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CRECER: Le reportage vidéo!

juillet 11, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

CRECER (”Credito Con Educacion Rural”) est une institution de microfinance, basée à La Paz, qui se focalise principalement sur le développement des populations rurales de Bolivie. Fonctionnant selon le modèle de “Village Bank”, CRECER offre à la fois des services financiers et des programmes d’éducation aux femmes les plus pauvres de Bolivie. Touchant plus de 97.000 personnes, CRECER souhaite construire un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés.

Pour plus d’info, lisez le profil de CRECER

Fair Street - Crecer from Angalio Productions on Vimeo.

Notre sixième visite d’entreprise se déroule à la Paz, en Bolivie, où nous avons été incroyablement reçus par l’institution de microfinance CRECER. Après une interview passionnante avec la direction de CRECER, nous nous sommes rendus à « El Alto », partie la plus pauvre de La Paz, afin de rencontrer des microentrepreneurs et d’observer sur le terrain le travail et l’impact de l’institution qui les soutient.

Problématique et Contexte:

Au même titre que l’éducation ou l’accès aux soins de santé déjà évoqués précédemment dans le projet Fair Street, l’accès au capital est un élément fondamental permettant aux populations les plus marginalisées de sortir de la pauvreté. Alors qu’habituellement, la plupart des personnes « à la Base de la Pyramide » désirant entreprendre sont dépendantes d’usuriers imposant des taux d’intérêts avoisinant les 10% par mois, l’octroi de crédits à des taux d’intérêts décents leur permet d’imaginer un futur prospère et une croissance durable de leur activité.

Avant l’invention du microcrédit à la fin des années 1970, les populations les plus pauvres des pays en voie de développement ne pouvaient avoir accès au crédit traditionnel faute de pouvoir remplir les conditions exigées par les institutions financières (documents d’identification, garanties, dépôt minimum etc.). De plus, leurs besoins financiers étaient trop limités pour pouvoir couvrir les coûts d’une opération financière “classique”. En conséquence, ces personnes ne constituaient pas un marché suffisamment attractif. Pourtant, dans la plupart des cas, ces personnes possédaient une petite activité génératrice de revenus et se trouvaient dans l’impossibilité de la développer par simple manque de capital.

En Bolivie, où 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté, cela signifie que plus de la moitié des habitants du pays ne pouvait espérer voir son activité économique s’agrandir, ce qui constituait un coût d’opportunité énorme pour le pays.

L’émergence du microcrédit a permis à ces familles pauvres d’avoir enfin accès à de petits crédits. Alors que les banques traditionnelles avaient toujours considéré les populations les plus pauvres comme étant insolvables, les taux de remboursement s’avérèrent en fait très élevés, avoisinant les 95%. En parvenant à générer un impact social positif tout en étant également rentable, ce secteur a connu une croissance fulgurante au cours des dernières décennies. La microfinance s’est en effet élargie pour proposer aujourd’hui une gamme de services financiers très diversifiés (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent etc.) à tous ceux qui sont exclus du système financier classique.

La microfinance cible principalement les femmes, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il a été prouvé que l’impact sur l’ensemble de la famille est plus élevé lorsque le prêt est accordé à la femme. Ensuite, comme nous l’avons déjà mentionné lors du reportage sur Coronilla, la discrimination envers les femmes est un phénomène très présent en Bolivie. Alors que ce sont elles qui gèrent le ménage, elles sont encore l’objet de nombreuses violences domestiques et ne jouissent pas encore du même niveau de reconnaissance que les hommes. S’il est très encourageant de voir que cette situation a connu une amélioration significative durant ces dernières années, de nombreux progrès doivent encore être réalisés.

L’entreprise:

CRECER (”Credito Con Educación Rural”) est une institution de microfinance qui se focalise principalement sur le développement des populations rurales de Bolivie. A l’heure actuelle, l’entreprise compte plus de 90.000 clients dans les différents départements boliviens. Cette Institution de MicroFinance (IMF) fonctionne sur le modèle du “Village Banking”.

Concrètement, ce modèle implique que CRECER travaille avec des “bancos comunales” (banques de village) constituées de groupes comprenant 8 à 30 femmes. Les crédits que CRECER accorde à ces “bancos communales” peuvent s’élever jusqu’à 800$ mais tournent en général aux alentours de 300 à 400$. Les membres du groupe sont les propres gestionnaires du crédit qui leur est accordé ; elles se répartissent ces crédits suivant leurs besoins. Cependant, bien que les femmes se partagent le prêt entre elles, c’est tout le groupe qui en est responsable.

