Fairstreet

Social entrepreneurship & finance

Archive for the ‘ Entreprises ’ Category

Fondée en 2003 à Santiago de Chile, Recycla est une entreprise spécialisée dans le recyclage des E-wastes (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…). Ayant depuis toujours eu la volonté d’unir le monde du business et du social, son fondateur, Fernando Nilo fut le premier à traiter cette problématique en Amérique du Sud créant de ce fait une nouvelle industrie au Chili. En travaillant avec d’anciens prisonniers, Recycla favorise leur réinsertion social tout en adressant des solutions à la problématique des déchets électroniques dont les substances polluent considérablement la planète.

Pour plus d’info, lisez le profil de Recycla


Fair Street - Recycla from Angalio Productions on Vimeo.

Le dernier reportage de notre périple latino se déroule à Santiago de Chile. Après plus d’un mois passé en Bolivie et au Pérou, le changement de paysage nous surprend dès notre arrivée au Chili tant le niveau de développement de sa capitale est incomparable avec les 2 pays traversés précédemment. Nous sommes par ailleurs très vite séduits par cette capitale dont l’architecture alterne histoire et modernité.

Nous sommes à Santiago afin d’y rencontrer Fernando Nilo, fondateur de Recycla, une entreprise sociale spécialisée dans le recyclage des « E-wastes ». Recycla est la première entreprise que nous avons contactée dans le cadre du projet Fair Street tant son modèle nous a tout de suite intéressés.

Problématiques :

E-waste : La croissance rapide des technologies engendre chaque année environ 35 millions de tonnes de déchets électroniques (si tous ces déchets étaient mis sur un train, la longueur du train ferait le tour de la terre). Ce chiffre va continuer à croître alors que les pays en voie de développement devraient tripler leur production d’E-wastes dans les 5 prochaines années. Si les déchets électroniques (ordinateurs, imprimantes, téléphones portables,…) représentent seulement 2% des déchets produits sur le continent américain, ils génèrent pourtant 70% des déchets toxiques en terme d’impact environnemental. Ces appareils contiennent en effet des substances telles que le plomb, le mercure, le béryllium,… qui menacent l’environnement si elles ne sont pas traitées adéquatement.

Réinsertion sociale : Les prisonniers qui arrivent au terme de leur condamnation éprouvent de grandes difficultés à retrouver un emploi et à se réinsérer dans la société. 60% des détenus sortants déclarent ne pas avoir d’emploi et possèdent en moyenne 130€ lorsqu’ils sortent de prison. Ces personnes libérées n’ont donc souvent donc pas d’autres choix que de faire appel aux organismes d’aide et d’emploi et continuent de ce fait à vivre en marge de la société, ce qui amenuise leurs possibilités de réinsertion et de réhabilitation.

Contexte :

Malgré les fortes disparités qui existent entre les riches et les pauvres, le Chili est le pays d’Amérique latine qui possède le PIB par habitant le plus élevé (9.600$ en 2007). Favorisée par la stabilité économique du pays et par l’amélioration du niveau de vie, la demande d’appareils électroniques a explosé au cours des dernières années. Aujourd’hui, alors que la population totale du Chili est de 16,5 millions d’habitants, 16 millions de téléphones portables sont en circulation. De ce fait, le Chili génère chaque année l’équivalent en déchets d’un grand stade de football rempli, pour lesquels aucune mesure concrète n’est prise par le gouvernement.

L’initiative :

Fondée en 2003 par Fernando Nilo, Recycla fut la première entreprise à recycler les déchets électroniques en Amérique du Sud, créant par la même occasion une toute nouvelle industrie au Chili. Recycla collabore avec un nombre croissant de grandes entreprises dont elle traite les déchets électroniques (HP, Epson,…).

Pratiquement, Recycla récolte les déchets électroniques de ces entreprises de manière régulière. Les déchets sont ensuite acheminés jusqu’à leur centre de recyclage situé dans les faubourgs de Santiago où des ouvriers de Recycla démontent les différents appareils et en séparent les composants. Ces composants sont par la suite recyclés ou traités ; le plastique est recyclé dans une centrale de recyclage avoisinante, les différentes substances nocives contenues dans les appareils sont isolées méticuleusement pour être envoyées dans une centrale de traitement et de récupération. Enfin, les métaux constituant les cartes, puces ou disques durs sont acheminés par containers chez Umicore en Belgique où ils sont fondus pour être réutilisés sous une autre forme.

Les deux sources de revenu principales de Recycla proviennent d’une part des entreprises qui les payent pour venir récolter et traiter leurs déchets et d’autre part, des entreprises qui rachètent les matières qu’ils revendent (plastiques et métaux principalement). Les métaux sont tous envoyés chez Umicore en Belgique qui est en fait quasiment le seul client de Fernando. Les métaux constituant la source de revenu principale de Recycla, cette collaboration avec Umicore est essentielle pour l’entreprise.

En plus de recycler les déchets électroniques, Fernando veut également « recycler des personnes ». Alors que les programmes de réinsertion des détenus au Chili sont hautement déficients, Recycla n’hésite pas à engager des détenus en semi liberté ou des anciens prisonniers récemment sortis de prison afin de leur offrir une seconde chance.

Les prisonniers qui se trouvent encore en prison mais qui ont une bonne conduite ont ainsi la possibilité de quitter le pénitencier durant la journée pour se rendre à l’usine Recycla. En plus de faciliter leur réinsertion sociale, ceux-ci reçoivent un salaire et peuvent donc continuer à subvenir aux besoins de leurs familles. Pour les anciens détenus, il s’agit d’une opportunité exceptionnelle de reconstruire leur vie dans un environnement où ils ne sont pas jugés pour leurs méfaits antérieurs.

Le modèle de Recycla est une référence en terme d’entrepreneuriat social. Fernando Nilo, après avoir identifié une problématique, a réussi à trouver une réponse efficace et à développer une nouvelle industrie. Cette jeune entreprise a déjà des perspectives de croissance très intéressantes sur le continent Sud Américain où le potentiel de développement est gigantesque.

