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Social entrepreneurship & finance

Tag ‘ entrepreneuriat social ’

S’il existe de nombreux instruments pour mesurer le rendement financier d’un investissement, la mesure du rendement social est une notion nettement moins connue et pour laquelle il n’existe pas encore de consensus général sur la manière de le mesurer. Il s’agit néanmoins d’un instrument essentiel, d’une part pour l’investisseur soucieux de connaître l’impact généré par ses capitaux, mais également pour le fonds d’investissement afin d’évaluer ses objectifs, améliorer ses pratiques et communiquer ses résultats. Le social return étant une notion fondamentale et en pleine évolution, Fair Street s’est intéressé à la manière dont les fonds d’investissement mesurent l’impact social de leurs investissements.

Fair Street a eu l’honneur d’interviewer Jacqueline Novogratz, fondatrice et CEO d’Acumen Fund, un des principaux fonds d’investissement sociaux, essentiellement actif en Asie et Afrique. (Profil à découvrir dans la rubrique “acteurs financiers”)

Après avoir commencé sa carrière à la Chase Manhattan Bank et obtenu un M.B.A. à la Stanford University, Jacqueline Novogratz décide de partir au Rwanda et de fonder sa propre institution de microfinance, Duterimbere. Consultante pour UNICEF et la Banque Mondiale en Afrique, elle rejoint par la suite la Rockefeller Foundation où elle fonde et dirige d’importants programmes axés sur le développement. En 2001, avec le support de plusieurs organisations internationales, elle crée le fonds d’investissement social Acumen Fund.

Personnage charismatique et auteur en 2009 du livre « The Blue Sweater », Jacqueline Novogratz partage couramment sa vision optimiste et son expérience lors d’importantes conférences telles que le Forum Economique Mondial.

Fair Street : Pourriez-vous nous décrire brièvement le Fonds Acumen ? En quoi diffère-t-il des autres fonds d’investissement ?

Jacqueline Novogratz : L’objectif du Fonds Acumen est de contribuer à l’éradication de la pauvreté en transformant la manière dont le monde y fait face. Pour ce faire, nous investissons du capital patient avec pour objectif d’identifier, de renforcer et de donner de l’ampleur à des “business model” qui servent les pauvres de manière efficace. Nous développons et élargissons cette approche comme un complément à l’aide traditionnelle, qui peut créer de la dépendance, ou aux pures approches de marché, qui peuvent omettre les besoins réels des pauvres.

Le Fonds Acumen se concentre donc sur une approche de marché pour faire face aux problèmes reliés à la pauvreté au sein des pays en voie de développement. Nous utilisons de la dette et du capital, ainsi qu’un modèle d’investissement qui repose sur une « due diligence » intensive et sur l’usage de notions métriques permettant de s’assurer que chaque investissement atteigne un rendement social mesurable. Nous écoutons activement les pauvres afin de comprendre qui ils sont et nous laissons le marché indiquer ce dont ils ont besoin, car nous désirons aider les personnes à prendre leurs propres décisions et à résoudre leurs problèmes eux-mêmes.

Notre vision à long-terme est qu’un jour, chaque être humain aura accès aux biens et services élémentaires dont il a besoin (des services de santé abordables, l’eau, l’habitat et l’énergie) afin qu’il puisse prendre des décisions de manière autonome et poursuivre une vie meilleure. C’est à ce moment là que démarre la dignité, pas seulement pour les pauvres mais pour nous tous sur terre.

FS : Pourriez-vous expliquer ce qu’est un rendement social ? Quels sont les différents outils permettant de le mesurer ? Quels sont les défis de cette mesure ?

JN : C’est en effet la mesure de ce rendement social qui est si compliquée, pas seulement pour Acumen mais pour tout le secteur associatif dans son ensemble. Nous sommes entièrement convaincus de l’importance d’utiliser des paramètres métriques et d’effectuer une évaluation régulière, pour nous en tant qu’organisation et pour toutes les entreprises avec qui nous travaillons. Nous continuons donc à développer des systèmes qui nous aident à mieux comprendre l’impact réel de notre travail et à mieux soutenir nos cibles d’investissement. Au niveau de nos investissements individuels, nous évaluons nos investissements sur base de quatre critères : la viabilité financière, l’impact social, la réplicabilité du modèle et la structure de coûts. Nous attendons de chaque entreprise qu’elle nous remette ses résultats tous les quadrimestres sur les dimensions financières, opérationnelles et sociales correspondantes.

Nous utilisons une analyse nommée BACO (abréviation de « Best Available Charitable Option »), du nom de l’outil que nous employons afin d’évaluer la gestion des coûts de nos investissements. Nous l’avons créé de manière à mieux comprendre et améliorer l’efficacité de notre propre travail, pas nécessairement en tant qu’outil pour le secteur, cependant nous nous sommes aujourd’hui très heureux que d’autres puissent l’appliquer à leur modèle. Nous avons développé ce cadre métrique car nous avons découvert que des mesures de rendement social absolues étaient trop difficiles à mettre en place en pratique, alors que nous avions absolument besoin d’un outil nous permettant de mesurer l’usage marginal de capital philanthropique.

Au fil des ans, nous aimerions beaucoup évoluer dans un monde où « l’output » de chaque dollar investi par une série d’activités est rendu transparent et comparable. La question de la standardisation des mesures est une question incroyablement difficile, étant donné la subjectivité des valeurs. En collaboration avec Google, nous avons construit un outil internet permettant à nos quatre bureaux internationaux d’échanger leurs données concernant la performance de nos portefeuilles. Ce système, appelé Pulse, nous permet de garder les données métriques et de les rendre fiables et disponibles. Nous pouvons ensuite analyser cet ensemble de données pour identifier les principes communs et pour communiquer nos apprentissages et découvertes sur la manière de toucher les marchés à la base de la pyramide. Pulse est actuellement testé par des organisations avec qui nous collaborons. Accompagné d’un standard de définitions, cet outil a le potentiel de permettre une meilleure comparaison et une meilleure transparence dans le secteur.