Parallèlement aux opérations bancaires, l’innovation qui fait la particularité de CRECER (même si ce n’est pas la seule IMF à fonctionner comme cela) est qu’ils associent à leurs services financiers, un programme d’éducation. Toutes les femmes à qui les crédits sont octroyés reçoivent non seulement une formation sur la gestion de leurs petites entreprises mais également sur d’autres aspects de la vie quotidienne tels que la santé, l’éducation des enfants, les droits de la femme,…

Cette combinaison de services financiers et d’éducation est au cœur du modèle de CRECER. Ils sont convaincus que l’association de ces 2 activités est le meilleur moyen pour atteindre un développement rural durable. De plus, par rapport à leur business model, ils sont convaincus que proposer un programme d’éducation leur permet d’obtenir de meilleurs taux de remboursement.

Au sein de ses services financiers, CRECER offre également des crédits individuels et des micro-assurances qui ont connu un franc succès dernièrement. CRECER accorde une grande importance aux services d’épargne ; les membres des « bancos communales » doivent en effet obligatoirement épargner une partie des revenus générés afin qu’à la fin du cycle du crédit elles aient mis entre 20 et 50% du montant total du crédit de côté. Cette obligation d’épargne répond à 2 objectifs: d’une part, cela constitue une forme d’assurance supplémentaire pour CRECER de se voir remboursé et, d’autre part, cela permet d’enseigner aux femmes à mieux gérer leur patrimoine.

Impact social:

CRECER, en fournissant du crédit à plus de 97.000 familles a eu différents impacts positifs.

Tout d’abord, en offrant des services de crédits mais également des services d’assurance santé et d’assurance vie, CRECER permet aux plus démunis d’être moins vulnérables aux chocs extérieurs. En effet, ces populations sont particulièrement sensibles à des évènements tels que la maladie de la personne qui fait vivre la famille, une catastrophe climatique, le vol,…ceux-ci ayant des conséquences immenses sur les familles étant donné leurs ressources financières limitées. Sans des services financiers efficaces, ces familles sont amenées à un niveau de pauvreté dont elles peuvent mettre des années à se remettre. Les services qu’offrent CRECER représentent donc souvent une “bouée de sauvetage” pour ces familles qui leur permet de faire face aux possibles coups durs de manière plus sereine.

Ensuite, en permettant à des milliers de femmes de devenir des agents économiques, CRECER leur permet de prendre confiance, de s’épanouir, de s’affirmer et d’augmenter leur influence au sein de la société.

En offrant du crédit, CRECER aide les plus pauvres à développer une entreprise et donc à augmenter les revenus qu’ils en tirent ce qui leur permet d’améliorer leurs conditions de vie. Les femmes possèdent donc une sécurité alimentaire accrue, peuvent offrir une meilleure éducation à leurs enfant et de manière générale ont de beaucoup plus grandes chances de sortir de la pauvreté.

En associant ses services financiers à des services d’éducation, CRECER augmente le savoir de nombreuses femmes en Bolivie ce qui a des conséquences positives sur la manière dont elles gèrent leur ménage et dont elles éduquent leurs enfants. Les formations sur l’épargne combinées à l’obligation d’épargner au moins 20% du montant du prêt sensibilisent les femmes à ce sujet et les forcent à gérer leur budget de manière prudente.

Enfin, au niveau macro-économique, les actions de CRECER stimulent également la création d’emploi et donc l’intégration de nouvelles personnes au sein du système économique.

Impact financier :

Comme la plupart des institutions de microfinance, CRECER bénéficie du soutien de plusieurs acteurs financiers. Généralement, ces institutions financières sont des acteurs du “nord” qui veulent financer des IMF’s du “sud”. Ce type d’investissement est en pleine croissance ; le taux de remboursement quasi parfait et la gestion professionnelle des IMF’s représentent des éléments attractifs pour les investisseurs. De plus, la faible quantité d’intermédiaires permet de générer un impact direct sur l’amélioration des conditions de vie des personnes à la Base de la Pyramide.