L’entrepreneur :

Fernando Nilo a commencé sa carrière en tant qu’auditeur dans une entreprise multinationale. Possédant depuis sa jeune enfance la fibre sociale, il perçoit un clivage entre le monde du business et le monde social. Convaincu qu’il est possible de supprimer cette séparation, il décide alors de créer Recycla, une entreprise parfaitement rentable avec un impact social considérable.

Le personnage en lui-même incarne parfaitement cette alliance entre business et social ; jamais loin de son Blackberry et excellent homme d’affaire, Fernando n’en est pas moins doté de fortes considérations sociales et attache une importance considérable au bien-être de ses employés.

Son modèle lui a valu de nombreuses reconnaissances ; entrepreneur Schwab, il a été invité 3 fois au Forum Economique Mondial de Davos et a eu l’occasion, à plusieurs reprises, de témoigner son expérience dans les plus grandes universités américaines.

Impact social :

Recycla est une entreprise compétitive et rentable qui possède un triple impact sur la société : environnemental, social et éducatif.

En traitant les déchets électroniques, Recycla réduit considérablement la pression exercée par l’humain sur l’environnement. Recycla recycle à l’heure actuelle 10% des déchets électroniques au Chili et souhaite être en mesure de faire passer ce chiffre à 50% à moyen terme. En créant Recycla, Fernando Nilo a créé une nouvelle industrie en Amérique du Sud dont le potentiel de croissance est à présent très important tant les possibilités pour répliquer le modèle sont élevées.

D’un point de vue social, Recycla offre une seconde chance à des détenus et favorise donc leur réinsertion dans la société. Sur les 25 employés de Recycla, 10 sont d’anciens détenus ou effectuent actuellement leur peine de prison tout en travaillant chez Recycla durant la journée. Depuis la création de l’entreprise en 2003, 27 détenus y ont déjà travaillé.

Enfin, convaincu de l’importance de l’éducation pour résoudre les problèmes sociaux, Fernando travaille avec différentes écoles de commerce américaines afin de mettre sur pied des programmes d’études relatifs à la problématique du recyclage et de répandre le concept de l’entrepreneuriat social.

Impact financier :

Lorsqu’il décide de lancer Recycla en 2003, Fernando Nilo recherche un partenaire financier pouvant l’aider à concrétiser son business plan. Ni le secteur bancaire traditionnel, ni le gouvernement ne croient en son idée car ils ne voient pas comment une telle entreprise pourrait être rentable sur le long terme. Convaincu de son idée, Fernando décide de persévérer et se met en contact avec Octantis, un incubateur qui aide les « start-up » à se professionnaliser et à entrer en contact avec des investisseurs.

Le premier défi financier de Recycla fut sa première levée de fonds d’un montant de 50.000$ , capital de départ nécessaire pour lui permettre de lancer son activité. Après avoir établi une stratégie et des prévisions à long terme avec Octantis, Fernando reçoit un subside d’Innova Chile, un fonds gouvernemental qui a pour but de soutenir des initiatives prometteuses. Avec les 50.000$ reçus, Recycla prit forme. Comme nous avons pu le constater, le business model innovateur de l’entreprise tint ses promesses. Après seulement 3 ans, Recycla était rentable et elle génère aujourd’hui un chiffre d’affaire annuel de 3.000.000$. Les perspectives de croissance sont impressionnantes et les objectifs d’expansion (passer de 10% de parts de marché au Chili à 50% à moyen terme et d’exporter le modèle dans d’autres pays d’Amérique latine) apparaissent tout à fait réalisables.

Aujourd’hui, après avoir fait ses preuves, Fernando a réussi à créer une relation de confiance entre Recycla et le secteur bancaire; Recycla collabore avec des banques traditionnelles telles que Banco Chile ou Santander qui lui octroient des prêts lui permettant de financer ses besoins en fonds de roulement.

Fernando Nilo est à présent à la tête d’une entreprise influente, capable de changer les mentalités. Si vous lui demandez quelles ont été les clés du succès et quelle est sa philosophie, il vous répondra que Recycla était avant tout un rêve pour lui, qu’il a réussi à réaliser à force de conviction et de détermination.

Pour plus d’info, visitez www.recycla.cl

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Créé par Albina Ruiz, Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Ceci permet de fournir du travail à plus de 150 personnes en accordant une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. En plus de former les micro-entrepreneurs, Ciudad Saludable leur fournit un soutien technique, légal et également financier grâce à un système innovant de microfinance. Face au succès de son modèle, Albina envisage actuellement de le répliquer dans d’autres pays tels que l’Inde.

Pour plus d’info, lisez le profil de Ciudad Saludable


Fair Street - Ciudad Saludable from Angalio Productions on Vimeo.

Notre reportage péruvien se déroule à Lima où nous rencontrons Albina Ruiz, la fondatrice et gérante de Ciudad Saludable. L’interview avec Albina se déroule dans un climat très décontracté et est déjà une expérience en soit, tant Albina nous impressionne par son dynamisme, sa bonne humeur et sa vision optimiste du futur. Suite à cette rencontre, nous nous rendons à « El Pino », un des quartiers les plus défavorisé de Lima. Nous y observons le travail des micro-entrepreneurs qui, munis de leur tricycle à moteur, sillonnent la colline afin de procéder à la collecte des déchets. L’impact du travail de Ciudad Saludable est frappant: malgré la pauverté évidente et les habitations de fortunes,  nous visitons un quartier propre et parsemé de zones vertes dans lequel il est agréable de circuler.

Problématique & Contexte:

Au Pérou, la gestion des déchets est un problème majeur. Les fonds débloqués par les différents gouvernements à cet effet sont insuffisants et sont principalement concentrés sur les quartiers les plus riches. L’explosion démographique des villes principales du pays a également contribué à l’aggravation du phénomène. Les ménages à eux seuls produisent chaque jour plus de 20.000 tonnes de déchets. Parmis ces déchets, seulement 60% sont récoltés et 35% traités de manière adéquate. Dans les quartiers pauvres où des associations privées n’interviennent pas, certaines rues ressemblent dès lors à des décharges à ciel ouvert. L’air y est alors difficilement respirable, sans parler de l’impact de ces déchets sur l’hygiène et la santé des communautés.