FS : Vous avez dit dans le « Ted Talk » que le capital patient combiné à un support managérial est plus efficace que le marché et la charité pris de manière indépendante. Pourquoi cette combinaison est-elle plus efficace dans la génération de rendement social sur le long-terme ?

JN : Les gens recherchent la dignité et non la dépendance. La charité traditionnelle rencontre les besoins immédiats mais souvent, elle ne permet pas aux gens de résoudre leurs problèmes sur le long-terme. Les initiatives basées sur une approche de marché ont la possibilité de croître lorsque les « dollars de charité » s’amenuisent. Elles doivent pour cela faire partie de la solution aux grands problèmes de pauvreté.

Mais les pratiques de marché seules ne sont pas la solution non plus. Les personnes à très faibles revenus sont trop souvent invisibles aux yeux des hommes d’affaires et de la société. Construire de nouveaux modèles qui fournissent les services élémentaires à des prix abordables (prenant en compte les coûts élevés, les systèmes de distribution déficients, les consommateurs dispersés, les options financières limitées et, occasionnellement, la corruption) demande des solutions de business imaginatives et des partenariats soutenus par des investisseurs ayant la volonté de prendre un profil risque/rendement qui est inacceptable pour les acteurs financiers traditionnels.

Notre approche consiste à investir du « capital patient », c’est-à-dire des investissements « below market » accompagnés d’assistance à la gestion dans les entreprises ayant le potentiel de toucher des centaines de milliers d’individus. Nous considérons les personnes à bas revenus comme des individus et des clients à part entière (même s’ils ne sont pas capables de payer) plutôt que comme des  bénéficiaires classiques de charité. Nous commençons avec le marché car nous croyons qu’il est le meilleur outil d’écoute que nous possédons. De nos investissements, nous accumulons les apprentissages nous seulement sur les pauvres en tant que consommateurs mais aussi sur les endroits où l’économie de marché échoue complètement. Dans ces cas là, nous pensons pouvoir apporter une contribution importante dans le développement de solutions permettant de fournir les services nécessaires aux pauvres.

FS : Dans les modèles financiers classiques, les gens construisent leur portefeuille dans l’objectif d’obtenir le rendement maximal pour un certain niveau de risque. Pensez-vous que le rendement social va devenir un critère d’investissement important dans le futur ? Accorder de l’attention au rendement social signifie-t-il obligatoirement renoncer à du rendement financier ?

JN : Je ne pense pas que le modèle financier soit en train de changer. Ce qui est en train de changer c’est la manière dont beaucoup d’investisseurs perçoivent la définition de rendement. Je pense que le rendement social est déjà un critère pour de nombreuses personnes qui recherchent les opportunités d’investissements offrant le plus haut rendement attendu tout en combinant le financier et le social. Pour le Fonds Acumen, alors que nous opérons comme un fonds d’investissement social, nous voulons avoir un impact social avec nos investissements tout en étant rentables financièrement. Avec nos premiers investissements, nous avons généralement évalué le « return OF capital » en opposition au « return ON capital ». Cependant, nos investissements les plus récents ont le potentiel de générer des rendements bien plus importants.

acumenmini

Recycla: Le reportage vidéo!

août 19, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Fondée en 2003 à Santiago de Chile, Recycla est une entreprise spécialisée dans le recyclage des E-wastes (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…). Ayant depuis toujours eu la volonté d’unir le monde du business et du social, son fondateur, Fernando Nilo fut le premier à traiter cette problématique en Amérique du Sud créant de ce fait une nouvelle industrie au Chili. En travaillant avec d’anciens prisonniers, Recycla favorise leur réinsertion social tout en adressant des solutions à la problématique des déchets électroniques dont les substances polluent considérablement la planète.

Pour plus d’info, lisez le profil de Recycla


Fair Street - Recycla from Angalio Productions on Vimeo.

Le dernier reportage de notre périple latino se déroule à Santiago de Chile. Après plus d’un mois passé en Bolivie et au Pérou, le changement de paysage nous surprend dès notre arrivée au Chili tant le niveau de développement de sa capitale est incomparable avec les 2 pays traversés précédemment. Nous sommes par ailleurs très vite séduits par cette capitale dont l’architecture alterne histoire et modernité.

Nous sommes à Santiago afin d’y rencontrer Fernando Nilo, fondateur de Recycla, une entreprise sociale spécialisée dans le recyclage des « E-wastes ». Recycla est la première entreprise que nous avons contactée dans le cadre du projet Fair Street tant son modèle nous a tout de suite intéressés.

Problématiques :

E-waste : La croissance rapide des technologies engendre chaque année environ 35 millions de tonnes de déchets électroniques (si tous ces déchets étaient mis sur un train, la longueur du train ferait le tour de la terre). Ce chiffre va continuer à croître alors que les pays en voie de développement devraient tripler leur production d’E-wastes dans les 5 prochaines années. Si les déchets électroniques (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…) représentent seulement 2% des déchets produits sur le continent américain, ils génèrent pourtant 70% des déchets toxiques en terme d’impact environnemental. Ces appareils contiennent en effet des substances telles que le plomb, le mercure, le béryllium,… qui menacent l’environnement si elles ne sont pas traitées adéquatement.

