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Ciudad Saludable: Le reportage vidéo!

juillet 25, 2009 | Comments Off | Entreprises, Vidéos

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Créé par Albina Ruiz, Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Ceci permet de fournir du travail à plus de 150 personnes en accordant une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. En plus de former les micro-entrepreneurs, Ciudad Saludable leur fournit un soutien technique, légal et également financier grâce à un système innovant de microfinance. Face au succès de son modèle, Albina envisage actuellement de le répliquer dans d’autres pays tels que l’Inde.

Pour plus d’info, lisez le profil de Ciudad Saludable


Fair Street - Ciudad Saludable from Angalio Productions on Vimeo.

Notre reportage péruvien se déroule à Lima où nous rencontrons Albina Ruiz, la fondatrice et gérante de Ciudad Saludable. L’interview avec Albina se déroule dans un climat très décontracté et est déjà une expérience en soit, tant Albina nous impressionne par son dynamisme, sa bonne humeur et sa vision optimiste du futur. Suite à cette rencontre, nous nous rendons à « El Pino », un des quartiers les plus défavorisé de Lima. Nous y observons le travail des micro-entrepreneurs qui, munis de leur tricycle à moteur, sillonnent la colline afin de procéder à la collecte des déchets. L’impact du travail de Ciudad Saludable est frappant: malgré la pauverté évidente et les habitations de fortunes,  nous visitons un quartier propre et parsemé de zones vertes dans lequel il est agréable de circuler.

Problématique & Contexte:

Au Pérou, la gestion des déchets est un problème majeur. Les fonds débloqués par les différents gouvernements à cet effet sont insuffisants et sont principalement concentrés sur les quartiers les plus riches. L’explosion démographique des villes principales du pays a également contribué à l’aggravation du phénomène. Les ménages à eux seuls produisent chaque jour plus de 20.000 tonnes de déchets. Parmis ces déchets, seulement 60% sont récoltés et 35% traités de manière adéquate. Dans les quartiers pauvres où des associations privées n’interviennent pas, certaines rues ressemblent dès lors à des décharges à ciel ouvert. L’air y est alors difficilement respirable, sans parler de l’impact de ces déchets sur l’hygiène et la santé des communautés.

Ce manque d’efficacité des services publics dans les quartiers défavorisés est principalement dû au manque d’intégration des populations les plus pauvres au sein du système légal et à l’incapacité du gouvernement à s’adapter à la situation. Souvent sans adresse déclarée et sans documents d’identité valables, l’Etat n’a alors pas l’opportunité d’exercer un contrôle sur ces contribuables et pense de plus que les pauvres ne sont pas en mesure de payer un service de récollection. Ces communautés se retrouvant dans une situation de «passagers clandestins», les municipalités n’ont pas suffisamment de moyens pour couvrir tous les quartiers et les déchets excédentaires s’accumulent alors rapidement dans différents endroits du quartier.

Les matières regroupées dans ces décharges en plein air représentent néanmoins une source de revenus pour les personnes les plus pauvres. Celles-ci, en s’improvisant « recicladores » (terme péruvien désignant une personne qui « fait les poubelles ») parcourent ces quartiers à la recherche de plastique ou de carton qu’ils peuvent revendre ensuite pour un faible revenu (+- 2$ par jour) à un intermédiaire qui fournira ces matières à une centrale de recyclage ou à une entreprise les utilisant comme matière première. Ces « recicladores » travaillent dans de très mauvaises conditions, sans gants, masques ou pantalons de protection. De plus, les « recicladores » sont régulièrement persécutés par les polices locales qui n’acceptent pas leur activité. Enfin, alors qu’ils travaillent seuls la nuit, les « recicladores » sont régulièrement victimes de la violence des bandes locales.

L’initiative:

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Pratiquement, Ciudad Saludable leur fournit de l’aide pour les démarches légales qu’impliquent la création d’entreprise, un soutien logistique et les aide à financer le matériel nécessaire à leur activité en leur donnant accès au microcrédit à des conditions très avantageuses. Ce modèle relativement simple a révolutionné la gestion des déchets au Pérou et amélioré les conditions de vie millions de personnes défavorisées.