Ce manque d’efficacité des services publics dans les quartiers défavorisés est principalement dû au manque d’intégration des populations les plus pauvres au sein du système légal et à l’incapacité du gouvernement à s’adapter à la situation. Souvent sans adresse déclarée et sans documents d’identité valables, l’Etat n’a alors pas l’opportunité d’exercer un contrôle sur ces contribuables et pense de plus que les pauvres ne sont pas en mesure de payer un service de récollection. Ces communautés se retrouvant dans une situation de «passagers clandestins», les municipalités n’ont pas suffisamment de moyens pour couvrir tous les quartiers et les déchets excédentaires s’accumulent alors rapidement dans différents endroits du quartier.

Les matières regroupées dans ces décharges en plein air représentent néanmoins une source de revenus pour les personnes les plus pauvres. Celles-ci, en s’improvisant « recicladores » (terme péruvien désignant une personne qui « fait les poubelles ») parcourent ces quartiers à la recherche de plastique ou de carton qu’ils peuvent revendre ensuite pour un faible revenu (+- 2$ par jour) à un intermédiaire qui fournira ces matières à une centrale de recyclage ou à une entreprise les utilisant comme matière première. Ces « recicladores » travaillent dans de très mauvaises conditions, sans gants, masques ou pantalons de protection. De plus, les « recicladores » sont régulièrement persécutés par les polices locales qui n’acceptent pas leur activité. Enfin, alors qu’ils travaillent seuls la nuit, les « recicladores » sont régulièrement victimes de la violence des bandes locales.

L’initiative:

Ciudad Saludable (Ville Saine) est une ONG qui favorise le développement de micro-entreprises récoltant et recyclant les déchets au Pérou. Ciudad Saludable regroupe des « recicladores » de manière formelle en les organisant au sein de micro-entreprises. Pratiquement, Ciudad Saludable leur fournit de l’aide pour les démarches légales qu’impliquent la création d’entreprise, un soutien logistique et les aide à financer le matériel nécessaire à leur activité en leur donnant accès au microcrédit à des conditions très avantageuses. Ce modèle relativement simple a révolutionné la gestion des déchets au Pérou et amélioré les conditions de vie millions de personnes défavorisées.

L’organisation des « recicladores » possède différents avantages : tout d’abord, en regroupant les fruits du travail de différents « recicladores », ils rassemblent une plus grande quantité de déchets qui peuvent alors directement être revendus à des entreprises de recyclage sans utiliser d’intermédiaires leur permettant d’obtenir un prix bien plus intéressant. Cet effet de quantité est encore accentué par l’aide que Ciudad Saludable apporte à ses « recicladores » afin qu’ils utilisent du matériel permettant d’accroître leur productivité. Ciudad Saludable encourage ses « recicladores » à s’équiper de camions, motos… permettant de récolter les déchets de manière plus efficace.

Ensuite, en fournissant un équipement adéquat (casque, gants, bleu de travail) à ses « recicladores », Ciudad Saludable leur permet de récolter les déchets dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité et leur permet d’exercer ce travail dans une plus grande dignité. Ciudad Saludable accorde une grande importance à l’auto-estime et à la dignité des travailleurs. C’est pourquoi, ceux-ci doivent se procurer le matériel de travail adéquat qu’ils peuvent acheter grâce à un système de microcrédits développé collaboration avec la Scotia Bank. Ils ne sont donc pas assistés mais s’achètent eux-mêmes les outils leur permettant d’améliorer leur condition.

Sur le terrain, les micro-entreprises récoltent les déchets dans les maisons ayant accepté de cotiser pour les services de Ciudad Saludable. Le coût de la cotisation est de 4 soles (1€) par mois.. Afin que les personnes vivant dans les quartiers défavorisés acceptent de contribuer, Ciudad Saludable effectue un travail de sensibilisation important en insistant l’intérêt de la collection des déchets et l’impact positif qu’un quartier propre a sur la santé des enfants. Ciudad Saludable récompense les payeurs réguliers notamment  en plant des arbres aux abords de leurs maisons afin de rendre leurs quartiers plus agréables. Aujourd’hui, le taux de paiement dans les quartiers où Ciudad Saludable est actif dépasse les 60% et ce nombre est en constante augmentation.

La création et l’assistance des micro-entreprises est le programme principal de Ciudad Saludable. Cependant, Ciudad Saludable possède également d’autres secteurs d’activité : ils offrent des services de conseil à différentes villes péruviennes afin de les aider à améliorer leur gestion des déchets. Ciudad Saludable a également créé un programme innovant permettant de produire du gaz pour les familles n’ayant pas accès à l’électricité à partir d’excréments de porcs qui se nourrissent de déchets alimentaires.

Enfin, Ciudad Saludable a développé un master en gestion environnementale en collaboration avec « l’universidad Catolica » à Lima. Albina Ruiz et certains de ses collaborateurs y donnent différents cours afin de généraliser les solutions de gestion des déchets.

A moyen terme, l’objectif d’Albina Ruiz est de répliquer son modèle de micro-entreprises dans toutes les villes du Pérou et dans différents Etats d’Amérique du Sud. Profondément marquée par un récent voyage en Inde, Albina Ruiz a également comme priorité et ambition d’adapter son modèle à ce pays.