Réinsertion sociale : Les prisonniers qui arrivent au terme de leur condamnation éprouvent de grandes difficultés à retrouver un emploi et à se réinsérer dans la société. 60% des détenus sortants déclarent ne pas avoir d’emploi et possèdent en moyenne 130€ lorsqu’ils sortent de prison. Ces personnes libérées n’ont donc souvent donc pas d’autres choix que de faire appel aux organismes d’aide et d’emploi et continuent de ce fait à vivre en marge de la société, ce qui amenuise leurs possibilités de réinsertion et de réhabilitation.

Contexte :

Malgré les fortes disparités qui existent entre les riches et les pauvres, le Chili est le pays d’Amérique latine qui possède le PIB par habitant le plus élevé (9.600$ en 2007). Favorisée par la stabilité économique du pays et par l’amélioration du niveau de vie, la demande d’appareils électroniques a explosé au cours des dernières années. Aujourd’hui, alors que la population totale du Chili est de 16,5 millions d’habitants, 16 millions de téléphones portables sont en circulation. De ce fait, le Chili génère chaque année l’équivalent en déchets d’un grand stade de football rempli, pour lesquels aucune mesure concrète n’est prise par le gouvernement.

L’initiative :

Fondée en 2003 par Fernando Nilo, Recycla fut la première entreprise à recycler les déchets électroniques en Amérique du Sud, créant par la même occasion une toute nouvelle industrie au Chili. Recycla collabore avec un nombre croissant de grandes entreprises dont elle traite les déchets électroniques (HP, Epson,…).

Pratiquement, Recycla récolte les déchets électroniques de ces entreprises de manière régulière. Les déchets sont ensuite acheminés jusqu’à leur centre de recyclage situé dans les faubourgs de Santiago où des ouvriers de Recycla démontent les différents appareils et en séparent les composants. Ces composants sont par la suite recyclés ou traités ; le plastique est recyclé dans une centrale de recyclage avoisinante, les différentes substances nocives contenues dans les appareils sont isolées méticuleusement pour être envoyées dans une centrale de traitement et de récupération. Enfin, les métaux constituant les cartes, puces ou disques durs sont acheminés par containers chez Umicore en Belgique où ils sont fondus pour être réutilisés sous une autre forme.

Les deux sources de revenu principales de Recycla proviennent d’une part des entreprises qui les payent pour venir récolter et traiter leurs déchets et d’autre part, des entreprises qui rachètent les matières qu’ils revendent (plastiques et métaux principalement). Les métaux sont tous envoyés chez Umicore en Belgique qui est en fait quasiment le seul client de Fernando. Les métaux constituant la source de revenu principale de Recycla, cette collaboration avec Umicore est essentielle pour l’entreprise.

En plus de recycler les déchets électroniques, Fernando veut également « recycler des personnes ». Alors que les programmes de réinsertion des détenus au Chili sont hautement déficients, Recycla n’hésite pas à engager des détenus en semi liberté ou des anciens prisonniers récemment sortis de prison afin de leur offrir une seconde chance.

Les prisonniers qui se trouvent encore en prison mais qui ont une bonne conduite ont ainsi la possibilité de quitter le pénitencier durant la journée pour se rendre à l’usine Recycla. En plus de faciliter leur réinsertion sociale, ceux-ci reçoivent un salaire et peuvent donc continuer à subvenir aux besoins de leurs familles. Pour les anciens détenus, il s’agit d’une opportunité exceptionnelle de reconstruire leur vie dans un environnement où ils ne sont pas jugés pour leurs méfaits antérieurs.

Le modèle de Recycla est une référence en terme d’entrepreneuriat social. Fernando Nilo, après avoir identifié une problématique, a réussi à trouver une réponse efficace et à développer une nouvelle industrie. Cette jeune entreprise a déjà des perspectives de croissance très intéressantes sur le continent Sud Américain où le potentiel de développement est gigantesque.

L’entrepreneur :

Fernando Nilo a commencé sa carrière en tant qu’auditeur dans une entreprise multinationale. Possédant depuis sa jeune enfance la fibre sociale, il perçoit un clivage entre le monde du business et le monde social. Convaincu qu’il est possible de supprimer cette séparation, il décide alors de créer Recycla, une entreprise parfaitement rentable avec un impact social considérable.

Le personnage en lui-même incarne parfaitement cette alliance entre business et social ; jamais loin de son Blackberry et excellent homme d’affaire, Fernando n’en est pas moins doté de fortes considérations sociales et attache une importance considérable au bien-être de ses employés.

Son modèle lui a valu de nombreuses reconnaissances ; entrepreneur Schwab, il a été invité 3 fois au Forum Economique Mondial de Davos et a eu l’occasion, à plusieurs reprises, de témoigner son expérience dans les plus grandes universités américaines.

Impact social :

Recycla est une entreprise compétitive et rentable qui possède un triple impact sur la société : environnemental, social et éducatif.

En traitant les déchets électroniques, Recycla réduit considérablement la pression exercée par l’humain sur l’environnement. Recycla recycle à l’heure actuelle 10% des déchets électroniques au Chili et souhaite être en mesure de faire passer ce chiffre à 50% à moyen terme. En créant Recycla, Fernando Nilo a créé une nouvelle industrie en Amérique du Sud dont le potentiel de croissance est à présent très important tant les possibilités pour répliquer le modèle sont élevées.

D’un point de vue social, Recycla offre une seconde chance à des détenus et favorise donc leur réinsertion dans la société. Sur les 25 employés de Recycla, 10 sont d’anciens détenus ou effectuent actuellement leur peine de prison tout en travaillant chez Recycla durant la journée. Depuis la création de l’entreprise en 2003, 27 détenus y ont déjà travaillé.

Enfin, convaincu de l’importance de l’éducation pour résoudre les problèmes sociaux, Fernando travaille avec différentes écoles de commerce américaines afin de mettre sur pied des programmes d’études relatifs à la problématique du recyclage et de répandre le concept de l’entrepreneuriat social.

