Fairstreet

Social entrepreneurship & finance

Le dernier reportage de notre périple latino se déroule à Santiago de Chile. Après plus d’un mois passé en Bolivie et au Pérou, le changement de paysage nous surprend dès notre arrivée au Chili tant le niveau de développement de sa capitale est incomparable avec les 2 pays traversés précédemment. Nous sommes par ailleurs très vite séduits par cette capitale dont l’architecture alterne histoire et modernité.

Nous sommes à Santiago afin d’y rencontrer Fernando Nilo, fondateur de Recycla, une entreprise sociale spécialisée dans le recyclage des « E-wastes ». Recycla est la première entreprise que nous avons contactée dans le cadre du projet Fair Street tant son modèle nous a tout de suite intéressés.

Problématiques :

E-waste : La croissance rapide des technologies engendre chaque année environ 35 millions de tonnes de déchets électroniques (si tous ces déchets étaient mis sur un train, la longueur du train ferait le tour de la terre). Ce chiffre va continuer à croître alors que les pays en voie de développement devraient tripler leur production d’E-wastes dans les 5 prochaines années. Si les déchets électroniques (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…) représentent seulement 2% des déchets produits sur le continent américain, ils génèrent pourtant 70% des déchets toxiques en terme d’impact environnemental. Ces appareils contiennent en effet des substances telles que le plomb, le mercure, le béryllium,… qui menacent l’environnement si elles ne sont pas traitées adéquatement.

Réinsertion sociale : Les prisonniers qui arrivent au terme de leur condamnation éprouvent de grandes difficultés à retrouver un emploi et à se réinsérer dans la société. 60% des détenus sortants déclarent ne pas avoir d’emploi et possèdent en moyenne 130€ lorsqu’ils sortent de prison. Ces personnes libérées n’ont donc souvent donc pas d’autres choix que de faire appel aux organismes d’aide et d’emploi et continuent de ce fait à vivre en marge de la société, ce qui amenuise leurs possibilités de réinsertion et de réhabilitation.

Contexte :

Malgré les fortes disparités qui existent entre les riches et les pauvres, le Chili est le pays d’Amérique latine qui possède le PIB par habitant le plus élevé (9.600$ en 2007). Favorisée par la stabilité économique du pays et par l’amélioration du niveau de vie, la demande d’appareils électroniques a explosé au cours des dernières années. Aujourd’hui, alors que la population totale du Chili est de 16,5 millions d’habitants, 16 millions de téléphones portables sont en circulation. De ce fait, le Chili génère chaque année l’équivalent en déchets d’un grand stade de football rempli, pour lesquels aucune mesure concrète n’est prise par le gouvernement.

L’initiative :

Fondée en 2003 par Fernando Nilo, Recycla fut la première entreprise à recycler les déchets électroniques en Amérique du Sud, créant par la même occasion une toute nouvelle industrie au Chili. Recycla collabore avec un nombre croissant de grandes entreprises dont elle traite les déchets électroniques (HP, Epson,…).

Pratiquement, Recycla récolte les déchets électroniques de ces entreprises de manière régulière. Les déchets sont ensuite acheminés jusqu’à leur centre de recyclage situé dans les faubourgs de Santiago où des ouvriers de Recycla démontent les différents appareils et en séparent les composants. Ces composants sont par la suite recyclés ou traités ; le plastique est recyclé dans une centrale de recyclage avoisinante, les différentes substances nocives contenues dans les appareils sont isolées méticuleusement pour être envoyées dans une centrale de traitement et de récupération. Enfin, les métaux constituant les cartes, puces ou disques durs sont acheminés par containers chez Umicore en Belgique où ils sont fondus pour être réutilisés sous une autre forme.

Les deux sources de revenu principales de Recycla proviennent d’une part des entreprises qui les payent pour venir récolter et traiter leurs déchets et d’autre part, des entreprises qui rachètent les matières qu’ils revendent (plastiques et métaux principalement). Les métaux sont tous envoyés chez Umicore en Belgique qui est en fait quasiment le seul client de Fernando. Les métaux constituant la source de revenu principale de Recycla, cette collaboration avec Umicore est essentielle pour l’entreprise.

En plus de recycler les déchets électroniques, Fernando veut également « recycler des personnes ». Alors que les programmes de réinsertion des détenus au Chili sont hautement déficients, Recycla n’hésite pas à engager des détenus en semi liberté ou des anciens prisonniers récemment sortis de prison afin de leur offrir une seconde chance.

Les prisonniers qui se trouvent encore en prison mais qui ont une bonne conduite ont ainsi la possibilité de quitter le pénitencier durant la journée pour se rendre à l’usine Recycla. En plus de faciliter leur réinsertion sociale, ceux-ci reçoivent un salaire et peuvent donc continuer à subvenir aux besoins de leurs familles. Pour les anciens détenus, il s’agit d’une opportunité exceptionnelle de reconstruire leur vie dans un environnement où ils ne sont pas jugés pour leurs méfaits antérieurs.

