquences directes de cette pauvreté est l’exclusion sociale et la marginalisation d’une importante tranche de la population. Les gens connaissent des conditions de vie précaires dont il leur est souvent difficile de sortir.

L’entreprise :

ETV (« Emprendimientos de Tecnologias para la Vida ») a été fondée en 2006 et cherche à développer, fabriquer et diffuser des solutions technologiques améliorant les conditions de vie des personnes à « la Base de la Pyramide ». Actuellement, le principal produit développé par ETV est la « Bomba de Soga » qui pompe de l’eau potable. L’objectif d’ETV est multiple: premièrement, ils veulent utiliser le potentiel des innovations technologiques en les adressant aux communautés les plus pauvres ; ensuite, ETV fournit du travail à des jeunes de la Fondation Gente Nueva et enfin, les revenus générés par la vente de leurs produits doivent servir à partiellement financer la fondation. Cependant, à ce stade-ci, les revenus générés ne permettent pas encore d’atteindre significativement ce dernier objectif.

Créée il y a 25 ans, la Fondation Gente Nueva cherche à promouvoir l’éducation et la professionnalisation des personnes qui sont exclues du système éducatif traditionnel. À l’aide d’un réseau d’écoles primaires et secondaires mais également par le développement d’ateliers de travail et de programmes éducatifs régionaux, Gente Nueva veut donner à chaque individu  la chance d’exprimer son potentiel. Les écoles du réseau Gente Nueva sont gratuites et le salaire des professeurs, qui sont sélectionnés par les membres de la fondation, est payé par l’état.

La fabrication des produits d’ETV est réalisée dans les ateliers de travaux de Gente Nueva, ce qui offre du travail à toute une série de jeunes apprentis.

L’entrepreneur :

Gustavo Gennuso est originaire de Buenos Aires mais vit à Bariloche depuis trente ans. Il s’y est installé lorsqu’il est venu étudier l’énergie nucléaire à l’Institut Balseiro. Il a continué à travailler dans ce domaine jusqu’en 2000 mais a parallèlement développé ses innovations sociales. Après avoir créé la Fondation Gente Nueva, Gustavo veut maintenant prouver au travers d’ETV qu’il est possible d’avoir un impact social tout en étant rentable et durable. L’ambition de Gustavo Gennuso est d’accomplir un profond changement social. Il veut donner aux plus pauvres, toutes les opportunités possibles de se développer. En accomplissant le changement social, il ne veut pas seulement transformer la vie des plus pauvres mais la société dans son ensemble.

Impact social :

ETV cherche à considérablement améliorer les conditions de vie des personnes les plus pauvres. Le développement de technologies n’est que le moyen devant servir la fin. L’activité de l’entreprise a un triple impact social : premièrement, l’amélioration des conditions de vie de la « Base de la Pyramide », deuxièmement, la création d’opportunités de travail pour les gens « exclus », et troisièmement, le financement de Fondation Gente Nueva. En 3 années d’existence, ETV est déjà parvenu à toucher 300 familles. Leur objectif est à terme d’avoir un impact direct sur 150 000 personnes.

La Fondation Gente Nueva a, depuis sa création, accueilli plus de 5000 jeunes dans ses différentes classes. Elle a également formé 3000 jeunes additionnels via ses programmes éducatifs régionaux. Les initiatives de Gustavo Gennuso ont également eu une influence sur les décisions politiques relatives à l’éducation dans les régions où il est actif.

Impact financier :

L’impact financier se trouve ici davantage dans le rôle joué par la microfinance pour étendre l’impact social que dans le financement direct de l’entreprise.

Microfinance : Le micro-crédit est une innovation qui a permis à des millions de personnes de s’extraire de la pauvreté. Si l’accès au capital permet aux populations pauvres de démarrer une micro-entreprise, pourquoi ne leur permettrait-il pas également d’acquérir des  produits qui doivent influencer significativement leurs conditions de vie ? C’est la stratégie adoptée par ETV. En effet, la cible du social business de Gustavo, n’a le plus souvent pas les moyens d’acheter leurs produits. La « Bomba de Soga » coûte 700 pesos (+/- 140 euros). Un montant que des gens qui gagnent en moyenne 2 euros par jour, peuvent difficilement payer. Afin d’étendre son impact social, ETV utilise donc la recette du micro-crédit et rend ses produits plus accessibles. Les clients d’ETV financent donc l’achat de la pompe à eau à l’aide d’un micro-crédit qui leur a été octroyé.  L’impact du soutien de la microfinance est double : il permet d’abord d’étendre l’impact social d’ETV ; ensuite il doit augmenter les revenus de l’entreprise et donc les ressources financières disponibles pour Gente Nueva qui à son tour peut accélérer le changement social via l’accès à l’éducation. Le micro-crédit n’étant pas une activité d’ETV, ils collaborent avec différentes IMF’s (institutions de microfinance) mais également avec des ONG’s des régions où ils sont actifs (principalement le nord de la Patagonie et la province de Jujuy). Cette collaboration avec la microfinance est le seul moyen d’atteindre les 150 000 personnes qu’ils visent.