Impact financier :

Lorsqu’il décide de lancer Recycla en 2003, Fernando Nilo recherche un partenaire financier pouvant l’aider à concrétiser son business plan. Ni le secteur bancaire traditionnel, ni le gouvernement ne croient en son idée car ils ne voient pas comment une telle entreprise pourrait être rentable sur le long terme. Convaincu de son idée, Fernando décide de persévérer et se met en contact avec Octantis, un incubateur qui aide les « start-up » à se professionnaliser et à entrer en contact avec des investisseurs.

Le premier défi financier de Recycla fut sa première levée de fonds d’un montant de 50.000$ , capital de départ nécessaire pour lui permettre de lancer son activité. Après avoir établi une stratégie et des prévisions à long terme avec Octantis, Fernando reçoit un subside d’Innova Chile, un fonds gouvernemental qui a pour but de soutenir des initiatives prometteuses. Avec les 50.000$ reçus, Recycla prit forme. Comme nous avons pu le constater, le business model innovateur de l’entreprise tint ses promesses. Après seulement 3 ans, Recycla était rentable et elle génère aujourd’hui un chiffre d’affaire annuel de 3.000.000$. Les perspectives de croissance sont impressionnantes et les objectifs d’expansion (passer de 10% de parts de marché au Chili à 50% à moyen terme et d’exporter le modèle dans d’autres pays d’Amérique latine) apparaissent tout à fait réalisables.

Aujourd’hui, après avoir fait ses preuves, Fernando a réussi à créer une relation de confiance entre Recycla et le secteur bancaire; Recycla collabore avec des banques traditionnelles telles que Banco Chile ou Santander qui lui octroient des prêts lui permettant de financer ses besoins en fonds de roulement.

Fernando Nilo est à présent à la tête d’une entreprise influente, capable de changer les mentalités. Si vous lui demandez quelles ont été les clés du succès et quelle est sa philosophie, il vous répondra que Recycla était avant tout un rêve pour lui, qu’il a réussi à réaliser à force de conviction et de détermination.

Pour plus d’info, visitez www.recycla.cl

Ciudad Saludable: Le reportage vidéo!

juillet 25, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Créé par Albina Ruiz, Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Ceci permet de fournir du travail à plus de 150 personnes en accordant une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. En plus de former les micro-entrepreneurs, Ciudad Saludable leur fournit un soutien technique, légal et également financier grâce à un système innovant de microfinance. Face au succès de son modèle, Albina envisage actuellement de le répliquer dans d’autres pays tels que l’Inde.

Pour plus d’info, lisez le profil de Ciudad Saludable


Fair Street - Ciudad Saludable from Angalio Productions on Vimeo.

Notre reportage péruvien se déroule à Lima où nous rencontrons Albina Ruiz, la fondatrice et gérante de Ciudad Saludable. L’interview avec Albina se déroule dans un climat très décontracté et est déjà une expérience en soit, tant Albina nous impressionne par son dynamisme, sa bonne humeur et sa vision optimiste du futur. Suite à cette rencontre, nous nous rendons à « El Pino », un des quartiers les plus défavorisé de Lima. Nous y observons le travail des micro-entrepreneurs qui, munis de leur tricycle à moteur, sillonnent la colline afin de procéder à la collecte des déchets. L’impact du travail de Ciudad Saludable est frappant: malgré la pauverté évidente et les habitations de fortunes,  nous visitons un quartier propre et parsemé de zones vertes dans lequel il est agréable de circuler.

Problématique & Contexte:

Au Pérou, la gestion des déchets est un problème majeur. Les fonds débloqués par les différents gouvernements à cet effet sont insuffisants et sont principalement concentrés sur les quartiers les plus riches. L’explosion démographique des villes principales du pays a également contribué à l’aggravation du phénomène. Les ménages à eux seuls produisent chaque jour plus de 20.000 tonnes de déchets. Parmis ces déchets, seulement 60% sont récoltés et 35% traités de manière adéquate. Dans les quartiers pauvres où des associations privées n’interviennent pas, certaines rues ressemblent dès lors à des décharges à ciel ouvert. L’air y est alors difficilement respirable, sans parler de l’impact de ces déchets sur l’hygiène et la santé des communautés.

Ce manque d’efficacité des services publics dans les quartiers défavorisés est principalement dû au manque d’intégration des populations les plus pauvres au sein du système légal et à l’incapacité du gouvernement à s’adapter à la situation. Souvent sans adresse déclarée et sans documents d’identité valables, l’Etat n’a alors pas l’opportunité d’exercer un contrôle sur ces contribuables et pense de plus que les pauvres ne sont pas en mesure de payer un service de récollection. Ces communautés se retrouvant dans une situation de «passagers clandestins», les municipalités n’ont pas suffisamment de moyens pour couvrir tous les quartiers et les déchets excédentaires s’accumulent alors rapidement dans différents endroits du quartier.

Les matières regroupées dans ces décharges en plein air représentent néanmoins une source de revenus pour les personnes les plus pauvres. Celles-ci, en s’improvisant « recicladores » (terme péruvien désignant une personne qui « fait les poubelles ») parcourent ces quartiers à la recherche de plastique ou de carton qu’ils peuvent revendre ensuite pour un faible revenu (+- 2$ par jour) à un intermédiaire qui fournira ces matières à une centrale de recyclage ou à une entreprise les utilisant comme matière première. Ces « recicladores » travaillent dans de très mauvaises conditions, sans gants, masques ou pantalons de protection. De plus, les « recicladores » sont régulièrement persécutés par les polices locales qui n’acceptent pas leur activité. Enfin, alors qu’ils travaillent seuls la nuit, les « recicladores » sont régulièrement victimes de la violence des bandes locales.