L’entrepreneur:

Albina Ruiz, fondatrice de Ciudad Saludable, a grandi dans la jungle péruvienne. A 18 ans, lorsqu’elle se rend à Lima afin d’y poursuivre ses études universitaires, elle est profondément choquée par la quantité de déchets ornant les rues et la pollution ambiante. Elle décide alors de combattre ce fléau et lance au sein de l’université des campagnes de nettoyage. A la fin de ses études d’ingénieur industriel, elle consacre son mémoire à la création de micro-entreprises et à la gestion environnementale dans les quartiers pauvres de Lima. Ce mémoire, suscitera beaucoup d’enthousiasme au sein du corps académique et elle décide alors de mettre la théorie en pratique en créant Ciudad Saludable. Son modèle et ses innovations ont été maintes fois reconnus et récompensés ; Albina a été élue « Schwab Social Entrepreneur of the World Economic Forum », elle a reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » et elle est également fellow d’Ashoka.

Impact social:

Les 13 micro-entreprises lancées par Ciudad Saludable emploient aujourd’hui 150 personnes. En collectant les déchets et en favorisant l’adoption de comportements respectueux de l’environnement, ces différentes microentreprises ont à ce jour amélioré les conditions de vie de 4 millions de personnes.

Ciudad Saludable opère dans 60 municipalités du Pérou, permettant de ramasser et de trier 100% des déchets dans les quartiers où les micro-entreprises sont présentes.

Le travail de Ciudad Saludable a une influence considérable sur le gouvernement péruvien. L’entreprise à collaboré à la formulation de la Loi Générale sur les Déchets Solides et à sa réglementation. Il s’agit d’une qualité essentielle chez les entrepreneurs sociaux qui cherchent à changer les mentalités et générer des progrès durables.

Grâce au Master de gestion environnementale, plus de 5000 étudiants ont déjà obtenu leur maîtrise dans le domaine et possèdent à leur tour les compétences pour être les acteurs du changement environnemental initié par Albina Ruiz.

Impact financier:

Les micro-entreprises sont gérées par des personnes défavorisées vivant dans les quartiers où elles opèrent. Ces personnes n’ont généralement pas accès aux crédits des banques classiques et sont alors dans l’impossibilité de financer l’achat de matériel supplémentaire.

Pour remédier à ce problème et leur donner accès au capital, Ciudad Saludable a développé un programme de microcrédit avec la banque canadienne Scotia Bank. Les taux d’intérêt pratiqués par les institutions de microcrédit oscillent habituellement entre 30 et 40% annuellement, ce qui paraissait trop élevé aux yeux d’Albina Ruiz. Elle a donc créé un fonds spécial pour lequel Ciudad Saludable se porte garant grâce à une garantie de 30.000 euro déposée à la Scotia Bank. Ayant la garantie d’être remboursée et n’ayant pas à assurer le suivi des prêts, Scotia Bank peut se permettre d’offrir des crédits à un taux de 12% annuel, nettement inférieur aux pratiques courantes.

Dans son processus de développement, Ciudad Saludable a obtenu, en 2006, 615 000 dollars de la part de la Skoll Foundation après avoir reçu le « Skoll Award for Social Entrepreneurship » récompensant la qualité des innovations d’Albina. Ce don a permis à Ciudad Saludable de donner de l’ampleur à ses actions. Entre autres, cela leur a donné la possibilité d’améliorer la qualité de leur soutien aux micro-entreprises et d’accélérer son processus d’expansion aux différents pays d’Amérique du Sud.

Ciudad Saludable, en développant un système innovant qui intègre des composantes complémentaires telles que la microfinance et la formation universitaire a relevé le défi de créer une “Ville Saine”. En s’entourant d’un management compétant et optimiste, Albina Ruiz souhaite continuer d’étendre son impact au Pérou et d’exporter son modèle à l’étranger.

CRECER (”Credito Con Educacion Rural”) est une institution de microfinance, basée à La Paz, qui se focalise principalement sur le développement des populations rurales de Bolivie. Fonctionnant selon le modèle de “Village Bank”, CRECER offre à la fois des services financiers et des programmes d’éducation aux femmes les plus pauvres de Bolivie. Touchant plus de 97.000 personnes, CRECER souhaite construire un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés.

Pour plus d’info, lisez le profil de CRECER

Fair Street - Crecer from Angalio Productions on Vimeo.

Notre sixième visite d’entreprise se déroule à la Paz, en Bolivie, où nous avons été incroyablement reçus par l’institution de microfinance CRECER. Après une interview passionnante avec la direction de CRECER, nous nous sommes rendus à « El Alto », partie la plus pauvre de La Paz, afin de rencontrer des microentrepreneurs et d’observer sur le terrain le travail et l’impact de l’institution qui les soutient.

Problématique et Contexte:

Au même titre que l’éducation ou l’accès aux soins de santé déjà évoqués précédemment dans le projet Fair Street, l’accès au capital est un élément fondamental permettant aux populations les plus marginalisées de sortir de la pauvreté. Alors qu’habituellement, la plupart des personnes « à la Base de la Pyramide » désirant entreprendre sont dépendantes d’usuriers imposant des taux d’intérêts avoisinant les 10% par mois, l’octroi de crédits à des taux d’intérêts décents leur permet d’imaginer un futur prospère et une croissance durable de leur activité.

Avant l’invention du microcrédit à la fin des années 1970, les populations les plus pauvres des pays en voie de développement ne pouvaient avoir accès au crédit traditionnel faute de pouvoir remplir les conditions exigées par les institutions financières (documents d’identification, garanties, dépôt minimum etc.). De plus, leurs besoins financiers étaient trop limités pour pouvoir couvrir les coûts d’une opération financière “classique”. En conséquence, ces personnes ne constituaient pas un marché suffisamment attractif. Pourtant, dans la plupart des cas, ces personnes possédaient une petite activité génératrice de revenus et se trouvaient dans l’impossibilité de la développer par simple manque de capital.

En Bolivie, où 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté, cela signifie que plus de la moitié des habitants du pays ne pouvait espérer voir son activité économique s’agrandir, ce qui constituait un coût d’opportunité énorme pour le pays.