CRECER bénéficie du soutien de nombreux fonds d’investissement (Oikocredit, Incofin, Alterfin, Blue Orchard,…) mais Fair Street s’est focalisé sur le soutien financier qu’ils ont reçu d’Alterfin, une organisation belge, et de Blue Orchard, une organisation suisse. Alors que le marché à servir pour CRECER est immense et les besoins de développement des pauvres pressants, le soutien d’institutions telles qu’Alterfin et Blue Orchard permet à CRECER de croître très rapidement et de répondre à un plus grand nombre de clients sans mettre en péril sa solidité. Au sein de CRECER, l’impact des fonds est considérable ; on estime que chaque prêt de 500.000$ permet de toucher 1.200 familles supplémentaires.

Alterfin est un fonds d’investissement social belge qui investit majoritairement dans des IMF’s mais également dans des coopératives. Alterfin a accordé un premier crédit de 600.000$ et un deuxième de 700.000$ tous deux au taux libor + 3%. Alterfin fut une des premières institutions à soutenir CRECER.

Blue Orchard est la plus grande institution de financement des IMF’s au monde et est basée à Genève. Blue Orchard a investi récemment dans CRECER via un prêt d’environ 2.000.000$ qui est le plus gros prêt reçu par CRECER. Ce prêt a une maturité de 3 ans. Etant donné la taille de l’institution et l’importance de ses prêts, CRECER espère pouvoir continuer à développer sa collaboration avec Blue Orchard dans le futur.

Au fil des ans, CRECER est parvenu à se positionner comme une institution solide et professionnelle. Ayant reçu un rating A- tout en ayant un impact social considérable, elle représente une cible très attractive pour les fonds cités ci-dessus. CRECER offrira bientôt un service de cartes de crédit et sera entièrement habilitée à gérer et faire fructifier l’épargne de ses clients afin de construire un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés.

Après l’extraordinaire découverte des fours solaires, Fair Street a réalisé un deuxième reportage dans la ville de Cochabamba, Bolivie. Nous avons eu la chance de rencontrer Martha Wille, qui est à la tête d’une entreprise familiale créée il y a plus de 40 ans. Martha s’est lancée dans l’ambitieux projet de démontrer que l’activité d’une entreprise peut bénéficier à tous les acteurs de la chaîne de production.

Problématique & Contexte :

Les problématiques sociales auxquelles s’intéresse Coronilla sont directement liées à la situation politique et sociale de la Bolivie. Bien qu’une progressive ouverture à l’économie de marché durant les années 90 ait amélioré la situation économique du pays, la Bolivie reste aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud avec d’importantes inégalités entre milieux urbains, où 60% de la population est pauvre, et ruraux où ce chiffre s’élève à 80%.

L’un des problèmes sociaux majeur de la Bolivie réside dans les conditions de vie des populations amérindiennes qui constituent pourtant la majorité de la population. L’accession d’Evo Morales au pouvoir suscite beaucoup d’espoirs au sein de cette tranche de la population bolivienne. Néanmoins, beaucoup vivent encore dans des conditions très précaires. C’est le cas notamment des habitants de l’Atiplano bolivien, région de hauts plateaux située à plus de 3000m d’altitude. Les habitants de l’Altiplano vivent essentiellement de l’agriculture qui est le premier secteur d’activité du pays. Vivant dans des régions reculées et produisant à petites échelles, leur pouvoir de négociation sur les acheteurs est réduit. Leurs revenus sont donc en général irréguliers et faibles.

Si c’est le cas dans de nombreux pays pauvres, la situation des femmes est particulièrement préoccupante en Bolivie. Dans les années 90, ce problème était même décrit comme l’un des fléaux du pays. Une étude réalisée en 1994 montra que près de 70% des femmes y étaient victimes de violence conjugales. Aujourd’hui encore, les femmes souffrent d’importantes discriminations par rapport aux hommes. Leur principale occupation étant la gestion du ménage, elles ont un pouvoir économique limité et sont totalement dépendantes de leur mari. Cette isolation, conjuguée à la violence conjugale empêche les femmes de prendre part au développement car elles sont trop occupées à se défendre. À l’origine de la marginalisation des femmes se trouve le faible niveau d’instruction qui limite leurs possibilités d’émancipation.

Depuis une dizaine d’années, la situation des femmes est néanmoins devenue une préoccupation grandissante en Bolivie et de nombreuses initiatives et lois visant à améliorer leurs droits ont vu le jour.