L’organisation des « recicladores » possède différents avantages : tout d’abord, en regroupant les fruits du travail de différents « recicladores », ils rassemblent une plus grande quantité de déchets qui peuvent alors directement être revendus à des entreprises de recyclage sans utiliser d’intermédiaires leur permettant d’obtenir un prix bien plus intéressant. Cet effet de quantité est encore accentué par l’aide que Ciudad Saludable apporte à ses « recicladores » afin qu’ils utilisent du matériel permettant d’accroître leur productivité. Ciudad Saludable encourage ses « recicladores » à s’équiper de camions, motos… permettant de récolter les déchets de manière plus efficace.

Ensuite, en fournissant un équipement adéquat (casque, gants, bleu de travail) à ses « recicladores », Ciudad Saludable leur permet de récolter les déchets dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité et leur permet d’exercer ce travail dans une plus grande dignité. Ciudad Saludable accorde une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. C’est pourquoi, ceux-ci doivent se procurer le matériel de travail adéquat qu’ils peuvent acheter grâce à un système de microcrédits développé collaboration avec la Scotia Bank. Ils ne sont donc pas assistés mais s’achètent eux-mêmes les outils leur permettant d’améliorer leur condition.

Sur le terrain, les micro-entreprises récoltent les déchets dans les maisons ayant accepté de cotiser pour les services de Ciudad Saludable. Le coût de la cotisation est de 4 soles (1€) par mois.. Afin que les personnes vivant dans les quartiers défavorisés acceptent de contribuer, Ciudad Saludable effectue un travail de sensibilisation important en insistant l’intérêt de la collection des déchets et l’impact positif qu’un quartier propre a sur la santé des enfants. Ciudad Saludable récompense les payeurs réguliers notamment  en plant des arbres aux abords de leurs maisons afin de rendre leurs quartiers plus agréables. Aujourd’hui, le taux de paiement dans les quartiers où Ciudad Saludable est actif dépasse les 60% et ce nombre est en constante augmentation.

La création et l’assistance des micro-entreprises est le programme principal de Ciudad Saludable. Cependant, Ciudad Saludable possède également d’autres secteurs d’activité : ils offrent des services de conseil à différentes villes péruviennes afin de les aider à améliorer leur gestion des déchets. Ciudad Saludable a également créé un programme innovant permettant de produire du gaz pour les familles n’ayant pas accès à l’électricité à partir d’excréments de porcs qui se nourrissent de déchets alimentaires.

Enfin, Ciudad Saludable a développé un master en gestion environnementale en collaboration avec « l’universidad Catolica » à Lima. Albina Ruiz et certains de ses collaborateurs y donnent différents cours afin de généraliser les solutions de gestion des déchets.

A moyen terme, l’objectif d’Albina Ruiz est de répliquer son modèle de micro-entreprises dans toutes les villes du Pérou et dans différents Etats d’Amérique du Sud. Profondément marquée par un récent voyage en Inde, Albina Ruiz a également comme priorité et ambition d’adapter son modèle à ce pays.

L’entrepreneur:

Albina Ruiz, fondatrice de Ciudad Saludable, a grandi dans la jungle péruvienne. A 18 ans, lorsqu’elle se rend à Lima afin d’y poursuivre ses études universitaires, elle est profondément choquée par la quantité de déchets ornant les rues et la pollution ambiante. Elle décide alors de combattre ce fléau et lance au sein de l’université des campagnes de nettoyage. A la fin de ses études d’ingénieur industriel, elle consacre son mémoire à la création de micro-entreprises et à la gestion environnementale dans les quartiers pauvres de Lima. Ce mémoire, suscitera beaucoup d’enthousiasme au sein du corps académique et elle décide alors de mettre la théorie en pratique en créant Ciudad Saludable. Son modèle et ses innovations ont été maintes fois reconnus et récompensés ; Albina a été élue « Schwab Social Entrepreneur of the World Economic Forum », elle a reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » et elle est également fellow d’Ashoka.