Financement: parallèlement à sa vocation sociale, l’objectif d’ETV est donc d’apporter des ressources financières à la fondation Gente Nueva. Ce type de modèle est assez courant dans les initiatives des entrepreneurs sociaux : afin de ne pas être dépendant des donations, ils  optent pour la solution « du marché » en créant des « social business » dont le but est de financer l’activité qui ne génère pas de profit. L’autre partie des profits est réinvestie dans l’entreprise afin de financer la recherche d’autres technologies.

ETV (et Gente Nueva) a reçu une contribution financière de l’organisation Ashoka (que nous présenterons ultérieurement) dont Gustavo est membre. L’entreprise a  également bénéficié de différents fonds provenant essentiellement d’investisseurs philanthropes, notamment un business angel suisse, qui leur a fait un crédit à des conditions très favorables (mais sur lesquelles nous n’avons pas obtenu plus de détails…). Aujourd’hui, ETV cherche des ressources financières d’un montant équivalent à 74 000$ (54 833€) qui leur permettrait de financer les investissements nécessaires à la réalisation des objectifs de leur business plan, plus particulièrement l’introduction de nouvelles technologies.

La force du modèle de Gustavo réside dans sa capacité à traiter différentes problématiques. Nous sommes en effet frappés par le caractère complet de son organisation. Trois facteurs essentiels de la lutte contre la pauvreté sont présents dans son modèle à savoir: l’éducation, l’accès au capital et la santé. En créant des synergies entre différentes organisations, il permet d’étendre considérablement l’impact social et de construire le changement de manière durable. 

 

Sources :

Entretien réalisé avec Gustavo Gennuso, fondateur d’ETV et de Fondation Gente Nueva

www.unesco.org

www.oms.org

www.schwabfound.org

www.changemakers.net

 

 

Découvrez notre post spécialement consacré à l’entrepreneuriat social sur: http://blogs.lecho.be/fairstreet

Notre première visite d’entreprise se déroule à Buenos Aires et commence de manière épique…

Nous avons rendez-vous le mercredi matin à 10h près de la banlieue de Tigre, située à l’extérieur de Buenos Aires. Pour nous y rendre nous prenons un rémis (option similaire mais plus économique que le taxi) qui manifestement ne connaît pas le chemin pour s’y rendre.

Alors que nous avons déjà 45 min de retard, notre chauffeur s’arrête à chaque coin de rue pour demander son chemin. Après un énième stop, sa voiture tousse… et ne redémarre plus. On lui propose de sortir et nous commençons à le pousser sur 50 mètres jusqu’à ce que sa voiture redémarre. Étant donné que d’après les indications nous ne sommes plus très loin de notre destination, nous préférons continuer à pied…

Nous arrivons finalement à la coopérative Etilplast où nous sommes acueillis par Walter le co-fondateur de la coopérative. La discussion commence à l’entrée de la coopérative et se poursuivra dans son petit bureau après qu’il nous ait fait visité les lieux. D’apparence timide, Walter est intarissable lorsqu’il s’agit de parler de sa coopérative, de ses objectifs, des problèmes auxquels elle s’attaque et de ses perspectives pour le futur.

Problématique :

L’Argentine, comme beaucoup de pays émergents ou en voie de développement, ne bénéficie pas d’un système de tri des déchets à l’échelle nationale. Les déchets ne sont pas triés car la population n’a pas conscience des conséquences qu’une mauvaise gestion peut avoir sur l’environnement. L’activité de recyclage quant à elle n’a commencé à se répandre que récemment. En effet, tant que le peso argentin bénéficiait de la confiance des investisseurs, l’importation de matières premières était moins chère que l’achat de produits recyclés.

Contexte :

Suite à la crise qui frappe l’Argentine au début du 21ème siècle, le nombre de familles « cartoneros » augmente considérablement. D’après des chiffres de la Banque Mondiale, en 2000, plus de 100 000 familles supplémentaires vivent de cette activité. En Argentine, « cartonero » désigne les individus qui ramassent les déchets dans la rue pour essentiellement récupérer les cartons. Ils revendent ensuite ces cartons et vivent de ce revenu. Leur salaire moyen est de 3 euros par jour. Ces cartoneros sont mal considérés par la société à cause du caractère dégradant de leur travail et par conséquent la majorité d’entre eux souffre d’indifférence sociale. Ils sont également victime de conditions d’hygiènes très précaires et de répression tant de la part de la police que du crime organisé.