L’initiative:

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Pratiquement, Ciudad Saludable leur fournit de l’aide pour les démarches légales qu’impliquent la création d’entreprise, un soutien logistique et les aide à financer le matériel nécessaire à leur activité en leur donnant accès au microcrédit à des conditions très avantageuses. Ce modèle relativement simple a révolutionné la gestion des déchets au Pérou et amélioré les conditions de vie millions de personnes défavorisées.

L’organisation des « recicladores » possède différents avantages : tout d’abord, en regroupant les fruits du travail de différents « recicladores », ils rassemblent une plus grande quantité de déchets qui peuvent alors directement être revendus à des entreprises de recyclage sans utiliser d’intermédiaires leur permettant d’obtenir un prix bien plus intéressant. Cet effet de quantité est encore accentué par l’aide que Ciudad Saludable apporte à ses « recicladores » afin qu’ils utilisent du matériel permettant d’accroître leur productivité. Ciudad Saludable encourage ses « recicladores » à s’équiper de camions, motos… permettant de récolter les déchets de manière plus efficace.

Ensuite, en fournissant un équipement adéquat (casque, gants, bleu de travail) à ses « recicladores », Ciudad Saludable leur permet de récolter les déchets dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité et leur permet d’exercer ce travail dans une plus grande dignité. Ciudad Saludable accorde une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. C’est pourquoi, ceux-ci doivent se procurer le matériel de travail adéquat qu’ils peuvent acheter grâce à un système de microcrédits développé collaboration avec la Scotia Bank. Ils ne sont donc pas assistés mais s’achètent eux-mêmes les outils leur permettant d’améliorer leur condition.

Sur le terrain, les micro-entreprises récoltent les déchets dans les maisons ayant accepté de cotiser pour les services de Ciudad Saludable. Le coût de la cotisation est de 4 soles (1€) par mois.. Afin que les personnes vivant dans les quartiers défavorisés acceptent de contribuer, Ciudad Saludable effectue un travail de sensibilisation important en insistant l’intérêt de la collection des déchets et l’impact positif qu’un quartier propre a sur la santé des enfants. Ciudad Saludable récompense les payeurs réguliers notamment  en plant des arbres aux abords de leurs maisons afin de rendre leurs quartiers plus agréables. Aujourd’hui, le taux de paiement dans les quartiers où Ciudad Saludable est actif dépasse les 60% et ce nombre est en constante augmentation.

La création et l’assistance des micro-entreprises est le programme principal de Ciudad Saludable. Cependant, Ciudad Saludable possède également d’autres secteurs d’activité : ils offrent des services de conseil à différentes villes péruviennes afin de les aider à améliorer leur gestion des déchets. Ciudad Saludable a également créé un programme innovant permettant de produire du gaz pour les familles n’ayant pas accès à l’électricité à partir d’excréments de porcs qui se nourrissent de déchets alimentaires.

Enfin, Ciudad Saludable a développé un master en gestion environnementale en collaboration avec « l’universidad Catolica » à Lima. Albina Ruiz et certains de ses collaborateurs y donnent différents cours afin de généraliser les solutions de gestion des déchets.

A moyen terme, l’objectif d’Albina Ruiz est de répliquer son modèle de micro-entreprises dans toutes les villes du Pérou et dans différents Etats d’Amérique du Sud. Profondément marquée par un récent voyage en Inde, Albina Ruiz a également comme priorité et ambition d’adapter son modèle à ce pays.

L’entrepreneur:

Albina Ruiz, fondatrice de Ciudad Saludable, a grandi dans la jungle péruvienne. A 18 ans, lorsqu’elle se rend à Lima afin d’y poursuivre ses études universitaires, elle est profondément choquée par la quantité de déchets ornant les rues et la pollution ambiante. Elle décide alors de combattre ce fléau et lance au sein de l’université des campagnes de nettoyage. A la fin de ses études d’ingénieur industriel, elle consacre son mémoire à la création de micro-entreprises et à la gestion environnementale dans les quartiers pauvres de Lima. Ce mémoire, suscitera beaucoup d’enthousiasme au sein du corps académique et elle décide alors de mettre la théorie en pratique en créant Ciudad Saludable. Son modèle et ses innovations ont été maintes fois reconnus et récompensés ; Albina a été élue « Schwab Social Entrepreneur of the World Economic Forum », elle a reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » et elle est également fellow d’Ashoka.

Impact social:

Les 13 micro-entreprises lancées par Ciudad Saludable emploient aujourd’hui 150 personnes. En collectant les déchets et en favorisant l’adoption de comportements respectueux de l’environnement, ces différentes microentreprises ont à ce jour amélioré les conditions de vie de 4 millions de personnes.

Ciudad Saludable opère dans 60 municipalités du Pérou, permettant de ramasser et de trier 100% des déchets dans les quartiers où les micro-entreprises sont présentes.

Le travail de Ciudad Saludable a une influence considérable sur le gouvernement péruvien. L’entreprise à collaboré à la formulation de la Loi Générale sur les Déchets Solides et à sa réglementation. Il s’agit d’une qualité essentielle chez les entrepreneurs sociaux qui cherchent à changer les mentalités et générer des progrès durables.

Grâce au Master de gestion environnementale, plus de 5000 étudiants ont déjà obtenu leur maîtrise dans le domaine et possèdent à leur tour les compétences pour être les acteurs du changement environnemental initié par Albina Ruiz.

Impact financier:

Les micro-entreprises sont gérées par des personnes défavorisées vivant dans les quartiers où elles opèrent. Ces personnes n’ont généralement pas accès aux crédits des banques classiques et sont alors dans l’impossibilité de financer l’achat de matériel supplémentaire.