L’entreprise :

Fondée en 1972 par Guillermo Wille, Coronilla est à l’origine une entreprise productrice de pâtes. Au milieu des années 90, alors que le marché à l’exportation se contracte considérablement, l’entreprise est au bord de la faillite. Martha Wille, fille de Guillermo Wille, relance l’entreprise en diversifiant la ligne de produits. Bien que Guillermo Wille ait toujours cherché à instaurer différentes normes sociales au sein de son entreprise, c’est avec Martha que commence la deuxième vie de Coronilla en tant qu’entreprise sociale. Aujourd’hui l’entreprise produit des pâtes et des snacks faits à partir de quinoa et d’une traditionnelle céréale andine qui les rend libres de tout gluten.

Coronilla cherche à lutter contre la pauvreté en ayant un impact social positif sur les différents acteurs de sa chaine de valeur. Alors que la Responsabilité Sociétal d’Entreprise (RSE) est un concept très peu développé en Amérique du sud et encore moins en Bolivie, Coronilla se veut précurseur. L’entreprise achète ses ingrédients (quinoa, riz,…) directement auprès de producteurs de l’Altiplano bolivien vivant dans des conditions très précaires, négocie directement dans la langue de ces populations (le Quechua ou l’Aymara) et leur offre de la stabilité dans les prix.

Les employés sont également une composante extrêmement importante de l’entreprise. 75% des employés sont des femmes et 10% du personnel est constitué de personnes à capacités réduites. Les conditions de travail sont optimales en termes d’hygiène et de sécurité. L’entreprise donne également l’opportunité à certains de ses employés de suivre des études ou des formations complémentaires. Enfin, Coronilla offre un appui aux familles pour la scolarisation de leurs enfants.

Étant donné le peu de demande pour des produits bios en Bolivie, Coronilla s’est tournée vers l’exportation. Aujourd’hui, l’entreprise exporte dans près de 11 pays en Amérique du Nord en Europe et en Océanie.

L’entrepreneur:

Fille de Guillermo le fondateur de Coronilla, Martha Wille a conservé les convictions sociales de son père et les a intégrées aux principes de l’entreprise familiale. En tant que dirigeante d’une entreprise familiale et extrêmement soucieuse du bien être de ses employés, Martha veut que chaque employé se sente part de la famille et qu’il s’y sente bien.

Après avoir été élue entrepreneur social de l’année en 2005, par la Schwab Fondation, Martha fut invitée au forum économique de Davos où elle a rencontré de nombreux autres entrepreneurs sociaux. Suite à l’échange d’idées favorisé par ce genre de rencontres, Martha veut aujourd’hui lancer une fondation, « la Fondation Guillermo Wille », qui doit permettre de répliquer le modèle de Coronilla en conseillant d’autres entreprises en Bolivie et en les incitant à développer des programmes de RSE.

Impact Social:

En achetant ses ingrédients auprès de ses producteurs selon des normes de commerce équitable, Coronilla fournit une source de revenu régulière à 1500 familles et leur permet de maintenir un certain niveau de vie.

Comme nous l’a confié Martha lors de l’interview, en offrant un environnement de travail respectueux et épanouissant, l’entreprise cherche à avoir un effet positif sur la vie de famille de ses 65 employés. Après que le chef de production ait remarqué qu’une employée avait développé une aptitude à résoudre les problèmes techniques qui intervenaient sur la chaîne de production, l’entreprise l’a incitée à suivre un programme de 2 ans en ingénierie. Aujourd’hui, cette employée a vu son salaire considérablement augmenter ce qui lui a notamment permis de financer l’éducation de ses enfants.

L’autonomie économique acquise par les femmes travaillant chez Coronilla facilite leur émancipation.

Impact financier:

Depuis 1997, deux organisations ont contribué au développement de Coronilla.

La première, SEAF (Small Enterprise Assistance Fund), a investi 400 000$ (mix de capital et de dette) via son fond « Fondo Capital Activo de Bolivia », afin de financer les besoins en fond de roulement de l’entreprise. Au-delà de l’apport en capital, le soutien de SEAF a permis à Coronilla d’améliorer ses procédures comptables et de se transformer en société anonyme. SEAF a essentiellement participé à la professionnalisation de l‘entreprise. Coronilla a racheté les parts de SEAF en 2004.