L’émergence du microcrédit a permis à ces familles pauvres d’avoir enfin accès à de petits crédits. Alors que les banques traditionnelles avaient toujours considéré les populations les plus pauvres comme étant insolvables, les taux de remboursement s’avérèrent en fait très élevés, avoisinant les 95%. En parvenant à générer un impact social positif tout en étant également rentable, ce secteur a connu une croissance fulgurante au cours des dernières décennies. La microfinance s’est en effet élargie pour proposer aujourd’hui une gamme de services financiers très diversifiés (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent etc.) à tous ceux qui sont exclus du système financier classique.

La microfinance cible principalement les femmes, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il a été prouvé que l’impact sur l’ensemble de la famille est plus élevé lorsque le prêt est accordé à la femme. Ensuite, comme nous l’avons déjà mentionné lors du reportage sur Coronilla, la discrimination envers les femmes est un phénomène très présent en Bolivie. Alors que ce sont elles qui gèrent le ménage, elles sont encore l’objet de nombreuses violences domestiques et ne jouissent pas encore du même niveau de reconnaissance que les hommes. S’il est très encourageant de voir que cette situation a connu une amélioration significative durant ces dernières années, de nombreux progrès doivent encore être réalisés.

L’entreprise:

CRECER (”Credito Con Educación Rural”) est une institution de microfinance qui se focalise principalement sur le développement des populations rurales de Bolivie. A l’heure actuelle, l’entreprise compte plus de 90.000 clients dans les différents départements boliviens. Cette Institution de MicroFinance (IMF) fonctionne sur le modèle du “Village Banking”.

Concrètement, ce modèle implique que CRECER travaille avec des “bancos comunales” (banques de village) constituées de groupes comprenant 8 à 30 femmes. Les crédits que CRECER accorde à ces “bancos communales” peuvent s’élever jusqu’à 800$ mais tournent en général aux alentours de 300 à 400$. Les membres du groupe sont les propres gestionnaires du crédit qui leur est accordé ; elles se répartissent ces crédits suivant leurs besoins. Cependant, bien que les femmes se partagent le prêt entre elles, c’est tout le groupe qui en est responsable.

Parallèlement aux opérations bancaires, l’innovation qui fait la particularité de CRECER (même si ce n’est pas la seule IMF à fonctionner comme cela) est qu’ils associent à leurs services financiers, un programme d’éducation. Toutes les femmes à qui les crédits sont octroyés reçoivent non seulement une formation sur la gestion de leurs petites entreprises mais également sur d’autres aspects de la vie quotidienne tels que la santé, l’éducation des enfants, les droits de la femme,…

Cette combinaison de services financiers et d’éducation est au cœur du modèle de CRECER. Ils sont convaincus que l’association de ces 2 activités est le meilleur moyen pour atteindre un développement rural durable. De plus, par rapport à leur business model, ils sont convaincus que proposer un programme d’éducation leur permet d’obtenir de meilleurs taux de remboursement.

Au sein de ses services financiers, CRECER offre également des crédits individuels et des micro-assurances qui ont connu un franc succès dernièrement. CRECER accorde une grande importance aux services d’épargne ; les membres des « bancos communales » doivent en effet obligatoirement épargner une partie des revenus générés afin qu’à la fin du cycle du crédit elles aient mis entre 20 et 50% du montant total du crédit de côté. Cette obligation d’épargne répond à 2 objectifs: d’une part, cela constitue une forme d’assurance supplémentaire pour CRECER de se voir remboursé et, d’autre part, cela permet d’enseigner aux femmes à mieux gérer leur patrimoine.

Impact social:

CRECER, en fournissant du crédit à plus de 97.000 familles a eu différents impacts positifs.

Tout d’abord, en offrant des services de crédits mais également des services d’assurance santé et d’assurance vie, CRECER permet aux plus démunis d’être moins vulnérables aux chocs extérieurs. En effet, ces populations sont particulièrement sensibles à des évènements tels que la maladie de la personne qui fait vivre la famille, une catastrophe climatique, le vol,…ceux-ci ayant des conséquences immenses sur les familles étant donné leurs ressources financières limitées. Sans des services financiers efficaces, ces familles sont amenées à un niveau de pauvreté dont elles peuvent mettre des années à se remettre. Les services qu’offrent CRECER représentent donc souvent une “bouée de sauvetage” pour ces familles qui leur permet de faire face aux possibles coups durs de manière plus sereine.

Ensuite, en permettant à des milliers de femmes de devenir des agents économiques, CRECER leur permet de prendre confiance, de s’épanouir, de s’affirmer et d’augmenter leur influence au sein de la société.

En offrant du crédit, CRECER aide les plus pauvres à développer une entreprise et donc à augmenter les revenus qu’ils en tirent ce qui leur permet d’améliorer leurs conditions de vie. Les femmes possèdent donc une sécurité alimentaire accrue, peuvent offrir une meilleure éducation à leurs enfant et de manière générale ont de beaucoup plus grandes chances de sortir de la pauvreté.

En associant ses services financiers à des services d’éducation, CRECER augmente le savoir de nombreuses femmes en Bolivie ce qui a des conséquences positives sur la manière dont elles gèrent leur ménage et dont elles éduquent leurs enfants. Les formations sur l’épargne combinées à l’obligation d’épargner au moins 20% du montant du prêt sensibilisent les femmes à ce sujet et les forcent à gérer leur budget de manière prudente.

Enfin, au niveau macro-économique, les actions de CRECER stimulent également la création d’emploi et donc l’intégration de nouvelles personnes au sein du système économique.

Impact financier :

Comme la plupart des institutions de microfinance, CRECER bénéficie du soutien de plusieurs acteurs financiers. Généralement, ces institutions financières sont des acteurs du “nord” qui veulent financer des IMF’s du “sud”. Ce type d’investissement est en pleine croissance ; le taux de remboursement quasi parfait et la gestion professionnelle des IMF’s représentent des éléments attractifs pour les investisseurs. De plus, la faible quantité d’intermédiaires permet de générer un impact direct sur l’amélioration des conditions de vie des personnes à la Base de la Pyramide.