Pour remédier à ce problème et leur donner accès au capital, Ciudad Saludable a développé un programme de microcrédit avec la banque canadienne Scotia Bank. Les taux d’intérêt pratiqués par les institutions de microcrédit oscillent habituellement entre 30 et 40% annuellement, ce qui paraissait trop élevé aux yeux d’Albina Ruiz. Elle a donc créé un fonds spécial pour lequel Ciudad Saludable se porte garant grâce à une garantie de 30.000 euro déposée à la Scotia Bank. Ayant la garantie d’être remboursée et n’ayant pas à assurer le suivi des prêts, Scotia Bank peut se permettre d’offrir des crédits à un taux de 12% annuel, nettement inférieur aux pratiques courantes.

Dans son processus de développement, Ciudad Saludable a obtenu, en 2006, 615 000 dollars de la part de la Skoll Foundation après avoir reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » récompensant la qualité des innovations d’Albina. Ce don a permis à Ciudad Saludable de donner de l’ampleur à ses actions. Entre autres, cela leur a donné la possibilité d’améliorer la qualité de leur soutien aux micro-entreprises et d’accélérer son processus d’expansion aux différents pays d’Amérique du Sud.

Ciudad Saludable, en développant un système innovant qui intègre des composantes complémentaires telles que la microfinance et la formation universitaire a relevé le défi de créer une “Ville Saine”. En s’entourant d’un management compétant et optimiste, Albina Ruiz souhaite continuer d’étendre son impact au Pérou et d’exporter son modèle à l’étranger.

Fair Street et la microfinance

juillet 14, 2009 | Comments Off | FairExchange

L’objectif de Fair Street étant de mettre en avant une finance éthique et responsable, il était évident de s’intéresser au cas de la microfinance qui est l’une des activités financières qui a le mieux contribué à la réduction de la pauvreté lors des trois dernières décennies. Réduite à son expression la plus simple, la microfinance est « l’accès au capital des communautés les plus vulnérables ». A l’heure actuelle, près de 10 000 institutions de microcrédit servent 130 millions de personnes pour un encours total de 30 milliards d’euros. Avec un marché potentiel constitué par les 4 milliards d’individus qui vivent avec moins de 3 euros par jour, les possibilités de croissance sont encore très importantes.

En attribuant des prêts de faible montant à des entrepreneurs ou des artisans qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques, la microfinance permet de concrétiser des microprojets favorisant ainsi l’activité et la création de richesse dans les pays en voie de développement. Fondée sur des principes simples mais efficaces et responsables, l’activité de microcrédit est considérée comme l’un des moteurs majeurs de l’économie de ces pays.

Suivant le mode de fonctionnement des institutions ainsi que les régions et zones dans lesquelles elles sont actives, le montant des micro-crédits peut varier d’environ 100 à 2000 euros. Aujourd’hui l’activité des IMF’s ne se limite plus au crédit, mais comprend différents services financiers allant de l’épargne à la micro-assurance et même aux cartes de crédit ; d’où l’évolution du terme microcrédit à microfinance.

En participant directement au développement économique et social de populations défavorisées, la microfinance est un très bon exemple du message que veut véhiculer Fair Street. Dans le cadre de Fair Street, le cas de la microfinance est étudié sous 2 points de vue différents:

- Premièrement comme un domaine de l’entrepreneuriat social. L’entrepreneur social le plus illustre est sans nul doute le prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus fondateur de la Grameen bank qui, en créant la première institution de microcrédit, est parvenu à concilier intérêts économiques et sociaux. Le succès de son modèle a incité d’autres personnes à le répliquer aux quatre coins du globe. Fair Street a visité une institution de microfinance active en Bolivie qui sera l’objet du prochain reportage.

- Deuxièmement, la microfinance et l’entrepreneuriat social sont 2 activités qui aujourd’hui sont en train de converger. Plusieurs entrepreneurs sociaux collaborent avec des institutions de microfinance afin d’étendre l’impact social de leurs innovations. Cette collaboration peut prendre plusieurs formes. Tout d’abord, certains entrepreneurs sociaux collaborent avec des institutions de microfinance afin de profiter de leurs réseaux de distribution. C’est par exemple le cas de Sobre la Roca, qui vend une partie de ses fours solaires via une institution de microfinance. Cette institution accorde des crédits aux populations rurales de Bolivie afin de les aider à financer l’achat du four solaire. La microfinance peut également être à l’origine d’un système de micro-franchise en finançant plusieurs petites entreprises (les franchisées) dont les activitées sont centralisées par une organisation « mère ». D’autres formes de collaborations existent et c’est pourquoi de nombreux acteurs voient un potentiel énorme dans cette association.

Avec l’apparition de nouvelles approches et la diversification des activités, la microfinance, comme toute activité en pleine croissance fait face à différents défis. Le plus important d’entre eux étant d’éviter le surendettement des populations à qui elle s’adresse. En effet, si comme dans le cas de Sobre la Roca, l’octroi de crédit à la consommation peut avoir un effet positif sur la qualité de vie des gens à la base de la pyramide, le surendettement de ces personnes peut faire disparaître les nombreux progrès économiques et sociaux initiés par la microfinance. Il est donc essentiel que l’accent continue à être mis sur des prêts destinés à financer des activités génératrices de revenu.

Dans cette optique, les IMF’s en collaboration avec les gouvernements et les organes de régulation travaillent à l’établissement de pratiques de bonne et mauvaise gouvernance. Plusieurs pays ont par exemple mis en place des bureaux de crédits nationaux destinés à surveiller le niveau d’endettement de la clientèle des institutions de microfinance.