Impact social:

Les 13 micro-entreprises lancées par Ciudad Saludable emploient aujourd’hui 150 personnes. En collectant les déchets et en favorisant l’adoption de comportements respectueux de l’environnement, ces différentes microentreprises ont à ce jour amélioré les conditions de vie de 4 millions de personnes.

Ciudad Saludable opère dans 60 municipalités du Pérou, permettant de ramasser et de trier 100% des déchets dans les quartiers où les micro-entreprises sont présentes.

Le travail de Ciudad Saludable a une influence considérable sur le gouvernement péruvien. L’entreprise à collaboré à la formulation de la Loi Générale sur les Déchets Solides et à sa réglementation. Il s’agit d’une qualité essentielle chez les entrepreneurs sociaux qui cherchent à changer les mentalités et générer des progrès durables.

Grâce au Master de gestion environnementale, plus de 5000 étudiants ont déjà obtenu leur maîtrise dans le domaine et possèdent à leur tour les compétences pour être les acteurs du changement environnemental initié par Albina Ruiz.

Impact financier:

Les micro-entreprises sont gérées par des personnes défavorisées vivant dans les quartiers où elles opèrent. Ces personnes n’ont généralement pas accès aux crédits des banques classiques et sont alors dans l’impossibilité de financer l’achat de matériel supplémentaire.

Pour remédier à ce problème et leur donner accès au capital, Ciudad Saludable a développé un programme de microcrédit avec la banque canadienne Scotia Bank. Les taux d’intérêt pratiqués par les institutions de microcrédit oscillent habituellement entre 30 et 40% annuellement, ce qui paraissait trop élevé aux yeux d’Albina Ruiz. Elle a donc créé un fonds spécial pour lequel Ciudad Saludable se porte garant grâce à une garantie de 30.000 euro déposée à la Scotia Bank. Ayant la garantie d’être remboursée et n’ayant pas à assurer le suivi des prêts, Scotia Bank peut se permettre d’offrir des crédits à un taux de 12% annuel, nettement inférieur aux pratiques courantes.

Dans son processus de développement, Ciudad Saludable a obtenu, en 2006, 615 000 dollars de la part de la Skoll Foundation après avoir reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » récompensant la qualité des innovations d’Albina. Ce don a permis à Ciudad Saludable de donner de l’ampleur à ses actions. Entre autres, cela leur a donné la possibilité d’améliorer la qualité de leur soutien aux micro-entreprises et d’accélérer son processus d’expansion aux différents pays d’Amérique du Sud.

Ciudad Saludable, en développant un système innovant qui intègre des composantes complémentaires telles que la microfinance et la formation universitaire a relevé le défi de créer une “Ville Saine”. En s’entourant d’un management compétant et optimiste, Albina Ruiz souhaite continuer d’étendre son impact au Pérou et d’exporter son modèle à l’étranger.

Fair Street met en avant le rôle de la finance dans le développement d’entreprises sociales. S’il existe des entrepreneurs sociaux depuis longtemps, leur développement et leur influence a fortement augmenté au cours des 3 dernières décennies.

Ceci est notamment dû au fait que de nombreuses personnes et plusieurs organisations, convaincues du potentiel de ces individus hors du commun, les soutiennent afin d’accroître leur impact et propager leurs innovations.

Ashoka fut la première et est aujourd’hui la plus importante organisation à soutenir les entrepreneurs sociaux.