CRECER bénéficie du soutien de nombreux fonds d’investissement (Oikocredit, Incofin, Alterfin, Blue Orchard,…) mais Fair Street s’est focalisé sur le soutien financier qu’ils ont reçu d’Alterfin, une organisation belge, et de Blue Orchard, une organisation suisse. Alors que le marché à servir pour CRECER est immense et les besoins de développement des pauvres pressants, le soutien d’institutions telles qu’Alterfin et Blue Orchard permet à CRECER de croître très rapidement et de répondre à un plus grand nombre de clients sans mettre en péril sa solidité. Au sein de CRECER, l’impact des fonds est considérable ; on estime que chaque prêt de 500.000$ permet de toucher 1.200 familles supplémentaires.

Alterfin est un fonds d’investissement social belge qui investit majoritairement dans des IMF’s mais également dans des coopératives. Alterfin a accordé un premier crédit de 600.000$ et un deuxième de 700.000$ tous deux au taux libor + 3%. Alterfin fut une des premières institutions à soutenir CRECER.

Blue Orchard est la plus grande institution de financement des IMF’s au monde et est basée à Genève. Blue Orchard a investi récemment dans CRECER via un prêt d’environ 2.000.000$ qui est le plus gros prêt reçu par CRECER. Ce prêt a une maturité de 3 ans. Etant donné la taille de l’institution et l’importance de ses prêts, CRECER espère pouvoir continuer à développer sa collaboration avec Blue Orchard dans le futur.

Au fil des ans, CRECER est parvenu à se positionner comme une institution solide et professionnelle. Ayant reçu un rating A- tout en ayant un impact social considérable, elle représente une cible très attractive pour les fonds cités ci-dessus. CRECER offrira bientôt un service de cartes de crédit et sera entièrement habilitée à gérer et faire fructifier l’épargne de ses clients afin de construire un réseau financier accessible aux groupes socialement et économiquement défavorisés.

Coronilla est une entreprise basée à Cochabamba en Bolivie qui produit des pâtes et des snacks sans gluten. L’objectif de Coronilla est d’avoir un impact positif sur tous les acteurs de sa chaîne de production. Pour ce faire, elle achète ses matières premières à des prix équitables auprès de producteurs locaux, sa main d’œuvre est constituée à 75% de femmes et à 10% de personnes à capacité réduites et offre des conditions de travail optimales. Découvrez l’interview de Martha Wille, l’entrepreneur qui a insufflé sa fibre sociale à Coronilla.

Pour plus d’info, lisez le profil de Coronilla

Fair Street - Coronilla from Angalio Productions on Vimeo.

Après l’extraordinaire découverte des fours solaires, Fair Street a réalisé un deuxième reportage dans la ville de Cochabamba, Bolivie. Nous avons eu la chance de rencontrer Martha Wille, qui est à la tête d’une entreprise familiale créée il y a plus de 40 ans. Martha s’est lancée dans l’ambitieux projet de démontrer que l’activité d’une entreprise peut bénéficier à tous les acteurs de la chaîne de production.

Problématique & Contexte :

Les problématiques sociales auxquelles s’intéresse Coronilla sont directement liées à la situation politique et sociale de la Bolivie. Bien qu’une progressive ouverture à l’économie de marché durant les années 90 ait amélioré la situation économique du pays, la Bolivie reste aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud avec d’importantes inégalités entre milieux urbains, où 60% de la population est pauvre, et ruraux où ce chiffre s’élève à 80%.

L’un des problèmes sociaux majeur de la Bolivie réside dans les conditions de vie des populations amérindiennes qui constituent pourtant la majorité de la population. L’accession d’Evo Morales au pouvoir suscite beaucoup d’espoirs au sein de cette tranche de la population bolivienne. Néanmoins, beaucoup vivent encore dans des conditions très précaires. C’est le cas notamment des habitants de l’Atiplano bolivien, région de hauts plateaux située à plus de 3000m d’altitude. Les habitants de l’Altiplano vivent essentiellement de l’agriculture qui est le premier secteur d’activité du pays. Vivant dans des régions reculées et produisant à petites échelles, leur pouvoir de négociation sur les acheteurs est réduit. Leurs revenus sont donc en général irréguliers et faibles.

Si c’est le cas dans de nombreux pays pauvres, la situation des femmes est particulièrement préoccupante en Bolivie. Dans les années 90, ce problème était même décrit comme l’un des fléaux du pays. Une étude réalisée en 1994 montra que près de 70% des femmes y étaient victimes de violence conjugales. Aujourd’hui encore, les femmes souffrent d’importantes discriminations par rapport aux hommes. Leur principale occupation étant la gestion du ménage, elles ont un pouvoir économique limité et sont totalement dépendantes de leur mari. Cette isolation, conjuguée à la violence conjugale empêche les femmes de prendre part au développement car elles sont trop occupées à se défendre. À l’origine de la marginalisation des femmes se trouve le faible niveau d’instruction qui limite leurs possibilités d’émancipation.

Depuis une dizaine d’années, la situation des femmes est néanmoins devenue une préoccupation grandissante en Bolivie et de nombreuses initiatives et lois visant à améliorer leurs droits ont vu le jour.

L’entreprise :

Fondée en 1972 par Guillermo Wille, Coronilla est à l’origine une entreprise productrice de pâtes. Au milieu des années 90, alors que le marché à l’exportation se contracte considérablement, l’entreprise est au bord de la faillite. Martha Wille, fille de Guillermo Wille, relance l’entreprise en diversifiant la ligne de produits. Bien que Guillermo Wille ait toujours cherché à instaurer différentes normes sociales au sein de son entreprise, c’est avec Martha que commence la deuxième vie de Coronilla en tant qu’entreprise sociale. Aujourd’hui l’entreprise produit des pâtes et des snacks faits à partir de quinoa et d’une traditionnelle céréale andine qui les rend libres de tout gluten.