Bien que SEAF ait joué un rôle important dans le développement de l’entreprise, en 2004, Coronilla n’utilisait que 20% de ses capacités de production et l’entreprise avait besoin de capital pour continuer à grandir. Coronilla a alors obtenu un prêt de 350 000€ de l’organisation hollandaise Cordaid. Ce prêt a permis à Coronilla de doubler ses exportations la même année. Aujourd’hui, les exportations de Coronilla atteignent près d’1 million $ tout en utilisant 50% de ses capacités de production. Si l’entreprise a connu une belle croissance depuis 5 ans, elle bénéficie encore d’une importante marge de progression qui devra lui permettre de davantage répartir ses coûts fixes et d’augmenter sa marge bénéficiaire.

En continuant à créer de la valeur pour chacun des acteurs (producteurs, employés, actionnaires et clients), Martha Wille est convaincue que Coronilla est appellée à devenir une entreprise majeure en Bolivie.

Sobre la Roca: La cuisine solaire

juin 12, 2009 | Comments Off | Entreprises

Notre premier reportage sur le sol bolivien se déroule à Cochabamba. Celui-ci a lieu plus tôt que prévu. Nous avons en effet dû changer notre itinéraire et rapidement nous rendre en Bolivie pour rencontrer Ruth Saavedra avant qu’elle ne se rende en voyage durant un mois. Cette interview fut extraordinaire: en plus d’interviewer Ruth, nous avons eu l’occasion d’assister à une démonstration du produit dans les campagnes reculées de Bolivie. Après 3 heures de trajet sur des chemins de terre, nous avons rejoint une communauté de mineurs où nous avons pu découvrir les nombreux avantages du four solaire.

Problématiques:

L’environnement: Les familles vivant en zones rurales n’ont souvent pas la chance de disposer d’un accès au gaz ou à l’électricité et se voient donc dans l’obligation d’utiliser le bois pour cuisiner. L’UNICEF estime que 80% de l’usage de bois dans les pays en développement sert à cuisiner, ce qui représente en moyenne 100 kg de bois par mois par famille. Cet usage intensif du bois, en plus d’émettre des gaz nocifs tels que le CO2, participe considérablement à la déforestation dans ces pays (10% de la déforestation pourrait être évité grâce à l’utilisation des fours solaires).

Émancipation de la femme: Cuisiner, cet acte indispensable et quotidien dans toutes les familles peut fortement compliquer la vie de la femme si celle-ci ne dispose pas d’une technologie appropriée. En effet, les femmes vivant dans des régions reculées se voient souvent dans l’obligation de marcher plusieurs heures par jour afin de ramener du bois. Cette tâche ardue les empêche de travailler et donc de participer à la vie économique et sociale.

Contexte:

En Bolivie, 40% de la population vit dans des zones rurales parfois très isolées et souffre donc d’un manque cruel de ressources énergétiques. L’accès aux technologies étant très limité, ces personnes à la base de la pyramide économique et sociale sont souvent forcées d’utiliser des techniques de cuisson très rudimentaires. L’altiplano bolivien, où se concentre l’activité de Sobre la Roca, bénéficie d’un climat propice à l’utilisation des énergies solaires ; il est situé à plus de 3000 mètres d’altitudes et jouit d’environ 300 jours de soleil par an.

L’entreprise:

Basée à Cochabamba en Bolivie, Sobre la Roca est une entreprise qui a été fondée en 1997 afin de fabriquer et distribuer des fours solaires aux paysans boliviens vivant principalement en zones rurales. Le four solaire est une petite caisse thermique, munie de miroirs qui projettent les rayons solaires à l’intérieur de la caisse. L’isolation du four permet de conserver la chaleur à l’intérieur lui permettant d’atteindre une température de 150° et donc, de cuire aisément toutes sortes d’aliments. Ce système innovant est très simple à construire et autorise Sobre La Roca à le vendre au prix abordable de 50 euros.

Sobre la Roca a également développé des activités complémentaires. Elle lance des campagnes de sensibilisation pour l’environnement et offre des formations ayant pour but de permettre une utilisation efficace du four solaire et d’améliorer les habitudes alimentaires des familles boliviennes. L’entreprise est en pleine phase d’expansion ; si Sobre la Roca a déjà vendu 5000 fours et éduqué plus de 2400 femmes, l’entreprise devrait atteindre le chiffre de 10.000 fours vendus en 2009.