Ashoka est une organisation internationale à but non lucratif et indépendante, qui a pour objectif de contribuer à la structuration et au développement du secteur de l’entrepreneuriat social au niveau mondial. Ashoka a été créée en 1980, en Inde, par Bill Drayton. Activiste depuis sa jeunesse, Bill Drayton a insufflé sa philosophie et sa fibre sociale à Ashoka ; il est persuadé que l’économie a besoin du dynamisme et des innovations des entrepreneurs sociaux afin de concevoir le développement économique et social sur le long terme. Selon Bill Drayton, “les entrepreneurs sociaux ne se contentent pas de donner un poisson ou d’enseigner comment pêcher. Ils ne sont satisfaits que lorsqu’ils ont révolutionné toute l’industrie de la pêche”.

Guillermina Lazzaro, directrice d’Ashoka pour la région Cono Sur (Argentine, Chili et Uruguay) a accepté de recevoir Fair Street à Buenos Aires afin de nous expliquer en détails la vision d’Ashoka et les principaux défis auxquels les entrepreneurs sociaux font face.


Fair Street - Ashoka Cono Sur from Angalio Productions on Vimeo.

CEGIN: Des soins de santé pour tous

juin 2, 2009 | Comments Off | Entreprises

Après s’être intéressé à la problématique des cartoneros, de l’éducation et de l’accès à l’eau, le troisième reportage Fair Street met en avant un médecin hors du commun qui veut offrir des soins de santé aux plus pauvres.

Problématique : la santé

Dans le précédent reportage, nous avons insisté sur l’éducation comme le facteur essentiel du développement économique et social. La santé doit être considérée comme un deuxième facteur fondamental pour construire le futur de manière durable. En effet, impossible d’imaginer le développement d’un pays sans la mise en place de soins de santé adéquats. Dans les populations rurales où la force de travail est l’outil principal des paysans, la santé est primordiale et une base préalable à tout progrès. Dans les régions reculées, les femmes et enfants souffrent particulièrement des conditions de vie difficiles ; un des objectifs du millénaire des Nations Unies est de diminuer de ¾ le taux de mortalité maternelle d’ici 2015. La province de Jujuy est spécialement affectée par ce problème où le taux de mortalité maternelle est 10 fois plus élevé qu’en France.

Contexte :

En Argentine, plus de la moitié de la population n’a pas accès à la sécurité sociale. Lorsqu’une personne bénéficie de la sécurité sociale grâce à son statut de travailleur, celle-ci décidera cependant dans certains cas de souscrire à une assurance privée car elle se retrouve face à un système des soins de santé souvent inefficient et cela principalement pour 2 raisons. Tout d’abord, il est décentralisé au niveau des provinces, ce qui engendre de fortes différences d’une région à l’autre d’Argentine. Ensuite, l’état étant incapable de fournir un ensemble de solutions complet, plusieurs associations de travailleurs créent leur propre « obra social » (sécurité social) ce qui amène des irrégularités et de nombreux problèmes d’organisation. La population argentine a donc 2 options qui s’offrent à elle ; soit les systèmes de soins de santé privés, souvent trop couteux pour les populations « à la Base de la Pyramide » ; soit  le service public qui est alors inefficient et peut générer des files d’attende pouvant atteindre plusieurs jours. Le temps précieux passé à attendre empêche alors le patient de travailler et donc de subvenir aux besoins de sa famille.

L’entreprise :

CEGIN (Centro Ginecologico Integral) est un centre médical fondé en 1989, spécialisé dans la prestation de services médicaux aux femmes pauvres vivant dans les milieux ruraux. Le centre CEGIN parvient à offrir des services de qualités à un prix 50% inférieur aux prix du marché. Pour parvenir à de tels résultats, leur stratégie se base notamment sur les principes des économies d’échelles. Le milieu médical est confronté à des coûts fixes très élevés (équipements, infrastructures,…) alors que le coût incrémental d’un nouveau client est quant à lui relativement bas. Le centre CEGIN cible dès lors un très grand nombre de patients afin de répartir ses coûts fixes. En travaillant de nombreuses heures et en traitant un large volume de patients (40000 au total), le centre peut donc assurer un service de qualité, tout en diminuant fortement le prix des consultations. Plutôt que de proposer des services gratuits, l’approche de CEGIN est de faire payer le patient, un prix bas, mais un prix juste car il a remarqué avec le temps que le patient se sent alors plus digne et en retour les médecins les traitent avec plus de respect.