Coronilla cherche à lutter contre la pauvreté en ayant un impact social positif sur les différents acteurs de sa chaine de valeur. Alors que la Responsabilité Sociétal d’Entreprise (RSE) est un concept très peu développé en Amérique du sud et encore moins en Bolivie, Coronilla se veut précurseur. L’entreprise achète ses ingrédients (quinoa, riz,…) directement auprès de producteurs de l’Altiplano bolivien vivant dans des conditions très précaires, négocie directement dans la langue de ces populations (le Quechua ou l’Aymara) et leur offre de la stabilité dans les prix.

Les employés sont également une composante extrêmement importante de l’entreprise. 75% des employés sont des femmes et 10% du personnel est constitué de personnes à capacités réduites. Les conditions de travail sont optimales en termes d’hygiène et de sécurité. L’entreprise donne également l’opportunité à certains de ses employés de suivre des études ou des formations complémentaires. Enfin, Coronilla offre un appui aux familles pour la scolarisation de leurs enfants.

Étant donné le peu de demande pour des produits bios en Bolivie, Coronilla s’est tournée vers l’exportation. Aujourd’hui, l’entreprise exporte dans près de 11 pays en Amérique du Nord en Europe et en Océanie.

L’entrepreneur:

Fille de Guillermo le fondateur de Coronilla, Martha Wille a conservé les convictions sociales de son père et les a intégrées aux principes de l’entreprise familiale. En tant que dirigeante d’une entreprise familiale et extrêmement soucieuse du bien être de ses employés, Martha veut que chaque employé se sente part de la famille et qu’il s’y sente bien.

Après avoir été élue entrepreneur social de l’année en 2005, par la Schwab Fondation, Martha fut invitée au forum économique de Davos où elle a rencontré de nombreux autres entrepreneurs sociaux. Suite à l’échange d’idées favorisé par ce genre de rencontres, Martha veut aujourd’hui lancer une fondation, « la Fondation Guillermo Wille », qui doit permettre de répliquer le modèle de Coronilla en conseillant d’autres entreprises en Bolivie et en les incitant à développer des programmes de RSE.

Impact Social:

En achetant ses ingrédients auprès de ses producteurs selon des normes de commerce équitable, Coronilla fournit une source de revenu régulière à 1500 familles et leur permet de maintenir un certain niveau de vie.

Comme nous l’a confié Martha lors de l’interview, en offrant un environnement de travail respectueux et épanouissant, l’entreprise cherche à avoir un effet positif sur la vie de famille de ses 65 employés. Après que le chef de production ait remarqué qu’une employée avait développé une aptitude à résoudre les problèmes techniques qui intervenaient sur la chaîne de production, l’entreprise l’a incitée à suivre un programme de 2 ans en ingénierie. Aujourd’hui, cette employée a vu son salaire considérablement augmenter ce qui lui a notamment permis de financer l’éducation de ses enfants.

L’autonomie économique acquise par les femmes travaillant chez Coronilla facilite leur émancipation.

Impact financier:

Depuis 1997, deux organisations ont contribué au développement de Coronilla.

La première, SEAF (Small Enterprise Assistance Fund), a investi 400 000$ (mix de capital et de dette) via son fond « Fondo Capital Activo de Bolivia », afin de financer les besoins en fond de roulement de l’entreprise. Au-delà de l’apport en capital, le soutien de SEAF a permis à Coronilla d’améliorer ses procédures comptables et de se transformer en société anonyme. SEAF a essentiellement participé à la professionnalisation de l‘entreprise. Coronilla a racheté les parts de SEAF en 2004.

Bien que SEAF ait joué un rôle important dans le développement de l’entreprise, en 2004, Coronilla n’utilisait que 20% de ses capacités de production et l’entreprise avait besoin de capital pour continuer à grandir. Coronilla a alors obtenu un prêt de 350 000€ de l’organisation hollandaise Cordaid. Ce prêt a permis à Coronilla de doubler ses exportations la même année. Aujourd’hui, les exportations de Coronilla atteignent près d’1 million $ tout en utilisant 50% de ses capacités de production. Si l’entreprise a connu une belle croissance depuis 5 ans, elle bénéficie encore d’une importante marge de progression qui devra lui permettre de davantage répartir ses coûts fixes et d’augmenter sa marge bénéficiaire.

En continuant à créer de la valeur pour chacun des acteurs (producteurs, employés, actionnaires et clients), Martha Wille est convaincue que Coronilla est appellée à devenir une entreprise majeure en Bolivie.

Situé en Bolivie, Sobre la Roca a été fondé il y a 12 ans par Ruth Saavedra afin de fabriquer et vendre des fours solaires aux paysans vivant principalement en zones rurales. Utiliser l’énergie solaire pour cuisiner favorise la protection de l’environnement en réduisant les émissions de CO2 et en diminuant la déforestation. La facilité d’utilisation du four solaire permet également aux femmes de gagner un temps précieux, ce qui leur permet de participer à la vie sociale et économique.

Pour plus d’info, lisez le profil de Sobre la Roca

Fair Street - Sobre la Roca from Angalio Productions on Vimeo.

Notre premier reportage sur le sol bolivien se déroule à Cochabamba. Celui-ci a lieu plus tôt que prévu. Nous avons en effet dû changer notre itinéraire et rapidement nous rendre en Bolivie pour rencontrer Ruth Saavedra avant qu’elle ne se rende en voyage durant un mois. Cette interview fut extraordinaire: en plus d’interviewer Ruth, nous avons eu l’occasion d’assister à une démonstration du produit dans les campagnes reculées de Bolivie. Après 3 heures de trajet sur des chemins de terre, nous avons rejoint une communauté de mineurs où nous avons pu découvrir les nombreux avantages du four solaire.

Problématiques:

L’environnement: Les familles vivant en zones rurales n’ont souvent pas la chance de disposer d’un accès au gaz ou à l’électricité et se voient donc dans l’obligation d’utiliser le bois pour cuisiner. L’UNICEF estime que 80% de l’usage de bois dans les pays en développement sert à cuisiner, ce qui représente en moyenne 100 kg de bois par mois par famille. Cet usage intensif du bois, en plus d’émettre des gaz nocifs tels que le CO2, participe considérablement à la déforestation dans ces pays (10% de la déforestation pourrait être évité grâce à l’utilisation des fours solaires).