L’entrepreneur:

Ruth Saaverda de Whitfield est un entrepreneur social bolivien vivant à Cochabamba. Elle a fondé Sobre la Roca il y a 12 ans. Dotée de fortes convictions environnementales et persuadée des perspectives d’avenir du four solaire, Ruth a entièrement dédié sa vie au développement de son entreprise. Les débuts de Sobre la Roca furent difficiles : Ruth n’a pas hésité à voyager dans les régions les plus reculées de Bolivie et à s’intégrer dans les communautés de paysans pour promouvoir son produit. En 2004, Lorsque l’entreprise est au bord de la faillite, Ruth et son mari ont consenti de nombreux sacrifices allant jusqu’à vendre leurs objets de mariage pour permettre à Sobre la Roca de survivre…

Impact social:

L’utilisation du four solaire contribue au développement environnemental, social, sanitaire et économique des populations rurales de Bolivie. Le four solaire favorise tout d’abord la protection de la nature. 500 cuisines solaires permettent de sauver 5500 hectares de forêt par an sans émettre la moindre émission de CO2. Ensuite, le temps que les femmes économisent en utilisant le four solaire les aide à s’émanciper économiquement et socialement. Elles peuvent en effet s’adonner à d’autres activités plutôt que de passer des heures à récolter du bois et à surveiller la cuisson de leurs plats. Enfin, cuisiner à l’aide de l’énergie solaire possède des vertus nutritives ; ce mode de cuisson permet de retenir plus de vitamines dans les aliments ce qui leur confère une valeur nutritive plus élevée.

Au-delà du produit, Sobre la Roca cherche également à avoir un impact social tout au long de la chaîne de production. Les éléments de base des fours solaires sont construits dans une prison de Cochabamba afin de favoriser la réinsertion sociale des prisonniers.

Impact financier:

Soutien d’E+CO: Ruth Saavedra a fondé Sobre la Roca avec ses fonds propres. Sa stratégie de départ était d’offrir aux paysans une dizaine de cuisines solaires afin de mesurer l’impact du produit et d’en faire la promotion. Elle a par la suite développé l’entreprise par financement interne ; les revenus générés par la vente des cuisines lui ont permis de croître mais à un rythme assez réduit. En 7 ans, Sobre la Roca a vendu 2500 cuisines. Au terme de ces 7 années, la situation financière de l’entreprise n’était plus tenable car elle devait renouveler ses infrastructures et ne disposait pas des capitaux nécessaires pour cela. Le fonds d’investissement américain « E+Co », convaincu du potentiel de Sobre la Roca et des énergies solaires, leur a octroyé un crédit de 20.000$ remboursable en 3 ans. Ce prêt a permis à Sobre la Roca d’augmenter ses capacités de production et de toucher un plus grand nombre de personnes. Le prêt a eu un impact déterminant: la production a augmenté de 300% et Sobre la Roca s’est convertie en une petite entreprise possédant ses propres infrastructures.

Utilisation de la microfinance: Le prix du four solaire est de 50 euros. Bien qu’abordable, ce montant reste parfois difficilement accessible pour les personnes à “la Base de la Pyramide”. Pour remédier à cela, Sobre la Roca, avec l’aide d’E+CO, a créé un fond qui lui permet d’octroyer des prêts de microcredit. Afin d’élargir son marché, Sobre la Roca est en train de créer une alliance stratégique avec l’institution de microfinance FIE qui, en profitant de son large réseau d’agences permettra l’accès au capital à un plus grand nombre de personnes et facilitera donc la distribution des fours solaires.


Sources :

Entretien réalisé avec Ruth Saavedra de Whitfield, fondateur de Sobre la Roca

www.solarcooking.org

www.adesolaire.org

www.eandco.net


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Notre itinéraire bolivien s’est soudainement modifié lorsque d’un bar wifi de Salta (en Argentine), nous décidons d’appeler Ruth Saavedra notre 4ème entrepreneur…  N’ayant plus de nouvelles de Ruth depuis plusieurs semaines, nous voulons nous assurer que notre visite est toujours d’actualité ! Lors d’un skype presque incompréhensible, nous parvenons tout de même à entendre: «me voy de viaje durante un mes en una semana » (je pars en voyage pendant un mois la semaine prochaine) ! La visite était initialement prévue 3 semaines plus tard, c’est-à-dire en plein milieu de son voyage…

Nous raccrochons assez anxieux… Les imprévus de voyage arrivent fréquemment mais nous ne voulons en aucun cas manquer la visite de cet entrepreneur !