Au sein du centre CEGIN, Jorge Gronda a lancé il y a 5 ans le système SER. Il s’agit d’une carte d’adhérent que le patient peut se procurer pour 10 pesos (2 euros) par an et qui donne accès aux 60 cabinets médicaux de CEGIN. Sur présentation de la carte SER, le patient bénéficie des tarifs avantageux des centres CEGIN qui facturent les consultations plus de 2 fois moins chères que le marché (à titre d’exemple une écographie dans les centres CEGIN coûte 20 pesos ou lieu de 50 pesos). L’idée centrale de la carte SER, en plus de donner accès aux soins de santé, est de créer un réseau qui pourra par la suite faire bénéficier ses membres de divers avantages. En formant ce réseau et en tirant parti du grand nombre d’adhérents, le système SER peut avoir une influence considérable sur les commerçants de la province de Jujuy. A l’heure actuelle, les détenteurs de la carte bénéficient déjà de réductions dans les pharmacies et à terme, Jorge Gronda ambitionne de développer un système de « franchise sociale » et d’étendre le champ d’action de la carte SER aux domaines de l’alimentation, de la construction, des transports,… Il souhaite que les fondamentaux nécessaires à une vie décente soient accessibles à bas prix pour toutes les personnes vivant à « la Base de la Pyramide ».

L’entrepreneur :

Jorge Gronda est un médecin originaire de la province de Jujuy. D’abord actif dans le secteur publique, il le quitte il y a plus de 25 ans pour fonder CEGIN. Fatigué des nombreuses lacunes du système des soins de santé publics en Argentine, il démarre l’initiative CEGIN avec 2 motivations : premièrement, il veut offrir des soins de santé de qualité aux personnes « à la Base de la Pyramide » économique et sociale ; ensuite il veut réduire la distance qui existe entre le médecin et le patient. Le travail de Jorge Gronda lui a valu de nombreuses reconnaissances. D’abord élu entrepreneur de l’année par la Fondation Schwab en 2005, il reçoit ensuite le prix du développement des Nations Unies et sera finalement invité à partager sa vision du futur au Forum Economique Mondial de Davos en 2008.

Impact social :

L’impact social de CEGIN et du système SER est évident et peut se résumer comme suit : permettre aux gens à la  « Base de la Pyramide » (qui par définition ne sont pas couverts par une sécurité sociale) d’avoir accès à des soins de santé de qualité. Aujourd’hui, plus de 40 000 personnes sont suivies par les cliniques CEGIN (dont 20 000 via le réseau SER). Plus de 10 000 biopsies sont réalisées chaque année au sein des cliniques CEGIN, ce qui permet d’éviter plus de 300 cancers.

Néanmoins, l’intérêt de Gronda ne se limite pas à l’accès aux soins de santé mais à la considération des personnes les plus pauvres. Lors de son interview, Gronda insiste plusieurs fois sur l’importance jouée par la carte SER : premièrement, les gens cotisent pour cette carte et ne la reçoivent donc pas gratuitement. La carte a dès lors d’autant plus de valeurs à leurs yeux. Ils ont également davantage d’exigences. Cette plus grande exigence a un impact direct sur les soins qu’ils reçoivent car ils sont plus enclins à partager des informations sur leur santé, facilitant par la même occasion le travail des médecins. Ensuite, l’appartenance au réseau SER et le fait de bénéficier de soins de santé de qualité augmente considérablement l’estime que les gens victimes d’exclusion sociale ont d’eux-mêmes. Grâce à la satisfaction des clients SER, Gronda n’a jamais fait la moindre publicité pour son système. Leur fierté d’appartenir au réseau les encourage à en parler de manière positive autour d’eux; ce bouche-à-oreille a grandement contribué au développement de CEGIN.