Émancipation de la femme: Cuisiner, cet acte indispensable et quotidien dans toutes les familles peut fortement compliquer la vie de la femme si celle-ci ne dispose pas d’une technologie appropriée. En effet, les femmes vivant dans des régions reculées se voient souvent dans l’obligation de marcher plusieurs heures par jour afin de ramener du bois. Cette tâche ardue les empêche de travailler et donc de participer à la vie économique et sociale.

Contexte:

En Bolivie, 40% de la population vit dans des zones rurales parfois très isolées et souffre donc d’un manque cruel de ressources énergétiques. L’accès aux technologies étant très limité, ces personnes à la base de la pyramide économique et sociale sont souvent forcées d’utiliser des techniques de cuisson très rudimentaires. L’altiplano bolivien, où se concentre l’activité de Sobre la Roca, bénéficie d’un climat propice à l’utilisation des énergies solaires ; il est situé à plus de 3000 mètres d’altitudes et jouit d’environ 300 jours de soleil par an.

L’entreprise:

Basée à Cochabamba en Bolivie, Sobre la Roca est une entreprise qui a été fondée en 1997 afin de fabriquer et distribuer des fours solaires aux paysans boliviens vivant principalement en zones rurales. Le four solaire est une petite caisse thermique, munie de miroirs qui projettent les rayons solaires à l’intérieur de la caisse. L’isolation du four permet de conserver la chaleur à l’intérieur lui permettant d’atteindre une température de 150° et donc, de cuire aisément toutes sortes d’aliments. Ce système innovant est très simple à construire et autorise Sobre La Roca à le vendre au prix abordable de 50 euros.

Sobre la Roca a également développé des activités complémentaires. Elle lance des campagnes de sensibilisation pour l’environnement et offre des formations ayant pour but de permettre une utilisation efficace du four solaire et d’améliorer les habitudes alimentaires des familles boliviennes. L’entreprise est en pleine phase d’expansion ; si Sobre la Roca a déjà vendu 5000 fours et éduqué plus de 2400 femmes, l’entreprise devrait atteindre le chiffre de 10.000 fours vendus en 2009.

L’entrepreneur:

Ruth Saaverda de Whitfield est un entrepreneur social bolivien vivant à Cochabamba. Elle a fondé Sobre la Roca il y a 12 ans. Dotée de fortes convictions environnementales et persuadée des perspectives d’avenir du four solaire, Ruth a entièrement dédié sa vie au développement de son entreprise. Les débuts de Sobre la Roca furent difficiles : Ruth n’a pas hésité à voyager dans les régions les plus reculées de Bolivie et à s’intégrer dans les communautés de paysans pour promouvoir son produit. En 2004, Lorsque l’entreprise est au bord de la faillite, Ruth et son mari ont consenti de nombreux sacrifices allant jusqu’à vendre leurs objets de mariage pour permettre à Sobre la Roca de survivre…

Impact social:

L’utilisation du four solaire contribue au développement environnemental, social, sanitaire et économique des populations rurales de Bolivie. Le four solaire favorise tout d’abord la protection de la nature. 500 cuisines solaires permettent de sauver 5500 hectares de forêt par an sans émettre la moindre émission de CO2. Ensuite, le temps que les femmes économisent en utilisant le four solaire les aide à s’émanciper économiquement et socialement. Elles peuvent en effet s’adonner à d’autres activités plutôt que de passer des heures à récolter du bois et à surveiller la cuisson de leurs plats. Enfin, cuisiner à l’aide de l’énergie solaire possède des vertus nutritives ; ce mode de cuisson permet de retenir plus de vitamines dans les aliments ce qui leur confère une valeur nutritive plus élevée.

Au-delà du produit, Sobre la Roca cherche également à avoir un impact social tout au long de la chaîne de production. Les éléments de base des fours solaires sont construits dans une prison de Cochabamba afin de favoriser la réinsertion sociale des prisonniers.

Impact financier:

Soutien d’E+CO: Ruth Saavedra a fondé Sobre la Roca avec ses fonds propres. Sa stratégie de départ était d’offrir aux paysans une dizaine de cuisines solaires afin de mesurer l’impact du produit et d’en faire la promotion. Elle a par la suite développé l’entreprise par financement interne ; les revenus générés par la vente des cuisines lui ont permis de croître mais à un rythme assez réduit. En 7 ans, Sobre la Roca a vendu 2500 cuisines. Au terme de ces 7 années, la situation financière de l’entreprise n’était plus tenable car elle devait renouveler ses infrastructures et ne disposait pas des capitaux nécessaires pour cela. Le fonds d’investissement américain « E+Co », convaincu du potentiel de Sobre la Roca et des énergies solaires, leur a octroyé un crédit de 20.000$ remboursable en 3 ans. Ce prêt a permis à Sobre la Roca d’augmenter ses capacités de production et de toucher un plus grand nombre de personnes. Le prêt a eu un impact déterminant: la production a augmenté de 300% et Sobre la Roca s’est convertie en une petite entreprise possédant ses propres infrastructures.

Utilisation de la microfinance: Le prix du four solaire est de 50 euros. Bien qu’abordable, ce montant reste parfois difficilement accessible pour les personnes à “la Base de la Pyramide”. Pour remédier à cela, Sobre la Roca, avec l’aide d’E+CO, a créé un fond qui lui permet d’octroyer des prêts de microcredit. Afin d’élargir son marché, Sobre la Roca est en train de créer une alliance stratégique avec l’institution de microfinance FIE qui, en profitant de son large réseau d’agences permettra l’accès au capital à un plus grand nombre de personnes et facilitera donc la distribution des fours solaires.


Sources :

Entretien réalisé avec Ruth Saavedra de Whitfield, fondateur de Sobre la Roca

www.solarcooking.org

www.adesolaire.org

www.eandco.net


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