L’entrepreneur : 

En 2001, au plus fort de la crise, Walter Lizarazu termine ses études secondaires. Il envisage de poursuivre des études, mais la faillite du magasin de son père ne lui permet pas de les payer. Il se met à la recherche d’un travail, mais l’intensité de la crise qui touche son pays compromet rapidement sa recherche. Il n’a alors d’autres choix que de commencer comme cartonero. Walter est rapidement confronté à la lourdeur de la tâche : les déchets sont éparpillés de rue en rue, rien n’est trié, peu d’éléments sont récupérables et ce qu’il gagne en retour n’est pas très conséquent comparé à la débauche d’énergie nécessaire. Il est particulièrement marqué par le fait qu’en réalité il ne fait que trier ce que d’autres avant lui ont mélangé…Un jour, une entreprise de shampoing doit se débarrasser de 6 tonnes de plastique ; Walter s’en charge et y voit l’opportunité de lancer le projet de plus grande envergure auquel il pensait. En 2003, la coopérative Etilplast est née !

L’entreprise :

Etilplast est une coopérative qui emploie aujourd’hui 38 personnes. Sous l’impulsion de Walter et son père, ses membres ont commencé par se concentrer sur le recyclage du plastique. Ils ont ensuite progressivement étendu leur activité : actuellement ils traitent différents types de déchets : ceux qui sont irrécupérables sont directement envoyés à la décharge, le reste est acheminé à leur entrepôt. À cet endroit, les déchets sont triés ; après avoir été séparés, le carton et le verre sont revendus comme matière première à d’autres entreprises. Le plastique quant à lui est redirigé vers l’usine de recyclage où après avoir été traité, il en ressort une matière première dont  la qualité est quasi identique au produit d’origine.

Impact social :

La coopérative poursuit 2 objectifs fondamentaux : le premier est de sensibiliser la population à la problématique environnementale liée à la gestion des déchets. Etilplast ne se contente pas de trier et de recycler mais cherche à solutionner le problème en amont. Ils collaborent avec plusieurs écoles où ils éduquent les élèves à cette problématique. Walter est convaincu que si les jeunes comprennent l’enjeu du tri et du recyclage, ils auront la capacité d’influencer les habitudes de leurs parents. Le deuxième objectif est de fournir un travail valorisant à des personnes démunies. Walter est fier qu’Etilplast ait pu améliorer les conditions de vie de 38 familles. Cependant, son humilité est frappante et il n’aime pas dire qu’il est le fondateur d’Etilplast car il estime que tous les gens qui travaillent avec lui ont contribué à son développement.

Soutien financier :

La coopérative s’est d’abord financée par ses fonds propres. La majorité des bénéfices étaient réinvestis dans l’entreprise afin d’en améliorer le fonctionnement et d’accroître son impact social. En 2008, Etilplast a reçu un crédit de 600 000 pesos (+/- 145 000 euros) du fonds hollandais Oikocredit (voir profil dans catégorie « acteurs financiers »).  Ce crédit a des spécificités favorables au développement d’Etilplast ; par exemple, Etilplast bénéficie pendant 2 ans d’exemption de capital, ce qui signifie que durant les 2 premières années ils ne payent que des intérêts et ils ne commencent à rembourser le capital qu’à partir de la 3ème année. Cette exemption permet à Etilplast de bénéficier pleinement de l’impact du crédit avant de le rembourser. Le témoignage de Walter nous a suffi à mesurer l’impact de la contribution d’Oikocredit: « En cinq années d’existence, nous avions atteint le nombre de 20 travailleurs et nous récoltions les déchets d’environ 2300 familles. Suite au crédit d’Oikocredit, en 6 mois, nous sommes passés à 38 travailleurs et nous avons pu récolter les déchets de 1800 familles supplémentaires… ».

Walter termine l’interview en nous disant que « la vision d’Etilplast est que rien n’est impossible ». Il a commencé comme cartonero et il a désormais l’intention de répliquer son modèle et de l’étendre en espérant que cela pousse le pouvoir politique à prendre des mesures. Des initiatives similaires ont déjà vu le jour dans d’autres quartiers de Buenos Aires. La dévaluation du peso qui a suivi la crise Argentine a depuis quelques années dynamisé les initiatives domestiques de recyclage devenues meilleurs marchés que les importations de matière première. Alors qu’une nouvelle crise touche l’économie mondiale, Walter peut cette fois-ci aborder le futur de manière plus optimiste…



 

De 1998 à 2002, le pays connait une importante crise économique qui s’intensifie en 2001, lorsque le ministère de l’économie annonçe que le pays n’est plus en mesure de rembourser ses obligations. Cette crise a profondément dégradé la situation économique, politique et sociale du pays et  a provoqué une importante hausse de la pauvreté dont les conséquences sont encore visibles aujourd’hui.


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