Impact financier :

 Soutien d’un fond : Gronda est actuellement en train de clôturer les négociations avec un fond européen. Dû à une clause de confidentialité, nous ne pouvons malheureusement pas en divulguer le nom. L’apport financier de ce fond doit permettre de consolider et d’étendre le réseau SER. Actuellement, le réseau compte 20 000 membres et l’objectif est d’atteindre le nombre de 50 000 membres sur un horizon de 5 ans. Selon les  dires de Gronda, le soutien financier venant d’une organisation extérieure est indispensable pour la réalisation de cet objectif.

Utilisation de la microfinance : 80% des problèmes de santé peut être résolu à l’aide la carte SER et des consultations que la carte offre à moitié prix. Néanmoins, certains problèmes plus sérieux nécessitent une intervention chirurgicale bien plus coûteuse. Dans ces cas, CEGIN utilise les vertus du micro-crédit pour permettre à ses clients de financer ces opérations. Le type d’opérations qu’ils doivent effectuer coûte en moyenne 3000 pesos (+/- 600 euros). Un fond de micro-crédit, financé et géré par CEGIN, octroie des crédits d’un montant équivalent à celui de l’opération. Le remboursement du crédit se fait en général en 10 paiements réguliers. Gronda est précurseur dans l’utilisation du micro-crédit pour la santé ; estimant que la santé est la base du développement, il pense qu’il est essentiel que l’accès au capital permette aux gens d’étendre leur accès aux soins de santé. Pour les cas les plus graves que même le microcrédit ne peut financer, CEGIN cherche à mettre en place un système de micro-assurance. Statistiquement ces cas ne se rencontrent qu’une fois sur 100 000, Gronda cherche à profiter de « l’effet de nombre »  du réseau SER ; la petite cotisation de tous les membres du réseau financerait le traitement des cas exceptionnels.

Le système SER dans son ensemble repose sur un principe financier fondamental: la diversification. Les membres du réseau sont à la base de son succès et de son développement. C’est pourquoi, en étendant le réseau, Gronda le consolide. Avec plus de membres, les profils de risques se diversifient et le risque global diminue. Cette diversification qui réduit le profil de risque du système est également essentielle pour le fonctionnement du micro-crédit et le développement de la micro-assurance.

Sources:

Entretien réalisé avec Jorge Gronda, fondateur de CEGIN et du système SER

Llobeta Robert, Recuperando la salud, Grupo Editorial Lumen, Buenos Aires, 2007

www.oms.org

www.undp.org

www.schwabfound.org

Le deuxième reportage se déroule à Bariloche, dans le nord de la Patagonie. C’est suite à notre rencontre à Buenos Aires avec la responsable d’Ashoka (réseau soutenant les entrepreneurs sociaux) en Argentine  que nous décidons de modifier notre itinéraire et de faire le « petit » détour  de 2000 kilomètres qui nous mène à Bariloche.

Problématiques:

L’eau : au sein du défi environnemental auquel est confronté l’humanité, la crise de l’eau devient une considération centrale. Les diminutions des ressources, sa gestion et son approvisionnement sont des aspects sur lesquels de nombreux progrès doivent encore être effectués. La qualité de l’eau a une influence énorme sur les conditions de vie des populations pauvres. Une eau de meilleure qualité améliore l’alimentation et l’hygiène de vie des personnes « à la Base de la Pyramide ». Avec une meilleure hygiène de vie, ils peuvent affronter plus facilement les défis de leur vie quotidienne et leurs efforts se déplacent de la lutte pour leur subsistance à leur développement personnel.

L’éducation : les pays en développement comptent actuellement 75 millions d’enfants qui ne vont pas à l’école et 861 millions d’adultes analphabètes. L’accès à l’éducation est unanimement reconnu comme l’un des facteurs clés du développement économique et social. L’éducation développe la connaissance et permet la professionnalisation : par l’apprentissage de concepts et de techniques, les communautés les plus marginalisées peuvent bénéficier de la croissance et améliorer leur situation. Ils ont alors les moyens de s’assumer personnellement mais également de prendre en charge leurs familles. En développant le potentiel de chacun, l’éducation touche directement à la dignité de l’être humain. « Donner à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires» est l’un des objectifs du programme des Nations Unies visant à éliminer la pauvreté d’ici 2015.