Nous passons 15 minutes à discuter des différentes solutions. Ruth nous dit qu’elle part dimanche matin mais elle accepte de nous recevoir le vendredi. En faisant Tilcara-Cochabamba d’une traite et sans imprévu de voyage, on se rend compte que nous pouvons arriver le jeudi soir. Le timing est serré mais possible ! Le rendez-vous est donc fixé à vendredi matin 7h30 ; nous ne pouvons pas rater la moindre connexion de train et bus !

Vendredi matin 7h30, nous arrivons aux bureaux de Sobre la Roca, Ruth et Gerardo nous attendent dans leur 4×4 pour nous emmener présenter leur produit très particulier à une communauté de mineurs vivant dans les campagnes à 3 heures de Cochabamba….

A l’arrière du 4×4, nous réalisons à quel point ce projet nous permet de découvrir non seulement le travail des entrepreneurs sociaux mais également les réalités et les merveilles des pays que nous traversons… Ce trajet « hors des sentiers battus » nous emmène au cœur de la Bolivie réelle ! Pendant 2 heures, sur un chemin de terre, nous traversons des villages reculés et de somptueuses vallées arides où seules quelques cultures au bord de la rivière permettent aux habitants de s’auto-subvenir.

Finalement, grâce à de vagues indications de paysans, nous arrivons à notre destination : « el centro 4 rincones » (le centre des 4 coins). Il s’agit d’une coopérative de mineurs et paysans de la région qui se réunissent une fois par mois pour discuter de problématiques telles que la gestion des eaux, des terres, etc.  Aujourd’hui, l’un des thèmes de leur réunion sera l’éventuel achat du produit que l’équipe de Ruth est venue présenter.

Participer à cette réunion est une expérience mémorable… Dans un petit local, ils sont une 50aine de boliviens à débattre en quechua (langue natal des boliviens de la région de « l’altiplano ») des différents thèmes de la communauté, finalement à la fin de la réunion, le vote se fait à main levée.

Au terme d’un déjeuner dont nous nous souviendrons toute notre vie (vous découvrirez les raisons dans le profil de Sobre la Roca) nous reprenons la route à sens inverse pour retourner à Cochabamba où nous assistons à un discours inattendu du Président Evo Morales.

Nous resterons au total une semaine à Cochabamba, où nous rencontrerons également la 5ème entreprise… Cette ville aux multiples visages nous étonne par ses nombreux contrastes ; les places coloniales nous rappellent l’occupation espagnole tandis qu’autour se mélangent quartiers modernes et marchés typiques boliviens.

Suite à cette semaine intense, nous reprenons la route vers le sud de la Bolivie afin de nous rendre à Uyuni… Cochabamba-Oruro-Uyuni, voici l’itinéraire du jour ! L’essentiel est de ne pas rater le train Oruro-Uyuni car les départs se font une fois tous les 2 jours…

Cependant, face aux magnifiques vallées de « l’altiplano » ou aux troupeaux de lamas nous ne résistons pas à l’envie de nous arrêter pour immortaliser ces moments et réalisons qu’il devient de plus en plus difficile d’arriver à Oruro à 15h30 pour prendre notre train.

Nous arrivons aux guichets à 15h31 ! Le train est toujours là mais… démarre déjà ! Face à nos habitudes européennes, si le train est en marche, nous sommes persuadés de l’avoir raté… Pourtant le guichetier veut tout de même nous vendre le ticket… Nous ne comprenons pas trop, mais décidons d’acheter les tickets ! « Il faut présenter les passeports »… Le train prend de la vitesse…

Lorsque les tickets sont imprimés, des boliviens nous font signe de courir vers le train qui ne décide pourtant pas de s’arrêter… Nous courons donc à côté du dernier wagon avec nos 3 gros sacs, le contrôleur nous aide à lancer les sacs dans le train avant qu’à notre tour, nous puissions prendre le train en marche.

Nous reprenons finalement nos esprits dans le wagon bagages, en voyant cette petite gare qui s’éloigne, nous réalisons qu’à 10 secondes près, nous serions toujours sur le quai.

 En traversant le lac Poopó, nous observons le magnifique coucher de soleil qui nous mène vers notre prochaine destination : le Salar d’Uyuni…


Jo et Max

 

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