Ces différentes questions et les initiatives qu’elles suscitent sont indissociables de l’évolution de la microfinance et elles font partie d’un sain processus de maturation. La microfinance est un outil financier extraordinaire au service du développement économique de populations en voie de développement. En offrant à des millions de microentrepreneurs l’occasion de développer une activité professionnelle, elle constitue un levier puissant pour leur épanouissement et leur intégration dans la vie économique. Les réflexions visant à déterminer les meilleures pratiques sont donc indispensables.

Sources :

www.lamicrofinance.org

www.blueorchard.com

Ce dimanche 5 juillet Fair Street a participé à l’émission “Les Belges du Bout du Monde” présentée par Adrien Joveneau et diffusée sur La Première. Cette émission qui vise à partager les expériences de belges vivant aux quatre coins du globe a consacré son programme de ce dimanche à Fair Street et à l’entrepreneuriat social.

Nous avons enregistré l’émission depuis Cusco au Pérou en compagnie du professeur Jacques Defourny, directeur du centre d’Economie Sociale de la HEC Management School de Liège et spécialiste de l’entrepreneuriat social, qui a apporté son éclairage théorique sur les différents sujets que nous abordons dans Fair Street.

Nous en profitons pour remercier Guy Vanackeren qui a mis les locaux de son agence de voyage “Aventura Latina Americana” à notre disposition afin que nous puissions participer à l’émission dans les meilleures conditions.

Pour écouter le podcast de l’émission, cliquez ici

Coronilla: Le reportage vidéo!

juin 28, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Coronilla est une entreprise basée à Cochabamba en Bolivie qui produit des pâtes et des snacks sans gluten. L’objectif de Coronilla est d’avoir un impact positif sur tous les acteurs de sa chaîne de production. Pour ce faire, elle achète ses matières premières à des prix équitables auprès de producteurs locaux, sa main d’œuvre est constituée à 75% de femmes et à 10% de personnes à capacité réduites et offre des conditions de travail optimales. Découvrez l’interview de Martha Wille, l’entrepreneur qui a insufflé sa fibre sociale à Coronilla.

Pour plus d’info, lisez le profil de Coronilla

Fair Street - Coronilla from Angalio Productions on Vimeo.

Après l’extraordinaire découverte des fours solaires, Fair Street a réalisé un deuxième reportage dans la ville de Cochabamba, Bolivie. Nous avons eu la chance de rencontrer Martha Wille, qui est à la tête d’une entreprise familiale créée il y a plus de 40 ans. Martha s’est lancée dans l’ambitieux projet de démontrer que l’activité d’une entreprise peut bénéficier à tous les acteurs de la chaîne de production.

Problématique & Contexte :

Les problématiques sociales auxquelles s’intéresse Coronilla sont directement liées à la situation politique et sociale de la Bolivie. Bien qu’une progressive ouverture à l’économie de marché durant les années 90 ait amélioré la situation économique du pays, la Bolivie reste aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud avec d’importantes inégalités entre milieux urbains, où 60% de la population est pauvre, et ruraux où ce chiffre s’élève à 80%.

L’un des problèmes sociaux majeur de la Bolivie réside dans les conditions de vie des populations amérindiennes qui constituent pourtant la majorité de la population. L’accession d’Evo Morales au pouvoir suscite beaucoup d’espoirs au sein de cette tranche de la population bolivienne. Néanmoins, beaucoup vivent encore dans des conditions très précaires. C’est le cas notamment des habitants de l’Atiplano bolivien, région de hauts plateaux située à plus de 3000m d’altitude. Les habitants de l’Altiplano vivent essentiellement de l’agriculture qui est le premier secteur d’activité du pays. Vivant dans des régions reculées et produisant à petites échelles, leur pouvoir de négociation sur les acheteurs est réduit. Leurs revenus sont donc en général irréguliers et faibles.

Si c’est le cas dans de nombreux pays pauvres, la situation des femmes est particulièrement préoccupante en Bolivie. Dans les années 90, ce problème était même décrit comme l’un des fléaux du pays. Une étude réalisée en 1994 montra que près de 70% des femmes y étaient victimes de violence conjugales. Aujourd’hui encore, les femmes souffrent d’importantes discriminations par rapport aux hommes. Leur principale occupation étant la gestion du ménage, elles ont un pouvoir économique limité et sont totalement dépendantes de leur mari. Cette isolation, conjuguée à la violence conjugale empêche les femmes de prendre part au développement car elles sont trop occupées à se défendre. À l’origine de la marginalisation des femmes se trouve le faible niveau d’instruction qui limite leurs possibilités d’émancipation.

Depuis une dizaine d’années, la situation des femmes est néanmoins devenue une préoccupation grandissante en Bolivie et de nombreuses initiatives et lois visant à améliorer leurs droits ont vu le jour.

L’entreprise :

Fondée en 1972 par Guillermo Wille, Coronilla est à l’origine une entreprise productrice de pâtes. Au milieu des années 90, alors que le marché à l’exportation se contracte considérablement, l’entreprise est au bord de la faillite. Martha Wille, fille de Guillermo Wille, relance l’entreprise en diversifiant la ligne de produits. Bien que Guillermo Wille ait toujours cherché à instaurer différentes normes sociales au sein de son entreprise, c’est avec Martha que commence la deuxième vie de Coronilla en tant qu’entreprise sociale. Aujourd’hui l’entreprise produit des pâtes et des snacks faits à partir de quinoa et d’une traditionnelle céréale andine qui les rend libres de tout gluten.

Coronilla cherche à lutter contre la pauvreté en ayant un impact social positif sur les différents acteurs de sa chaine de valeur. Alors que la Responsabilité Sociétal d’Entreprise (RSE) est un concept très peu développé en Amérique du sud et encore moins en Bolivie, Coronilla se veut précurseur. L’entreprise achète ses ingrédients (quinoa, riz,…) directement auprès de producteurs de l’Altiplano bolivien vivant dans des conditions très précaires, négocie directement dans la langue de ces populations (le Quechua ou l’Aymara) et leur offre de la stabilité dans les prix.