Le modèle de Recycla est une référence en terme d’entrepreneuriat social. Fernando Nilo, après avoir identifié une problématique, a réussi à trouver une réponse efficace et à développer une nouvelle industrie. Cette jeune entreprise a déjà des perspectives de croissance très intéressantes sur le continent Sud Américain où le potentiel de développement est gigantesque.

L’entrepreneur :

Fernando Nilo a commencé sa carrière en tant qu’auditeur dans une entreprise multinationale. Possédant depuis sa jeune enfance la fibre sociale, il perçoit un clivage entre le monde du business et le monde social. Convaincu qu’il est possible de supprimer cette séparation, il décide alors de créer Recycla, une entreprise parfaitement rentable avec un impact social considérable.

Le personnage en lui-même incarne parfaitement cette alliance entre business et social ; jamais loin de son Blackberry et excellent homme d’affaire, Fernando n’en est pas moins doté de fortes considérations sociales et attache une importance considérable au bien-être de ses employés.

Son modèle lui a valu de nombreuses reconnaissances ; entrepreneur Schwab, il a été invité 3 fois au Forum Economique Mondial de Davos et a eu l’occasion, à plusieurs reprises, de témoigner son expérience dans les plus grandes universités américaines.

Impact social :

Recycla est une entreprise compétitive et rentable qui possède un triple impact sur la société : environnemental, social et éducatif.

En traitant les déchets électroniques, Recycla réduit considérablement la pression exercée par l’humain sur l’environnement. Recycla recycle à l’heure actuelle 10% des déchets électroniques au Chili et souhaite être en mesure de faire passer ce chiffre à 50% à moyen terme. En créant Recycla, Fernando Nilo a créé une nouvelle industrie en Amérique du Sud dont le potentiel de croissance est à présent très important tant les possibilités pour répliquer le modèle sont élevées.

D’un point de vue social, Recycla offre une seconde chance à des détenus et favorise donc leur réinsertion dans la société. Sur les 25 employés de Recycla, 10 sont d’anciens détenus ou effectuent actuellement leur peine de prison tout en travaillant chez Recycla durant la journée. Depuis la création de l’entreprise en 2003, 27 détenus y ont déjà travaillé.

Enfin, convaincu de l’importance de l’éducation pour résoudre les problèmes sociaux, Fernando travaille avec différentes écoles de commerce américaines afin de mettre sur pied des programmes d’études relatifs à la problématique du recyclage et de répandre le concept de l’entrepreneuriat social.

Impact financier :

Lorsqu’il décide de lancer Recycla en 2003, Fernando Nilo recherche un partenaire financier pouvant l’aider à concrétiser son business plan. Ni le secteur bancaire traditionnel, ni le gouvernement ne croient en son idée car ils ne voient pas comment une telle entreprise pourrait être rentable sur le long terme. Convaincu de son idée, Fernando décide de persévérer et se met en contact avec Octantis, un incubateur qui aide les « start-up » à se professionnaliser et à entrer en contact avec des investisseurs.

Le premier défi financier de Recycla fut sa première levée de fonds d’un montant de 50.000$ , capital de départ nécessaire pour lui permettre de lancer son activité. Après avoir établi une stratégie et des prévisions à long terme avec Octantis, Fernando reçoit un subside d’Innova Chile, un fonds gouvernemental qui a pour but de soutenir des initiatives prometteuses. Avec les 50.000$ reçus, Recycla prit forme. Comme nous avons pu le constater, le business model innovateur de l’entreprise tint ses promesses. Après seulement 3 ans, Recycla était rentable et elle génère aujourd’hui un chiffre d’affaire annuel de 3.000.000$. Les perspectives de croissance sont impressionnantes et les objectifs d’expansion (passer de 10% de parts de marché au Chili à 50% à moyen terme et d’exporter le modèle dans d’autres pays d’Amérique latine) apparaissent tout à fait réalisables.

Aujourd’hui, après avoir fait ses preuves, Fernando a réussi à créer une relation de confiance entre Recycla et le secteur bancaire; Recycla collabore avec des banques traditionnelles telles que Banco Chile ou Santander qui lui octroient des prêts lui permettant de financer ses besoins en fonds de roulement.

Fernando Nilo est à présent à la tête d’une entreprise influente, capable de changer les mentalités. Si vous lui demandez quelles ont été les clés du succès et quelle est sa philosophie, il vous répondra que Recycla était avant tout un rêve pour lui, qu’il a réussi à réaliser à force de conviction et de détermination.

Pour plus d’info, visitez www.recycla.cl

Commentaires

Il y a is one comment pour ce message.

  1. Recycla: Le reportage vidéo! | Fairstreet on juillet 31, 2014 6:31

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