Contexte

Malgré son statut de pays émergent, l’Argentine est un pays où la pauvreté est encore très présente, tant dans des grandes villes comme Buenos Aires que dans des régions éloignées comme celle de Bariloche. La crise du début des années 2000 a profondément dégradé la situation économique et sociale du pays (de 1998 à 2001, le PIB est passé de 300 à 220 milliards de pesos !) et ses conséquences s’en ressentent encore aujourd’hui. En Argentine, plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 20% est dans un état d’indigence complète (lorsque les revenus ne suffisent pas à assurer le minimum nécessaire au maintien de la capacité physique). Cette situation est notamment due à un taux de chômage important : dans la région de Bariloche, un quart de la population active n’a pas de travail et ce chiffre peut atteindre 75% dans les zones les plus reculées.

Les conséquences directes de cette pauvreté est l’exclusion sociale et la marginalisation d’une importante tranche de la population. Les gens connaissent des conditions de vie précaires dont il leur est souvent difficile de sortir.

L’entreprise :

ETV (« Emprendimientos de Tecnologias para la Vida ») a été fondée en 2006 et cherche à développer, fabriquer et diffuser des solutions technologiques améliorant les conditions de vie des personnes à « la Base de la Pyramide ». Actuellement, le principal produit développé par ETV est la « Bomba de Soga » qui pompe de l’eau potable. L’objectif d’ETV est multiple: premièrement, ils veulent utiliser le potentiel des innovations technologiques en les adressant aux communautés les plus pauvres ; ensuite, ETV fournit du travail à des jeunes de la Fondation Gente Nueva et enfin, les revenus générés par la vente de leurs produits doivent servir à partiellement financer la fondation. Cependant, à ce stade-ci, les revenus générés ne permettent pas encore d’atteindre significativement ce dernier objectif.

Créée il y a 25 ans, la Fondation Gente Nueva cherche à promouvoir l’éducation et la professionnalisation des personnes qui sont exclues du système éducatif traditionnel. À l’aide d’un réseau d’écoles primaires et secondaires mais également par le développement d’ateliers de travail et de programmes éducatifs régionaux, Gente Nueva veut donner à chaque individu  la chance d’exprimer son potentiel. Les écoles du réseau Gente Nueva sont gratuites et le salaire des professeurs, qui sont sélectionnés par les membres de la fondation, est payé par l’état.

La fabrication des produits d’ETV est réalisée dans les ateliers de travaux de Gente Nueva, ce qui offre du travail à toute une série de jeunes apprentis.

L’entrepreneur :

Gustavo Gennuso est originaire de Buenos Aires mais vit à Bariloche depuis trente ans. Il s’y est installé lorsqu’il est venu étudier l’énergie nucléaire à l’Institut Balseiro. Il a continué à travailler dans ce domaine jusqu’en 2000 mais a parallèlement développé ses innovations sociales. Après avoir créé la Fondation Gente Nueva, Gustavo veut maintenant prouver au travers d’ETV qu’il est possible d’avoir un impact social tout en étant rentable et durable. L’ambition de Gustavo Gennuso est d’accomplir un profond changement social. Il veut donner aux plus pauvres, toutes les opportunités possibles de se développer. En accomplissant le changement social, il ne veut pas seulement transformer la vie des plus pauvres mais la société dans son ensemble.

Impact social :

ETV cherche à considérablement améliorer les conditions de vie des personnes les plus pauvres. Le développement de technologies n’est que le moyen devant servir la fin. L’activité de l’entreprise a un triple impact social : premièrement, l’amélioration des conditions de vie de la « Base de la Pyramide », deuxièmement, la création d’opportunités de travail pour les gens « exclus », et troisièmement, le financement de Fondation Gente Nueva. En 3 années d’existence, ETV est déjà parvenu à toucher 300 familles. Leur objectif est à terme d’avoir un impact direct sur 150 000 personnes.