Les employés sont également une composante extrêmement importante de l’entreprise. 75% des employés sont des femmes et 10% du personnel est constitué de personnes à capacités réduites. Les conditions de travail sont optimales en termes d’hygiène et de sécurité. L’entreprise donne également l’opportunité à certains de ses employés de suivre des études ou des formations complémentaires. Enfin, Coronilla offre un appui aux familles pour la scolarisation de leurs enfants.

Étant donné le peu de demande pour des produits bios en Bolivie, Coronilla s’est tournée vers l’exportation. Aujourd’hui, l’entreprise exporte dans près de 11 pays en Amérique du Nord en Europe et en Océanie.

L’entrepreneur:

Fille de Guillermo le fondateur de Coronilla, Martha Wille a conservé les convictions sociales de son père et les a intégrées aux principes de l’entreprise familiale. En tant que dirigeante d’une entreprise familiale et extrêmement soucieuse du bien être de ses employés, Martha veut que chaque employé se sente part de la famille et qu’il s’y sente bien.

Après avoir été élue entrepreneur social de l’année en 2005, par la Schwab Fondation, Martha fut invitée au forum économique de Davos où elle a rencontré de nombreux autres entrepreneurs sociaux. Suite à l’échange d’idées favorisé par ce genre de rencontres, Martha veut aujourd’hui lancer une fondation, « la Fondation Guillermo Wille », qui doit permettre de répliquer le modèle de Coronilla en conseillant d’autres entreprises en Bolivie et en les incitant à développer des programmes de RSE.

Impact Social:

En achetant ses ingrédients auprès de ses producteurs selon des normes de commerce équitable, Coronilla fournit une source de revenu régulière à 1500 familles et leur permet de maintenir un certain niveau de vie.

Comme nous l’a confié Martha lors de l’interview, en offrant un environnement de travail respectueux et épanouissant, l’entreprise cherche à avoir un effet positif sur la vie de famille de ses 65 employés. Après que le chef de production ait remarqué qu’une employée avait développé une aptitude à résoudre les problèmes techniques qui intervenaient sur la chaîne de production, l’entreprise l’a incitée à suivre un programme de 2 ans en ingénierie. Aujourd’hui, cette employée a vu son salaire considérablement augmenter ce qui lui a notamment permis de financer l’éducation de ses enfants.

L’autonomie économique acquise par les femmes travaillant chez Coronilla facilite leur émancipation.

Impact financier:

Depuis 1997, deux organisations ont contribué au développement de Coronilla.

La première, SEAF (Small Enterprise Assistance Fund), a investi 400 000$ (mix de capital et de dette) via son fond « Fondo Capital Activo de Bolivia », afin de financer les besoins en fond de roulement de l’entreprise. Au-delà de l’apport en capital, le soutien de SEAF a permis à Coronilla d’améliorer ses procédures comptables et de se transformer en société anonyme. SEAF a essentiellement participé à la professionnalisation de l‘entreprise. Coronilla a racheté les parts de SEAF en 2004.

Bien que SEAF ait joué un rôle important dans le développement de l’entreprise, en 2004, Coronilla n’utilisait que 20% de ses capacités de production et l’entreprise avait besoin de capital pour continuer à grandir. Coronilla a alors obtenu un prêt de 350 000€ de l’organisation hollandaise Cordaid. Ce prêt a permis à Coronilla de doubler ses exportations la même année. Aujourd’hui, les exportations de Coronilla atteignent près d’1 million $ tout en utilisant 50% de ses capacités de production. Si l’entreprise a connu une belle croissance depuis 5 ans, elle bénéficie encore d’une importante marge de progression qui devra lui permettre de davantage répartir ses coûts fixes et d’augmenter sa marge bénéficiaire.

En continuant à créer de la valeur pour chacun des acteurs (producteurs, employés, actionnaires et clients), Martha Wille est convaincue que Coronilla est appellée à devenir une entreprise majeure en Bolivie.

Fair Street met en avant le rôle de la finance dans le développement d’entreprises sociales. S’il existe des entrepreneurs sociaux depuis longtemps, leur développement et leur influence a fortement augmenté au cours des 3 dernières décennies.

Ceci est notamment dû au fait que de nombreuses personnes et plusieurs organisations, convaincues du potentiel de ces individus hors du commun, les soutiennent afin d’accroître leur impact et propager leurs innovations.

Ashoka fut la première et est aujourd’hui la plus importante organisation à soutenir les entrepreneurs sociaux.

Ashoka est une organisation internationale à but non lucratif et indépendante, qui a pour objectif de contribuer à la structuration et au développement du secteur de l’entrepreneuriat social au niveau mondial. Ashoka a été créée en 1980, en Inde, par Bill Drayton. Activiste depuis sa jeunesse, Bill Drayton a insufflé sa philosophie et sa fibre sociale à Ashoka ; il est persuadé que l’économie a besoin du dynamisme et des innovations des entrepreneurs sociaux afin de concevoir le développement économique et social sur le long terme. Selon Bill Drayton, “les entrepreneurs sociaux ne se contentent pas de donner un poisson ou d’enseigner comment pêcher. Ils ne sont satisfaits que lorsqu’ils ont révolutionné toute l’industrie de la pêche”.

Guillermina Lazzaro, directrice d’Ashoka pour la région Cono Sur (Argentine, Chili et Uruguay) a accepté de recevoir Fair Street à Buenos Aires afin de nous expliquer en détails la vision d’Ashoka et les principaux défis auxquels les entrepreneurs sociaux font face.


Fair Street - Ashoka Cono Sur from Angalio Productions on Vimeo.