La Fondation Gente Nueva a, depuis sa création, accueilli plus de 5000 jeunes dans ses différentes classes. Elle a également formé 3000 jeunes additionnels via ses programmes éducatifs régionaux. Les initiatives de Gustavo Gennuso ont également eu une influence sur les décisions politiques relatives à l’éducation dans les régions où il est actif.

Impact financier :

L’impact financier se trouve ici davantage dans le rôle joué par la microfinance pour étendre l’impact social que dans le financement direct de l’entreprise.

Microfinance : Le micro-crédit est une innovation qui a permis à des millions de personnes de s’extraire de la pauvreté. Si l’accès au capital permet aux populations pauvres de démarrer une micro-entreprise, pourquoi ne leur permettrait-il pas également d’acquérir des  produits qui doivent influencer significativement leurs conditions de vie ? C’est la stratégie adoptée par ETV. En effet, la cible du social business de Gustavo, n’a le plus souvent pas les moyens d’acheter leurs produits. La « Bomba de Soga » coûte 700 pesos (+/- 140 euros). Un montant que des gens qui gagnent en moyenne 2 euros par jour, peuvent difficilement payer. Afin d’étendre son impact social, ETV utilise donc la recette du micro-crédit et rend ses produits plus accessibles. Les clients d’ETV financent donc l’achat de la pompe à eau à l’aide d’un micro-crédit qui leur a été octroyé.  L’impact du soutien de la microfinance est double : il permet d’abord d’étendre l’impact social d’ETV ; ensuite il doit augmenter les revenus de l’entreprise et donc les ressources financières disponibles pour Gente Nueva qui à son tour peut accélérer le changement social via l’accès à l’éducation. Le micro-crédit n’étant pas une activité d’ETV, ils collaborent avec différentes IMF’s (institutions de microfinance) mais également avec des ONG’s des régions où ils sont actifs (principalement le nord de la Patagonie et la province de Jujuy). Cette collaboration avec la microfinance est le seul moyen d’atteindre les 150 000 personnes qu’ils visent.

Financement: parallèlement à sa vocation sociale, l’objectif d’ETV est donc d’apporter des ressources financières à la fondation Gente Nueva. Ce type de modèle est assez courant dans les initiatives des entrepreneurs sociaux : afin de ne pas être dépendant des donations, ils  optent pour la solution « du marché » en créant des « social business » dont le but est de financer l’activité qui ne génère pas de profit. L’autre partie des profits est réinvestie dans l’entreprise afin de financer la recherche d’autres technologies.

ETV (et Gente Nueva) a reçu une contribution financière de l’organisation Ashoka (que nous présenterons ultérieurement) dont Gustavo est membre. L’entreprise a  également bénéficié de différents fonds provenant essentiellement d’investisseurs philanthropes, notamment un business angel suisse, qui leur a fait un crédit à des conditions très favorables (mais sur lesquelles nous n’avons pas obtenu plus de détails…). Aujourd’hui, ETV cherche des ressources financières d’un montant équivalent à 74 000$ (54 833€) qui leur permettrait de financer les investissements nécessaires à la réalisation des objectifs de leur business plan, plus particulièrement l’introduction de nouvelles technologies.

La force du modèle de Gustavo réside dans sa capacité à traiter différentes problématiques. Nous sommes en effet frappés par le caractère complet de son organisation. Trois facteurs essentiels de la lutte contre la pauvreté sont présents dans son modèle à savoir: l’éducation, l’accès au capital et la santé. En créant des synergies entre différentes organisations, il permet d’étendre considérablement l’impact social et de construire le changement de manière durable. 

 

Sources :

Entretien réalisé avec Gustavo Gennuso, fondateur d’ETV et de Fondation Gente Nueva

www.unesco.org

www.oms.org

www.schwabfound.org

www.changemakers.net